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Zistoir dedan (Zistoire i tient pas deboute)

Pareil in vol papangue

10 juillet 2013
Jean-Claude Legros
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Sa le zistoire in bonhomme, la téléphone la radio pou signale in vol... Zot i koné Kréol i aime koz dann radio...


Sa le zistoire in bonhomme, la téléphone la radio pou signale in vol :

— Moin lé en direc, là ? le bonhomme la demandé.
— Oui monsieur, vous êtes en direct !
— Toute de moune i entann amoin ? N’importe quel place ? Dann monn entier ?
— Oui monsieur, grâce à internet on vous entend dans le monde entier.
— Arkanjelsk ? I entann amoin là-bas, Arkanjelsk ?
— Oui monsieur, grâce à internet on vous entend à Arkanjelsk. Mais quelle est la raison de votre appel ?
— Et Pétaouschnok ? I entann amoin, là-bas Pétaouschnok ?
— Pétaouschnok, je ne connais pas. Mais pourquoi appelez-vous ?
— Mi appelle pou signale in vol.
— Bien. Un vol de quoi ?
— In vol gerfaut !
le bougue la réponn.
— Gerquoi ? je n’ai pas bien compris, pourriez-vous répéter ?
— Gerfaut ! Ou connaît pas gerfaut ? Mi voudrait signale in vol gerfaut !
— Un vol de gerfaut ? et vous pouvez me dire ce que c’est ?
— Gerfaut, in l’espèce faucon, in zoiseau, si ou veut.
— Si j’ai bien compris, on vous a volé un gerfaut ?
— La pas inn ! In paquet !
le bonhomme la dit.
— Donc, on vous a volé un paquet de gerfauts. Et à quel endroit ?
— Hors du charnier natal,
le bonhomme la réponn.
— Où ? Je n’ai bien compris l’endroit.
— Comme moin la dit aou, madame, hors du charnier natal.
— Hors du charnier ? Quel charnier ?
— Charnier natal, moin la dit.

La papague et les gerfauts...

— Charnier natal, bon ! Mais pouvez-vous me dire où on vous a volé le paquet de gerfauts ?
— Bin, mi connaît pas trop : rente Palos de Moguer ec Cipango,
le bonhomme la réponn.
— Entre quoi et quoi ?
— Palos de Moguer.
— Palos de Moguer ? Non je ne connais pas. Où est-ce ? Ici à La Réunion ?
— Non va, sa la pas ici La Réunion. Palos de Moguer, sa lé en Espagne.
— En Espagne ? Vous êtes sûr ?
— Oui, l’Espagne même ! In port, sa !
— Donc, pour résumer, on vous a volé un paquet de gerfauts en Espagne. Mais que pouvons-nous faire pour vous, ici à La Réunion ?
— Non,
la dit le bonhomme, té pas in vol en Espagne, té in vol gerfaut rente Palos de Moguer ec Cipango.
— Cipango ? je n’y comprends plus rien ! Mais où est-ce ? A La Réunion ?
— Non va,
la dit le bonhomme, Cipango sa le Japon, sa ! Marco Polo té i appelle ali comme sa : Cipango !
— Qui ? Marco Polo ? Quelqu’un d’ici ?
— Non va, Marco Polo té in navigateur la sorte Venise pou allé en Chine. Li té dit Cipango pou le Japon.
— Monsieur, si nous faisions l’effort d’y voir un peu plus clair : vous nous avez appelé pour nous signaler un vol de gerfauts qui aurait eu lieu entre l’Espagne et le Japon. C’est bien ça ?
— Oui, sa même,
la dit le bonhomme, rente Palos de Moguer ec Cipango.
— Bon, mais quel rapport avec La Réunion ?
— Bin d’après moin, rente l’Espagne ec Japon, daoir i tonm ici La Réunion.

