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Tribune Libre de Jo Nativel

Parc National : peau d’zoeuf pou bann Créoles ?

22 janvier 2015
Jo Nativel
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Voilà le Parc national qui refait parler de lui par l’intermédiaire de... l’opposition sainte-marienne ! En l’occurrence Mario Lechat qui semble avoir trouvé là un cheval de bataille qui lui tient à cœur. Et il a bien raison Mario Lechat car le parc national fait de moins en moins illusion et de plus en plus de mécontents. Cherchez l’erreur et vous en trouverez plus d’une.

Forêt tropicale, artiste inconnu, 1920.

Non seulement, le Parc National tend à privatiser le cœur de l’île mais de plus, si l’on n’y prend garde, il va peu à peu en exclure les Réunionnais, du moins les classes moyennes et populaires qui pourraient bien n’être plus que « tolérées » dans certains « espaces » et donc parquées. Et si cela se trouve, qui devront débourser quelques euros pour avoir l’insigne privilège de s’installer sous un kiosque pour pique-niquer à l’ombre — non pas des « ananas en fleurs » — mais des tristes cryptomerias, introduits dans l’île au détriment de certaines espèces rares qui jadis peuplaient la forêt primaire.

Au fait, qui donc a colonisé certains hauts de l’île avec le cryptomeria ? Réponse : l’ONF... parce que ça pousse plus vite et que le tronc est plus droit : pratique pour la scierie ! En plus, ça ressemble à certains arbres de France... Que des avantages ce « miraculeux » cryptomeria... mais, là aussi, cherchez l’erreur. Pour l’heure, refermons cette parenthèse du cryptomeria.

Le problème de fond, c’est que le parc a construit son argumentaire sur un thème quasi-inattaquable : l’environnement, la protection de la nature, l’écologie, la préservation des fleurs et des petits oiseaux. Franchement, qui peut être contre ? Qui oserait critiquer ces vœux pieux à l’heure où l’on n’arrête pas de nous bassiner avec le développement durable, le recyclage, l’énergie renouvelable, le machin vert et le truc bleu ? D’ailleurs, nous les Réunionnais, on y tient à notre nature, à notre cœur d’île, à nos plantes aux vertus multiples, à nos oiseaux, à nos îlets, etc.

Forêt de cryptomerias. Photo : Thierry Caro

Slogans publicitaires de communicants égarés dans une manif écolo...

Pour autant, je pense que les Réunionnais sont de plus en plus nombreux à refuser cette sorte de mythe que le parc national veut nous faire gober : celui de la nature originelle mise sous cloche. Sous la cloche (pas celle qui sonnait le réveil des esclaves) mais une autre, du style de celles que les zoreilles utilisent pour conserver leurs fromages. Là, sous la cloche du parc, si ça continue comme ça, vous trouverez peut-être quelques petits fromages de la Plaine mais aussi quelques autochtones ravalés au rang de figurants à la solde des touristes...

Le patrimoine humain, historique, archéologique et architectural, au passage, le parc ne semble pas en avoir fait sa priorité, malgré de grands discours grandiloquents et une prose soit disant de vulgarisation que l’on peut trouver sur son site. Mais derrière des intentions louables brandies comme des slogans publicitaires de communicants égarés dans une manif écolo, se cachent des réalités moins glorifiantes : financiarisation, contrôle excessif de l’aménagement au profit de multinationales du tourisme ou encore de l’industrie pharmaceutique (très intéressée par les vertus de nos plantes justement), etc. Peau d’zoeuf pou bann créoles ?

Scène de vie dans un camp de marrons (Surinam).

Questions...

— Le parc national a-t-il l’intention de consacrer des moyens à la préservation des rares sites de marronnage actuellement connus, ou alors ces lieux seront-ils détournés et dénaturés pour devenir des attractions touristiques factices et folkloriques au milieu desquelles fleuriront des écolodges pour voyageurs friqués et quelques paillotes reconstituées dignes du mythe du bon sauvage comme un cache-misère de la mémoire ?

— Le parc national a-t-il l’intention de contribuer (avec d’autres partenaires institutionnels, suivez mon regard...), au sein d’une équipe pluridisciplinaire à constituer de manière urgente (historiens, archéologues, chercheurs, scientifiques, étudiants, universitaires, gardiens de la mémoire et des légendes, etc.), à la recherche et au recensement de « nouveaux » sites historiques de marronnage et à leur préservation ? Du moins, les sites qui n’ont pas encore été saccagés (voire sciemment détruits) par les vastes campagnes de plantation de cryptomerias menées dès les années 50...

— Le parc national qui autorise et accueille généreusement (???) toutes sortes de manifestations sportives et internationales à grand spectacle considère-t-il que l’île intense n’a pas d’histoire, pas de mémoire, pas de sites archéologiques dignes de ce nom ? Ou doit-on comprendre que seuls les bas sont susceptibles de receler des sites archéologiques dignes d’intérêt, c’est à dire hors de l’emprise du parc, lequel semble-t-il a des prérogatives sur 70 à 80% de l’île ?

Deviant art, by jamesstanbridge

Rendez-nous le crane !

Je dis ça parce que maitrisant 80% de la surface de l’île et plus particulièrement le cœur de l’île désormais sanctuarisé et labelisé Unesco, le parc national a la main mise sur les principaux lieux de marronnage. Ce n’est pas rien : le parc porte ainsi une responsabilité et sera redevable aux yeux de l’histoire.

Certaines rumeurs circulent sur le net concernant un crane autrefois découvert par l’historien décédé Sudel Fuma, crane qui aurait été envoyé en France pour « analyses » et dont on aurait, depuis, perdu la trace. Information à confirmer ou à infirmer (qui ne concerne pas obligatoirement le parc mais procède d’un mépris généralisé pour les Réunionnais et leur histoire). Outre que cette « affaire » laissée en l’état ouvre la voie à toutes sortes d’interprétations, je voudrais bien savoir ce qu’est devenu ce crane et quelles sont les conclusions des analyses qui ont été menées. On veut aussi que le crane revienne ici, sur la terre qui ne l’a peut-être pas vu naître mais qui lui a servi de tombeau.

En attendant cet hypothétique retour, nous sommes plusieurs désormais à tenir à jour la liste des élus qui ont dit « amen » au « Dieu parc » et celle des élus qui ont osé exprimer leur opposition au nom de la population. Et au moment de choisir le bulletin à glisser dans l’urne, on s’en souviendra.

Jo Nativel

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