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Le problème se pose partout...

Parcs nationaux : le Sénat conseille l’embauche locale

10 avril 2014
7 Lames la Mer
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Embauches locales ! C’est ce que préconisent deux sénateurs pour le recrutement de gardes pour les parcs nationaux, dans un rapport intitulé « Patrimoine naturel de la montagne : concilier protection et développement » et présenté à la presse le mois dernier. Ici ou là-bas, les mêmes travers produisent les mêmes errances...

Déclinaison du logo officiel des parcs nationaux.

« Rendre possible un recrutement local des gardes des parcs nationaux par un système de validation des acquis d’expérience. Ce recrutement local serait une manière d’obtenir une plus grande harmonie entre les gardes et les populations ». Cet extrait du rapport rédigé par la sénatrice des Alpes-maritimes, Hélène Masson Maret (UMP), et son collègue savoyard, André Vairetto (PS), amène inévitablement deux constats qui tombent sous le sens...

Premièrement, jusqu’à présent, les gardes des parcs nationaux étaient rarement embauchés localement (concours national), l’expérience réunionnaise ne faisant malheureusement que confirmer la règle avec les effets pervers que l’on sait...

Deuxièmement et conséquence directe du « premièrement », les relations entre les « populations » et les gardes assermentés [1] — c’est à dire entre les « populations » et les parcs nationaux — manqueraient singulièrement de... cordialité. Donc, pour « obtenir une plus grande harmonie », il convient de « rendre possible un recrutement local des gardes », préconise le rapport n°384.

Photo IPR

Il est dommage que cette évidence qui relève d’une logique basique ait eu besoin d’être émise par des voix officielles et institutionnelles pour être admise et — espérons-le — entendue. Car enfin, cela fait longtemps, à La Réunion, que nombre de voix se sont élevées — à commencer par les militants du C.mac [2] — pour dénoncer la politique d’embauche au sein du Parc national des hauts, notamment en ce qui concerne les « gardes-moniteurs » ou « agents techniques de l’environnement ».

Lorsqu’il s’est agi de recruter ces fameux gardes, le Parc national des Hauts avait, on s’en souvient, provoqué un tollé général : sur les 17 recrutés, un seul était réunionnais ! A l’époque (février 2011), le conseil général s’était même fendu d’une motion plaidant pour l’emploi des jeunes Réunionnais et soulignant « la spécificité du contexte local et la nécessaire maitrise de l’environnement géographique, culturel et social des populations et secteurs couverts par le Parc national ».

Nul besoin d’avoir fait de hautes études pour comprendre que face à l’intimité et à l’ancrage de nos traditions populaires, il était plus judicieux d’envoyer sur le terrain des « gardes péï », maîtrisant la langue créole mais aussi capables d’appréhender la complexité du contexte historique, social et économique.

Le parc national couvre 77% du territoire réunionnais : 193 080 hectares (105.384 hectares en coeur de parc — dont 40% d’espaces vierges — où vivent 800 Réunionnais et 87 696 hectares en zone d’adhésion ou vivent 200.000 Réunionnais). Sur cette carte, seules les parties en rose ne sont pas concernées par le parc.

Pour arpenter les « Pitons, cirques et remparts », il aurait été cohérent au minimum de tester les candidats sur leurs connaissances générales de la culture réunionnaise : sur les 700 Réunionnais candidats, il s’en serait trouvé certainement plus d’un pour répondre favorablement à ces critères. Mais non… Le concours était « national » ! Aujourd’hui encore, sur les 17 gardes-moniteurs, on ne compte que deux Réunionnais.

Le 23 janvier dernier, la Charte du Parc national de La Réunion a été approuvée par décret. Dans la foulée, la direction du Parc avait annoncé aborder désormais une nouvelle étape : la mise en œuvre du projet. Mise en œuvre qui devra passer par la phase de consultation des communes en vue de leur adhésion. Les élections municipales terminées, les nouveaux (ou anciens) maires devront donc se déterminer.

Or le rapport du Sénat souligne que « le tour pris par le processus d’adoption des chartes dans les parcs nationaux de montagne et les débats en cours témoignent du caractère délicat, et par endroit encore incertain, de l’adhésion des communes ». Les maires vont-ils entendre et prendre en compte les revendications exprimées par une part de leurs administrés ?

7 Lames la Mer

Rendu au Sénat le 19 février 2014, le rapport a été présenté à la presse au mois de mars. Rédigé par la sénatrice des Alpes-maritimes, Hélène Masson Maret (UMP), et son collègue savoyard, André Vairetto (PS), ce rapport, réalisé au nom de la commission du développement durable, contient 53 propositions. Nous retranscrivons ci-dessous quelques extraits de ce rapport, plus particulièrement les passages axés sur les parcs nationaux.

Le rapport n°384 du Sénat prône l’embauche locale pour les gardes des parcs nationaux.