— Votre indication est un peu vague. Mais enfin, si vous voulez, on va essayer comme sa. Quel est votre nom ?
— José Maria.
— Comment ? Jésus Marie ?
— Non, José, comme inn mangue josé, et Maria, comme l’Ave Maria.
— D’accord. Votre prénom est José et votre nom de famille Maria. C’est bien ça ?
— Non va, mon nom de famille, c’est Hérédia. Mi appelle José Maria de Hérédia.
— On va y arriver. Donc vous vous appelez José Maria de Hérédia. Et on vous a volé un paquet de gerfauts entre l’Espagne et le Japon. Mais vous ne savez pas très précisément où a eu lieu le vol ?
— Non, mi connaît pas trop. Na in peu de monn i dit gerfaut, c’est papangue.
— Effectivement monsieur, si vos gerfauts sont de La Réunion, il se peut qu’il s’agisse de papangues ! Bon, mon cher monsieur, essayons d’avancer un peu, il y a d’autres personnes qui attendent d’avoir la ligne. Si jamais on retrouve vos gerfauts-papangues, à quel numéro peut-on vous appeler ?
— Mon numéro de téléphone ou veut ? 21 09 55 30 .
— Mais monsieur, votre numéro n’a pas dix chiffres, il n’en a que huit. Et il manque l’indicatif 02 62 si c’est un fixe, ou 06 92 si c’est un portable (ou encore 06 93). En plus, ce n’est pas le numéro qui s’affiche sur mon écran.
— Non, bin escuse amoin. Sa in numéro espécial. Donne ali quand même : 21 09 55 30. I marche sa, tracasse pas.
— Comme vous voudrez, allons-y pour le 21 09 55 30.
— Merci beaucoup madame. Bonne journée aou !
— Merci monsieur. Et bonne chance pour retrouver vos oiseaux. Et tenez-nous au courant !

Dès que le bougue té fine raccroché, toute bann créole l’arrête travaille, zot la saute dans zot l’auto, pou allé rode le paquet de gerfaut volé. Comme lavé dit té in l’espèce papangue, zot la monte dans les-hauts. Vitement le standard la radio té saturé : de moune té i téléphone toute côté pou dire zot lavé vu le gerfaut : Hell-Bourg, Grand-Ilet, Maïdo, la Plaine, la Tite Plaine, Cilaos. La Réunion té envahi de gerfaut.

Alala inn madame la appelé pou dire sa té pas de gerfaut, sa té de papangue :

— Na point de gerfaut La Réunion, marmaille, elle la dit. Gerfaut, là, sa in l’espèce rapace i vive en-l’air là-bas, côté pole nord. En hiver li tsann plus bas, mais lé pas risquabe li arrive jusqu’à côté de nous, La Réunion. Ici La Réunion, nous nana papangue, lé déjà bien.

Alala dix minute après, na in bonhomme la téléphoné :

— Bonjour madame, mi appelle aou pou le bonhomme la téléphoné taleure-là.
— Bienvenue. Allez-y, on vous écoute.
— Bin voilà. Moin la trouvé le zistoire de gerfaut.
— Vous aussi vous avez trouvé des gerfauts ? A quel endroit ?
— Non, bin écoute aou, sa inn façon de parlé ! Moin la pas trouve gerfaut. La point de gerfaut ici La Réunion. Le bougue taleure-là, li la dit li té appelle José-Maria de Hérédia. Bin sa té le nom in poète dann temps longtemps. Et li la écrit in poème i appelle « Les conquérants ». Et dedans i dit comme sa :
« Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal »
Si ou té rode traduit ali en créole, ou noré dit comme sa :
« Pareil in vol gerfaut quand i sorte dans zot nid »
Ou sinon :
« Pareil in vol papangue quand i sorte dans zot nid »
Alors ou oit, personne la pas vole gerfaut, personne la pas vole papangue. Bann gerfaut té pas « volé », bann gerfaut la « envolé ». Zot la envolé « hors du charnier natal », sa i veut dire zot la sorte dans zote nid, zot la quitte zote case, où sa que zot papa ec zot manman té i amène mangé pou zot : le rat, tangue, poulet, toute qualité ti zanimaux.

— Alors, il n’y a pas de gerfauts ? Dommage, je me réjouissais déjà à l’idée qu’il y aît des gerfauts à La Réunion.
— Non, la point,
la dit le bonhomme, té inn façon de parlé. Nous, nous na note papangue, lé déjà bien.
— Eh bien, merci beaucoup monsieur pour toutes ces précisions.
— Non, la pas fini. Attann aou. Acoute sa. Après-là, dans le poème, té i dit comme sa :
« De Palos de Moguer, routiers et capitaines,
Partaient, ivres d’un rêve héroïque et brutal »

Donc, sa té bann marin té i sorte en Espagne. Mais pou allé quel côté ? Jusse après-là, i dit comme sa :
« Ils allaient conquérir le fabuleux métal
Que Cipango mûrit dans ses mines lointaines »

Cipango, sa té le Japon, sa. Donc té inn bann marin té i sorte en Espagne pou allé Japon.

Les conquérants...

