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Ciné-f-île critique et autres textes, par Alain Gili

« On nous cache certains films »

3 mai 2013
Alain Gili
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C’est sous la forme d’une lettre qu’Alain Gili nous livre quelques réflexions bien senties sur le cinéma... Le cinéma dont il nous parle est engagé. Il le définit comme un « double acte de conscience : réussir à faire des films libres, et susciter des publics qui vont les voir en sachant que leur « sortie » est un acte courageux et utile de lutte contre le système d’abêtissement généralisé ».


Extrait de ma lettre du 23 février 2012 à quelques amis de La Réunion (avant l’affaire Mérah)
Paris, Jeudi matin 23 Février 2012 (...)

Suis allé hier soir (mercredi 22 février 2012) voir à Paris chez MK2 le film « La désintégration ».

"La désintégration"

Film très sobre, qui vient de sortir, « La désintégration » raconte à la vitesse grand V le sentiment de rejet et d’échec d’un jeune arabe « beur » promotionnel se heurtant à ce qu’un doc appelle « Le plafond de verre » [1]... qui bouche l’horizon professionnel et social des beurs « intégrés ».

Tout le film ne serait-il donc qu’un cauchemar d’Ali ?

Une tragédie redoutable des temps présents. Car cet Ali s’engage avec deux « dalons » de raccroc dans le sillage d’un maître salafiste opposé à la mosquée « modérée » et officielle (« la mosquée de la Mairie »... dit l’endoctrineur)... Tout se construit via des séquences sans explications (on sait de quoi il s’agit : ce processus nous hante...) comme si on dévalait avec les trois non-héros vers l’issue fatale. Celle-ci apparaît comme une chute ultra-rapide, intelligemment traitée comme vécue de façon confuse, dans le fanatisme destructeur par le suicide-pour-Dieu... C’est la destruction inutile d’une entrée de bâtiments de l’Otan à Bruxelles : le film les montre si peu !

Je me demande ce que veut dire la scène initiale du mec, d’Ali, qui n’arrive pas à se réveiller, secoué par sa mère ? Scène-prologue, insérée au générique. Tout le film ne serait-il donc qu’un cauchemar d’Ali ? Et la mère se lamente de dos, dans son boulot (elle nettoie un hosto, je crois), elle a entendu le reportage en direct à la Tv sur l’attentat. Ou est-ce que je me rassure en « sentant » cela ? Qu’en pensent ceux qui l’ont vu... ce film ?

Lire les critiques après : si on en trouve !

Astèr ma si lir bann kritik : je les lis après... quand je les lis.

Réaliste, cette fiction au montage très simple, avec cadrages très rapprochés (comme si c’était... vraiment tourné-en-HLM ?), apparaît finalement — du moins ce matin je le sens ainsi — comme un long flashback sur un cauchemar, où le rôle de la petite-mère marocaine ressort comme étant central, par rapport à sa relation avec son deuxième fils, Ali... Un film-dissertation sur une angoisse sociale très française et actuelle depuis 2001, et surtout depuis les attentats de Madrid et de Londres... De Marrakech.

Extrait de l’affiche de "Making of".

Le parallèle avec le dernier grand film « Making of » de Nouri Bouzid est immédiat. Mais « Making of » joue sur la réalité et sur le cinéma-qui-montre-la-réalité, puisque le héros sans père — ou quasi — se dédouble et que l’acteur du film, choisi lors d’un « Making of », bloque tout le tournage, et nous voyons cela, nous, public, parce qu’à ce moment, il refuse carrément ce que le réalisateur, que l’ont voit, veut lui impose : ce scénario-là !

Il y a quelques scènes, plusieurs dans ce « Making of » où on pourrait dire « Zoom back camera » (comme Jodorowsky à la fin de son film « La montagne sacrée »), et où le débat s’instaure entre ce jeune acteur principal et Nouri Bouzid, lui-même, parce que le jeune, devenu acteur justement pour ce film, extrait par la machine fictionnante de la réalité tunisienne sous Ben Ali, refuse d’un coup de jouer le rôle d’un jeune tunisien qui va aller jusqu’à l’auto sacrifice, le corps couvert d’explosifs...

