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Parc national : les 7 communes qui ont dit Non

24 mars 2015
Geoffroy Géraud Legros
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« Nous sommes heureux de vous annoncer que les communes de Saint-Leu, Les Avirons, L’Entre-Deux, Le Tampon, La Petite-Île, Saint-Joseph et Saint-Philippe ont refusé d’adhérer à la charte du Parc national de La Réunion ». Ni mariage, ni naissance, ni enterrement... C’est portant sous forme de faire-part que le C.MAC a relayé, sur un réseau social, la liste — publiée le 19 mars 2015 par le Journal Officiel — des 17 communes qui ont adhéré à la charte. Ou plutôt, la liste des 7 communes sur 24, soit près d’une commune sur trois, qui ont donc dit non au Parc national.

Saint-Leu, Les Avirons, L’Entre-Deux, Le Tampon, La Petite-Île, Saint-Joseph et Saint-Philippe ont refusé d’adhérer à la charte du Parc national de La Réunion.

Avec le Parc national et ses « Pitons, cirques et remparts » estampillés UNESCO, 75 à 80% de la superficie de La Réunion est déclarée « territoire protégé d’exception » flanqué de sa fameuse « zone d’adhésion »... Attention, chasse gardée en « territoire protégé d’exception ».

7 communes, pourtant, ne l’entendent pas de cette oreille et ont décidé de ne pas adhérer à la charte du Parc national.

Selon le C.MAC [1], les maires de ces 7 communes « ont eu le nez fin, car en effet, la loi sur la biodiversité — actuellement en cours d’examen à l’Assemblée nationale — annonce des lendemains qui déchantent pour La Réunion et l’Outre-mer en général, dans un contexte social explosif, de financiarisation à outrance de l’environnement et de restrictions budgétaires. Il ne restera que les interdictions en tout genre qui vont pleuvoir... et les droits d’entrée dans le cœur du parc ».

Thierry Robert (Saint-Leu), Michel Dennemont (Les Avirons), Bachil Valy (L’Entre-Deux), André Thien Ah Koon (Le Tampon), Serge Hoareau (Petite-Ile), Patrick Lebreton (Saint-Joseph) et Olivier Rivière (Saint-Philippe) — ainsi que leurs conseils municipaux — se retrouvent à la tête d’un « front sudiste », qui, s’il ne résulte pas d’une démarche concertée, n’en est pas moins cohérent sur le plan géographique.

Une ligne de fracture qui fait peser de grandes incertitudes quant aux contours voulus et dessinés par l’équipe du Parc National. Selon les critères édictés par ce dernier, seules les régions teintées de rose foncé sur la carte ci-dessous seraient hors du périmètre du parc (non éligibles)...

Par conséquent, près de 75 à 80% du territoire de l’île de La Réunion deviendrait « Parc national » (cœur de parc et aire d’adhésion) : un ensemble qu’une coûteuse communication promeut comme l’objet d’un large consensus. Une représentation mise à mal par le refus d’adhésion de 7 communes et, plus encore, par la sourde colère des usagers du Parc. « Ça va pêter » entend-on régulièrement dans les Hauts de notre île, où la colère peut parfois prendre plus vite que le feu dans la canne.

Par une rupture nette, ces 7 maires font de la résistance et privent ainsi les promoteurs du Parc d’une belle unanimité qui aurait constitué un argument commercial supplémentaire. À l’écoute de leurs populations, ces maires refusent de voir leurs prérogatives légitimes réduites à peau de chagrin et soumises à l’autoritarisme paré des oripeaux de l’écologie dont les méthodes évoquent, aux dires de nombreux habitants, certains aspects de l’époque coloniale.

Ces 7 communes représentent près d’un tiers du territoire de l’île... et rassemblent des sites et des terroirs emblématiques. Ces retraits seront-ils pris en compte par le Parc, dont l’administration est jusque-là demeurée sourde aux critiques ? Indéniablement, l’institution voit sa légitimité un peu plus ébranlée...

« En fait l’équipe du Parc national en sera réduite à travailler en priorité avec les 17 communes sur 24 qui ont adhéré à la Charte, en essayant de mettre en avant les aspects financiers pour tenter de convaincre les non adhérentes, explique un membre du C.MAC. Mais n’oublions pas que le périmètre définitif du Parc National ne sera pas figé avant trois ans. Ce qui veut dire aussi que le Parc n’a plus que trois ans pour faire ses preuves ».

En attendant, il faut savoir qu’à l’origine 6 communes se trouvaient totalement englobées dans le périmètre du Parc (cœur de parc et aire d’adhésion) : Saint-Philippe, L’Entre-Deux, Sainte-Rose, Cilaos, Salazie et la Plaine des Palmistes. Or, sur ses 6 communes, il n’en reste plus aujourd’hui que 4 puisque 2 ont refusé d’adhérer : Saint-Philippe et L’Entre-Deux. Autant dire que l’équation se complique pour l’équipe dirigeante du parc....

On peut attribuer cette résistance des 7 maires sudistes à la prise en compte des revendications portées par nombre de leurs administrés et relayées régulièrement par le C.MAC. Mais il semble qu’un nombre croissant d’élus comprenne la réalité d’un processus qui, au nom d’une idéologie conservationniste, enclenche une véritable dynamique de privatisation, à laquelle font écran l’usage des labels « national » et UNESCO.

Une littérature de plus en plus fournie dévoile ces dévoiements des Parcs nationaux [2]. Une dé-socialisation des biens naturels à l’œuvre au niveau mondial, bénéficiant du label d’expertise et d’écologie fournie par l’UICN [3] — puissante ONG financée par des multinationales fort peu écologiques dont Shell et EDF-GDF. Entre green-washing et emprise accrue sur la nature, le basculement dans la sphère marchande de l’environnement, chose publique par excellence, s’exerce au profit de grandes industries internationales : tourisme haut de gamme (éco-lodges...), industries pharmaceutiques (très intéressées par notre pharmacopée), BTP, etc...

Perçu par certains comme un dispositif de protection salutaire, par d’autres comme un mécanisme colonial de spoliation, le Parc national alimente la polémique. Face à la non adhésion de ces 7 communes, face aux positions récemment exposées publiquement par d’autres élus — notamment Mario Lechat à Sainte-Marie — face aux mécontentements exprimés depuis de nombreuses années, ne serait-il pas temps que cette institution soit moins crispée, qu’elle accepte de se remettre en question et s’ouvre enfin vers un véritable dialogue ?

Un Parc oui ! Mais un parc qui soit respectueux du mode de vie réunionnais, des activités traditionnelles. Un parc respectueux de ceux qui l’habitent. Respectueux de notre culture et de notre patrimoine tant naturel qu’archéologique. Un parc... réunionnais.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

Notes

[1Collectif pour le maintien des activités au cœur de La Réunion

[2Notamment : « La face cachée des Parcs nationaux », par Françoise Dégert, Médiapart, 2011

[3Union internationale de conservation de la nature

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