— Très bien monsieur, mais qu’est-ce que les gerfauts viennent faire dans tout ça ?
— Non, bann gerfaut, sa té jusse in l’image, sa. Asteure pou allé Japon, navé deux chemin, inn té i traverse toute l’Océan Atlantique, té i tsann en-bas là-bas jusqu’à la Terre de Feu et après té i armonte pou traverse toute l’Océan Pacifique, pou arrive Japon.
— Et l’autre chemin, passait par l’Océan Indien, c’est bien ça ?
— Sa-même même. L’ote chemin té i fait le tour l’Afrique, et li té traverse toute l’Océan Indien. Est-ce que zot noré passé par La Réunion ? Mi connaît pas. Qui i peut dire ? Té inn île déserte, de moune i dit. Mais moin té pas là pou oir.
— Mais tout cela, pour en arriver où, mon bon monsieur ?
— A vrai dire, mi connaît pas. Escuse amoin madame.
— Vous êtes tout excusé monsieur. Merci de nous avoir appelés. Et bonne journée.

Alala, la pas tardé, na encore inn aute bonhomme la téléphoné :

— Bonjour madame. Moin t’après écoute zot radio, lé vraiment intéressant. Su le zistoire de gerfaut, moin noré jusse deux ti zaffaire pou rajouté. Mi peut ?
— Oui, bien sûr, pas de problème. Allez-y, vous êtes en direct.
— Merci bien. Ma essaye fait vite. D’abord inn, sait pas si zot i connaît : le José-Maria de Hérédia navé deux grand camarade, là-bas à Paris. Inn té i appelle Leconte de Lisle, l’ote té i appelle Léon Dierx.
— Leconte de Lisle et Léon Dierx ? Deux grands poète réunionnais !
— Exactement. Ou connaît alors ! Asteure, mi voudrait dit inn affaire su le numéro de téléphone. Le numéro de téléphone le bonhomme la donné taleure-là, bin i tient pas deboute. La point de numéro de téléphone comme sa, ec seulement huit chiffe. Mais si ou guette bien, ou va trouve inn affaire : 21 09 in côté, 55 30 l’aute côté. I dit pas ou rien, sa ?

Leconte de Lisle, Léon Dierx et José Maria de Hérédia... Trois dalons.

— Non, ça ne me dit rien, je ne suis pas très forte avec les devinettes.
— Bin 21 09 ec 55 30, sa la position géographique La Réunion, sa : 21°09 sud ec 55°30 est !
— Effectivement, vous devez avoir raison. Bravo ! Mais alors l’appel de notre interlocuteur de tout-à-l’heure, ça restera un mystère ! Ou un canular !
— Non, mi croit pas té in canular, le bougue navé l’air sincère. Daoir sa in mystère pou de bon.

Alala cinq minute après-là, na encore inn madame la téléphoné :

— Madame, madame, moin lé en direct, là ?
— Oui madame, vous êtes en direct, on vous écoute.
— Madame, ou connaît kosa moin la fait ?
— Non, je ne sais pas, mais vous allez nous le dire. Vous avez l’air toute bouleversée.
— Oui, mi tranm encore. Alors par curiosité, moin la fait le numéro que le monsieur de taleure-là lavé donné. Le numéro de huit chiffe. Et ou connaît kosa la réponn amoin ?
— Oui, on vous a dit : « le numéro que vous avez composé n’est pas attribué ». C’est bien sa ?
— Oui, sa c’est ce que la réponn amoin deuxième coup. Mais pas pou le premier coup !
— Ah bon ? Si je comprends bien, vous avez fait le numéro deux fois. Et alors, qu’est-ce qu’on vous a répondu la première fois ?
— Premier coup, la réponn amoin : « Pour entrer en communication avec Monsieur de Hérédia, composez le 1. Pour entrer en communication avec Monsieur Leconte de Lisle, composez le 2. Pour entrer en communication avec Monsieur Léon Dierx, composez le 3. »
— Et alors, qu’est-ce que vous avez fait ?
— Moin la gaingne la tremblade, moin la raccroché.
— Et ensuite ?
— Ensuite, moin la passe de l’eau su mon figure et moin la boire inn tisane saisissement.
— Et c’est tout ?
— Bin oui, sa-même toute. Cinq minute après-là, moin la prend mon courage à- deux-main : moin l’arfait le numéro, et là, la dit amoin comme sa le numéro té pas bon. Alors moin la eu l’idée d’appelle azot.
— Vous avez bien fait. Mais vous êtes sûre de ce que vous avez entendu la première fois ?
— Oui ! Bon Dieu i punit amoin, si mi mentit. La dit exactement comme moin la dit azot.
— Eh bien, vous avez dû avoir peur !
— Rien que, donc !
— Eh bien merci de nous avoir appelés, madame, et bon courage.

Eh oui bonna, daoir té in grand mystère pou de bon. In zistoire té i tient pas deboute. Lavé point de commencement, lavé point de fin. Pareil zistoire l’Ile Juan de Lisboa, l’île fantôme, rente la Réunion ec zîle Kerguélen. Inn ote mystère encore sa-de-là, mais sera pou inn ote fois.

Jean-Claude Legros

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