(…) Dans les aires d’adhésion, très peu nombreux sont les élus ou les acteurs du développement local à contester encore sérieusement la légitimité de la protection très forte assurée par les cœurs de parcs, ou le caractère intangible de ceux-ci. Au contraire, l’immense majorité des élus perçoit parfaitement tout l’intérêt, en termes d’activités économiques et d’attractivité touristique, d’un label de parc national venant consacrer un territoire véritablement exceptionnel, tant par la qualité de sa faune, de sa flore et de son paysage, que par l’authenticité de son caractère.

Cela dit, les crispations sont anciennes et difficiles à dénouer. Parmi les reproches les plus souvent faits par les populations locales, lorsqu’elles ont l’impression de « subir » la présence du parc national, reviennent souvent :

- un sentiment d’expropriation ressenti très fortement, alors même que ces populations sont viscéralement attachées à la préservation de leur territoire ;

- la prolifération d’une réglementation appliquée de manière à la fois tatillonne et rigide ;

- un sentiment de frustration chez les élus, qui se sentent largement dépossédés des leviers du développement local des territoires dont ils sont responsables. (…)

b) Une procédure d’adoption des chartes de parc parfois maladroite

Dans ce contexte sensible, le tour pris par le processus d’adoption des chartes dans les parcs nationaux de montagne et les débats en cours témoignent du caractère délicat, et par endroit encore incertain, de l’adhésion des communes. (...)

En pratique, les directions des parcs ont parfois, de manière assez maladroite, présenté aux conseils d’administration des projets de charte rédigés unilatéralement, volumineux et technocratiques. De surcroît, les projets de chartes comportaient initialement en annexe, dans leur partie concernant l’aire d’adhésion, des « documents graphiques » aux zonages très précis. Les chartes étant opposables aux documents d’urbanisme, les élus l’ont forcément interprété comme une « extension » de fait des limites précédentes des parcs et un « transfert » à leurs dépens des compétences d’urbanisme. (...)

Mais il est clair que si, dans un parc national de montagne, les communes ne trouvaient définitivement pas intérêt à adhérer, en échange de « contreparties » pour leur développement territorial, l’ensemble des acteurs de ce territoire d’intérêt majeur au point de vue environnemental, à commencer par l’État, auraient échoué dans la recherche de la convergence recherchée par la « loi Giran », et qu’un tel échec serait durable.

En attendant, vos rapporteurs suggèrent, afin d’éviter les complications qui résulteraient du rejet d’une charte de parc national par une majorité des communes concernées (hypothèse qui n’avait pas été anticipée par la « loi Giran ») de bien dissocier juridiquement le cœur du parc de l’aire d’adhésion. De cette manière, les orientations et préconisations applicables au cœur pourraient être validées par le Conseil d’État, indépendamment du sort réservé à la charte.

Proposition n° 12 : pour permettre l’adoption de la réglementation des cœurs de parc, même en cas de rejet des chartes par une majorité des communes des aires d’adhésion, dissocier juridiquement les cœurs de parc des aires d’adhésion.

c) La question du recrutement des agents des parcs nationaux

Vos rapporteurs estiment que l’exaspération des populations résulte pour une bonne part d’une évolution dans l’attitude des agents des parcs nationaux. Historiquement, ceux-ci étaient des « gens du pays » recrutés localement, qui appliquaient les réglementations avec toute la rigueur nécessaire, mais sans excès de zèle et sur la base d’une connaissance personnelle des us et coutumes locaux.

Cette proximité avec la population s’est perdue, à mesure que le recrutement des gardes s’est fait sur la base d’un concours national. De surcroît, ce recrutement au plan national étant commun avec celui d’organismes tels que l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) et l’Office national de l’eau et des milieux aquatiques (ONEMA), qui ont surtout des missions de police administrative, les nouveaux agents, lorsqu’ils sont affectés dans un parc national, s’y présentent avec une culture du contrôle et de la sanction qui n’était pas celle de leurs prédécesseurs.

Vos rapporteurs estiment donc opportun, afin de détendre les relations entre les agents des parcs nationaux et les populations, d’apporter quelques améliorations au mode de recrutement des gardes. Sans remettre en cause le principe d’un recrutement par concours national, il conviendrait de faciliter le succès des candidats bénéficiant déjà d’une expérience de terrain.

Proposition n° 13 : rendre possible un recrutement local des gardes des parcs nationaux par un système de validation des acquis d’expériences.

D’autre part, afin de réduire les risques d’incompréhension mutuelle, il serait opportun d’intégrer dans le cursus des études des futurs gardes une formation initiale les sensibilisant à la nécessité de vivre « en harmonie » avec les populations locales.

Proposition n° 14 : offrir aux gardes des parcs nationaux une formation d’adaptation à l’emploi prenant en compte les nécessités du développement local, ainsi que l’écoute des populations et des élus.

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Notes

[1Habilités à dresser des PV

[2Collectif pour le maintien des activités au coeur de La Réunion

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