Salle alternative combattante

Intéressant de savoir ce que montrent en France de "La dés-intégration", en ce moment (film sorti il y a 8 jours [2]) nos tévés engluées dans leur captation volontaire par « Les nouveaux chiens de garde » (titre de film à voir absolument).

Pendant ce temps, à Orléans, on annonce un film en trois parties, « Histoire du terrorisme » au cinéma Les Carmes, salle alternative combattante. Je définis la salle ainsi, parce qu’elle représente à mes yeux bien plus que la notion pépère et dépassée de « salle d’Art et d’essai ».(...)

Nadia Fahni, réalisatrice tunisienne.

Nadia Fahni, notre amie du Fifai [3], réalisatrice tunisienne, a reçu des menaces de mort des salafistes en Tunisie ; et Nouri Bouzid y a subi, quelques dizaines de mois avant, une attaque : on l’a frappé sur la tête, c’était après la Révolution des Jasmins : il portait heureusement une sorte de béret de Tunisie !

Cinéma DOC, contre télé

Tous ces films sur l’envoûtement salafiste sont visibles en France, dans des salles où retournent même... des gens qui ne vont plus au cinéma. Mobilisés, et conscientisés par les enjeux de la campagne électorale. Ces films passent dans les grandes villes, sauf « Making of », film tunisien, mais qui n’a pas fait de sortie hexagonale. Je parle par exemple du film « Les nouveaux chiens de garde » : le cinéma contre la télé. Le cinéma DOC, contre la télé !

Mai 2013 : j’ai mis ce titre ci-dessus pour dire combien on nous cache certains films.


Quand le cinéma traite des tragédies actuelles, on l’évite, dans le grand patatras quotidien des « media » ? J’ai mis ce titre ci-dessus pour dire combien on nous cache certains films : il faut vraiment des projections militantes pour compenser cela. J’en ai fait plein depuis 36 ans d’île !

Mais La Réunion n’en fait plus, n’en fait pas, ou n’y va pas : elle est comme un gras romain gavé par trois repas successifs.... à la Néron !

Mai 3013 : depuis cette lettre-article de l’an passé...

"Les chevaux de Dieu"

Depuis cette lettre-article de l’an passé, envoyée à quelques unes et quelques uns de La Réunion via le net, j’ai eu l’émotion de voir au Festival de Cannes en Mai 2013 la première d’un 3ème titre sur le salafisme abuseur de jeunes paumés, opérant des deux côtés de la Méditerranée : « Les chevaux de Dieu », de Nabil Ayouch, marocain. Un grand film pour grand public, qui raconte par le détail toute l’histoire de quelques jeunes de bidonvilles que les salafistes ont manipulés jusqu’à aller se faire sauter dans des restaurants espagnols et « juifs » de Casablanca.... Sur les trois titres cités ici, seul « Making Of », de Nouri Bouzid, est passé une fois passé au Fifai.

Système d’abêtissement généralisé

Pour moi, le cinéma (hors multiplex) est, hors du circuit de pré-digestion de publics par le système du néo-hollywoodisme mondial, un lieu de liberté et de création. C’est un excellent antidote anti TV, un acte de conscience. Double acte de conscience : réussir à faire des films libres, et susciter des publics qui vont les voir en sachant que leur « sortie » est un acte courageux et utile de lutte contre le système d’abêtissement généralisé d’autre part. Système qui s’est emparé de La Réunion, depuis « l’égalité sociale » chiraquienne de 1995.

Alain Gili

Notes

[1« Le plafond de verre », documentaire de Yamina Benguigui, devenue ministre de MM. Hollande et Ayrault, a marqué un moment fort en France, puisque dénonçant le blocage non dit, mais très réel, des diplômés d’origine algérienne dans leur désir de progression professionnelle en France

[2NDLR : rappelons que ce texte est écrit en... février 2012

[3Fifai : Festival international du film d’Afrique et des îles, qui se déroule tous les ans au Port (La Réunion)

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