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Economie

Only-SFR-Réunion : vers une fusion inamicale ?

21 avril 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Concurrents sur les marchés de la téléphonie et de l’internet, Only et SFR Réunion devraient rejoindre la même écurie à la suite du rachat de SFR par Numéricable, fleuron du groupe Vivendi. Une union anticoncurrentielle ? Le verdict n’est pas encore rendu. Côté salariés, on craint des licenciements… mais aussi les conséquences des relations exécrables qu’entretiennent aujourd’hui les deux opérateurs.

Le 5 mars dernier, Vivendi annonçait la vente de SFR à Numéricable, filiale du groupe luxembourgeois Altice, présidé par Patrick Drahi. Une cession qui, à La Réunion, devrait, une fois finalisée et sauf veto de l’Autorité de la Concurrence, aboutir à une fusion entre la SRR (société Réunionnaise de Radiotéléphonie) et l’opérateur téléphonique « Only », contrôlé par Outremer Telecom, holding du groupe Altice présente sur les marchés caribéens et réunionnais dans le secteur de la téléphonie, fondée et dirigée par Jean-Michel Hégésippe.

La perspective a mis en alerte les associations de consommateurs, qui redoutent les possibles effets anticoncurrentiels de cette concentration ; une inquiétude relayée auprès du gouvernement par la députée socialiste Ericka Bareigts, qui interpellait le 9 avril dernier le ministre de l’Économie, Arnaud Montebourg.

Si cette vigilance des usagers face aux distorsions de prix qui pourraient résulter du rapprochement des deux opérateurs est bien compréhensible, il n’est pour l’heure pas acquis que l’opération modifiera de manière décisive le secteur de la téléphonie réunionnaise.

"Lansiv"... de "7 Lames la Mer", d’après la lithographie "Conversation politique en 1848" d’Antoine Roussin, 1879.

Cumulées, les parts de marché d’« Only » et d’« iZi » — cette dernière cédée au groupe Altice en octobre dernier par son créateur Yann de Prince — ne conforteront qu’à la marge la position déjà dominante de SFR sur le marché de la téléphonie mobile. La combinaison SRR-Only-iZi aurait pour effet de restaurer peu ou prou le statu quo antérieur à l’arrivée des deux dernières sur un marché où SFR, opérateur « historique » de La Réunion, se taillait déjà la part du lion face à France Telecom, devenu « Orange ». La situation n’avait pas alors déclenché l’intervention des instances de régulation…

Au vrai, les questions liées à l’altération du marché et à la concurrence font pour l’heure écran à une série d’enjeux moins connus du grand public, portant en particulier sur le devenir du management de SFR, de ses savoir-faire (notamment en matière de "service après vente"), et la délocalisation de certains services. Le 14 avril dernier, un panel de syndicalistes du trio SFR-iZi-Only était monté au créneau, annonçant la fermeture imminente d’un grand nombre de magasins… des propos vivement démentis quelques jours plus tard par Yann de Prince, qui a intégré l’organigramme d’Outremer Telecom, en position de directeur général et responsable de la Zone Océan Indien.

"Toujours dans ma main" de Kim Dong-kyu, d’après "In the conservatory" d’Edouard Manet, 1878-9.

Comment cet imbroglio est-il perçu sur le terrain de l’entreprise ?

« On est dans le flou le plus complet  », déclare X… cadre de SFR, rencontré par « 7 lames la Mer ». Outre la chasse aux « doublons » et les licenciements consécutifs, cet employé, qui affirme « participer depuis de longues années à l’aventure SFR  » est particulièrement inquiet du coup de barre managérial qui pourrait accompagner l’opération.

« Même si, dans cette affaire, SFR-Réunion est la grosse boîte et Only la petite, on peut craindre que les méthodes « Only » prennent le pas sur la culture SRR » nous confie-t-il. Des méthodes dominées par la philosophie du « low-cost », affirme notre interlocuteur, qui pourraient être « autant dommageables aux salariés qu’aux consommateurs ». « Nous avons d’excellentes structures d’assistants à La Réunion, capables d’apporter un service aux gens, et de régler leurs problèmes, parce qu’ils sont sur place. On a beau dire, la qualité de ces prestations est bien inférieure lorsque ces services sont délocalisés  », affirme-t-il, craignant, en écho aux syndicats, le déplacement de ces services vers l’île Maurice.

