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Transports en commun

Osons la gratuité totale

17 novembre 2013
François Fasquel
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L’idée d’un transport en commun gratuit peut paraître très utopiste et irréalisable. Pourtant de nombreuses agglomérations en métropole ont fait ce choix et ça marche ! Alors si vous aimez le partage, la convivialité et l’écologie, venez et montez dans mon bus, il est gratuit…

L’avez-vous déjà pris ? Auriez-vous quelque chose à lui reprocher ? Comme le pensent beaucoup de Réunionnais, une révolution des transports s’impose. Elle doit d’abord passer par une amélioration du réseau des bus. Avec une forte volonté politique, nous pourrions à court terme rendre les bus gratuits pour tous. Est-il normal que la majorité de ceux qui prennent le bus tous les jours le font à défaut de pouvoir utiliser leur propre voiture ? D’autant que les usagers réguliers (hors transports scolaires) sont aussi les personnes plus pauvres.

La gratuité s’oppose à la privatisation et la marchandisation, c’est un outil de liberté. Rendre gratuit les bus permettrait de sortir d’une logique marchande, et de les mettre au cœur de l’intérêt général. Cela serait véritablement transformer les clients en citoyens fiers de leurs réseaux. La gratuité, c’est possible et surtout ça marche. Prenons l’exemple du pays d’Aubagne, une communauté d’agglomérations composée de 12 villes, soit un peu plus de 100 000 habitants. Le réseau de transport est constitué de 11 lignes régulières, du transport à la demande, des transports scolaires et bientôt d’un tram. Depuis 2009, la communauté de communes communiste a fait le choix de rendre tous les bus gratuits et pour tous. L’effet de cette mesure a été immédiate : +50% de fréquentation le premier mois, et jusqu’à +178% cette année ! 50% des trajets supplémentaires sont réalisés par des personnes qui utilisaient la voiture ou le deux-roues avant la mise en place de la gratuité.

La pauvreté est un mal honteux, nous ne pouvons pas nous contenter de la décrire ou simplement la regarder : il faut agir. Dans une île où plus de 300 000 citoyens ont un reste à vivre de quelques euros par jour, pour eux la gratuité est une réponse concrète à l’urgence sociale. Pour tous les travailleurs pauvres, qui ont perdu une bonne partie de pouvoir d’achat au moment de la suppression du RSTA, c’est préserver leurs salaires modestes. Enfin, pour les autres, plus riches, c’est les inciter à laisser leurs voitures au garage ! La gratuité est un outil de liberté et de bien vivre qui incite à sortir de l’égoïsme et de l’isolement créés par la voiture ; elle offre au contraire un véritable espace de mixité sociale. Dans le pays d’Aubagne, près de 5000 déplacements en voiture en moins chaque jour ! N’est-ce pas une réponse concrète au respect de l’environnement et aux embouteillages ?

Bien entendu, la gratuité a ses ennemis. Malheureusement citoyens, la gratuité heurte certaines individualités privées. Monter gratuitement dans un bus ne se fera pas d’un claquement de doigts. D’abord, les sociétés pétrolières verront d’un très mauvais œil que nous puissions mettre moins de précieux carburant dans notre voiture. Encourager les transports en commun par la gratuité ne fera pas les affaires de la SRPP.

Ensuite, le Syndicat Mixte des Transports regroupant les Autorités Organisatrices de Transport pourrait voir en cette révolution un moyen de favoriser la dégradation des bus et les incivilités ; ou de déstabiliser les sociétés d’économies mixtes qui gèrent et font fonctionner les réseaux de bus. Or, pour les agglomérations qui l’ont mise en place, il n’en est rien. Mobilité rime toujours avec dignité et fierté.

Enfin, la gratuité pourra faire trembler certains grands patrons qui verront dans cette affaire une funeste mesure destinée à rogner leurs profits. Il est évident que la gratuité pour tous a un coût. Quel est donc le prix de la gratuité ? Les recettes liées à la vente de tickets et d’abonnements sont en réalité assez faible à La Réunion, de l’ordre de 15%. La gratuité supprimerait d’abord tous les frais liés à l’édition de tickets, de la vente et des contrôles. Ensuite, sans utiliser les impôts locaux comme levier, il serait facile d’augmenter la contribution Versement Transport des entreprises de plus de 9 salariés. La contribution serait étalée au prorata du nombre d’employés. La solidarité servant l’intérêt général doit passer par là !

Nous appelons donc à la gratuité totale des transports en commun, mais nous savons aussi que la réussite à ce projet politique sera conditionnée à la fois par un élargissement du nombre de lignes de bus, car encore trop d’espaces de l’île sont marginalisés ; et aussi par une augmentation de la fréquence. La gratuité amènera alors logiquement à la création d’emplois.

Ainsi, dans un contexte de baisse du pouvoir d’achat, un des principaux objectifs des prochaines campagnes municipales devrait être social. C’est une réelle volonté politique que de proposer une alternative à l’automobile et d’offrir au plus grand nombre la possibilité de se déplacer. La gratuité devrait être complète sur les différents réseaux réunionnais : CIVIS, TCO, CAsud, CIREST et CINOR ! Quel message politique fort que pourraient envoyer nos futurs conseillers intercommunautaires au président de la Région qui ne croit qu’au tout-voiture. La Réunion est une terre de partage, elle n’est pas en reste !

Citoyens, osons la gratuité et devenons un nouvel exemple à suivre !

François Fasquel
Parti de Gauche

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