"Self shot" de Kim Dong-kyu, d’après le "Portrait de Marie-Thérèse Walter" de Pablo Picasso, 1937.

Surtout, X… appréhende que des « règlements de comptes » aient lieu dans le sillage du rachat : « l’ambiance est très tendue entre SFR Réunion et Outremer Télécom », déclare-t-il. Une affirmation qu’une simple recherche sur internet suffit à éclairer.

Ainsi, en 2012, Jean-Michel Hégésippe s’adressait-il par une lettre ouverte au directeur délégué de SRR, Bertrand Guillot, dans un style fort peu diplomatique. Ambiance : « arrêtez de dénigrer Onlyarrêtez d’insinuer de fausses informations (…) « combien d’emplois SRR a créé en 10 ans  » (sic)… « SRR ne publie pas ses comptes comme la loi l’impose alors qu’Only les publie (…) Vous avez en vain cherché à interdire nos publicités »…

« Comment croire que ces gens-là pourront travailler ensemble », soupire X…, qui évoque une rivalité « à couteaux tirés  » entre les deux entreprises : « par exemple, le directeur marketing d’Outremer Telecom était auparavant à SRR, où il a passé 4 ans. Il semble que les choses se sont mal passées entre lui et son ancien employeur. Il y a beaucoup de rancoeurs accumulées ; les litiges se règlent à coups d’huissiers, d’actions en justice… Il y a une vraie guerre de tranchée entre les deux opérateurs, qui va au-delà du domaine commercial. De plus, on dit que le courant ne passe pas forcément très bien entre MM. Hégésippe et de Prince. Or, on ne connaît pas le rôle futur de M. de Prince. Alors on craint un peu d’être gouvernés directement depuis les Antilles. Et ce n’est pas du tout le même type de management… ».

"Music for dreaming" de Kim Dong-kyu, d’après "Le rêve" de Pablo Picasso, 1932.

« On se demande si les jeux ne sont pas déjà faits. Par exemple, on sent un certain lâcher-prise au sommet de la pyramide, qui se traduit par une baisse des résultats. Autre signe : il n’y a pas eu de ruée depuis la Métropole sur le poste de directeur marketing, qui a échu à un local. Tant mieux, car ce n’est pas tous les jours que l’on voit un Réunionnais à ce poste, et ce monsieur est bien-sûr très compétent. Mais on a l’impression qu’il y avait moins d’enjeux sur le poste. En l’absence de transparence, on se pose des questions : certains sauraient-ils, en haut lieu, que nous sommes destinés à être croqués ? On est dans le « fénoir » complet »…

Et quid des consommateurs ? Selon X…, ceux-ci ne gagneront pas forcément à une mainmise d’Only sur SFR : « à mon avis, on ne peut pas pousser indéfiniment la quête du low-cost et bénéficier en même temps de la qualité du service et des prestations... La qualité a un coût, tout simplement… ».

Un « coût » qui n’a pas permis à Only, malgré une remarquable progression, de s’emparer des marchés du géant SFR, auquel, sauf intervention contraire des instances régulatrices, il se retrouvera uni par effet collatéral. Reste à savoir s’il s’agira d’une union, ou de la continuation d’une guerre entre entreprises par d’autres moyens.

Geoffroy Géraud Legros

Yann de Prince à la tête de SFR ?

Photo : IPR

Louvoyer et dévoiler ses cartes au dernier moment : la méthode a été utilisée par le fondateur de Mobius et d’iZi, qui est aussi le patron du MEDEF-Réunion, lors de la vente de cette dernière entreprise au groupe Altice. Pisté par « Le Quotidien », l’entrepreneur avait habilement multiplié les démentis, avant d’annoncer la cession d’iZi et sa « montée » consécutive au sein de la holding ultramarine d’Altice. Directeur général chargé de la zone Océan Indien d’Outremer Télécom, M. de Prince serait, selon certains, appelé à prendre la tête de SFR-Réunion. Une affirmation tantôt démentie, tantôt corroborée par l’intéressé auprès de son entourage...

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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