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Océan Indien

Olivier Bancoult : « les fils du sol des Chagos ne cèderont pas »

19 août 2015
7 Lames la Mer
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Le gouvernement britannique vient de lancer, début août, une consultation dans le cadre d’un éventuel processus de réinstallation des habitants d’origine sur l’archipel des Chagos. Olivier Bancoult, leadeur du « Chagos Refugees Group », nous livre ses premières réflexions sur les conditions qui entoureraient ce projet de réinstallation. Conditions qu’il juge, pour certaines, inacceptables. Interview avec Olivier Bancoult.

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Sur l’île de Diego Garcia.

En 1965, l’archipel des Chagos, à 2.500 kilomètres des côtes réunionnaises, est évacué. La déportation de la population chagossienne vers l’île Maurice et les Seychelles permet au Royaume-Uni de louer une partie de l’île principale, Diego Garcia, aux Etats-Unis d’Amérique, pour un bail de 50 ans (reconductible pour 20 ans, qui expire en 2016).

Les Américains y construisent alors leur plus grande base militaire hors USA. En échange de Diego Garcia, les Britanniques obtiennent des Américains une ristourne de 14 millions de dollars sur l’achat de fusées Polaris. Aujourd’hui, il est par ailleurs admis que l’excision des Chagos — jusqu’alors administrativement rattachées à l’île Maurice — fut le prix acquitté par les autorités mauriciennes pour accéder à l’indépendance.

Quant aux Chagossiens (2000 habitants à l’époque), ils furent les premières victimes de la militarisation de l’Océan Indien. Mais ils n’ont jamais baissé les bras et Olivier Bancoult, leadeur du « Chagos Refugees Group » mène un combat acharné depuis plus de 30 ans pour le retour de son peuple dans l’archipel.

Interview avec Olivier Bancoult, à l’heure où le gouvernement britannique lance une consultation au sein de la communauté chagossienne dans le cadre d’un éventuel processus de réinstallation des habitants d’origine sur l’archipel des Chagos. Un processus de réinstallation qui pourrait bien — si toutefois il était engagé — être interrompu au cas où le projet pilote s’avérerait, au bout d’un an ou deux, être un échec ou économiquement non viable.

7 Lames la Mer

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Olivier Bancoult, leadeur du « Chagos Refugees Group » mène un combat acharné depuis plus de 30 ans pour le retour de son peuple dans l’archipel.

7 Lames la Mer : Le Gouvernement Britannique vient d’adresser à la communauté chagossienne un document sous forme de questionnaire dans le but, semble-t-il, d’envisager un processus de réinstallation des habitants d’origine sur l’archipel des Chagos. Quelle est votre première réaction par rapport au contenu de ce document ?

Olivier Bancoult : Nous avons pris connaissance du document et nous sommes en train de l’étudier. Nous allons d’ailleurs le traduire en créole pour le présenter en détail aux membres de la communauté que nous réunirons ce dimanche. Il ne faut pas oublier que nous nous battons depuis des années et des années pour pouvoir retourner vivre dans l’archipel des Chagos d’où nous avons été injustement expulsés dans les années 60-70. Alors oui, nous voulons retourner aux Chagos mais pas à n’importe quelles conditions. Pas dans ces conditions-là en tout cas ! Nous ne céderons pas.

7 Lames la Mer : Quels sont ces aspects qui posent problème selon vous ?

Olivier Bancoult : Je note que ce document s’accompagne de contraintes inacceptables, de conditions qui vont à l’encontre des principes fondamentaux des droits de l’homme. Nous restons donc prudents car cette initiative pourrait bien s’avérer n’être qu’une nouvelle manoeuvre du gouvernement britannique. Par exemple, seules les personnes de la tranche d’âges comprise entre 18 et 65 ans seraient concernées par la première phase du projet de réinstallation aux Chagos. Donc les Chagossiens qui ont moins de 18 ans ou plus de 65 ans seraient exclus. Cela est inacceptable.

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Archipel des Chagos : l’île de Diego Garcia accueille la plus grande base militaire américaine hors USA.

7 Lames la Mer : Cela voudrait-il dire que les adultes seraient autorisés à partir pour les Chagos et que leurs enfants seraient contraints de rester à Maurice, aux Seychelles ou en Grande Bretagne ?

Olivier Bancoult : Oui. Quelle famille accepterait de retourner vivre sur sa terre d’origine sans ses enfants ? Il faut savoir qu’aucune structure pour assurer la scolarité des enfants ne serait prévue. Pas d’écoles ! De même, pas de maternité ! Cela est inacceptable. Nous ne partirons pas sans nos enfants. On ne peut pas accepter que nos enfants ne soient pas sous notre contrôle. Nous ne partirons pas sans nos anciens. Par ailleurs, pour pouvoir participer à la réinstallation, nous serions contraints de nous soumettre à un test médical avant le départ ! C’est intolérable. Actuellement, dans la communauté chagossienne, on compte plus de 400 personnes qui ont plus de 65 ans. Nous ne partirons pas sans elles ! Un programme de réinstallation sans enfants et sans personnes âgées, sans maternité et sans école, c’est une violation des droits de l’homme.

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Sur Diego Garcia, les tombes des ancêtres, que les Chagossiens ne peuvent plus fleurir.

7 Lames la Mer : En organisant cette consultation au sein des communautés chagossiennes (réparties à Maurice, aux Seychelles et en Grande Bretagne), le Gouvernement britannique semble pourtant entrouvrir la porte pour ceux qui souhaitent retourner s’installer dans l’archipel. Cette démarche s’accompagne-t-elle cependant de freins, et lesquels ?

Olivier Bancoult : Plusieurs aspects laissent apparaître que les conditions sont inacceptables. J’en ai déjà cité certains, en voici d’autres... On veut, semble-t-il, nous appliquer les mêmes règles que celles qui régissent le séjour des étrangers travaillant sur la base militaire de Diego Garcia. Or il y a une différence de taille : nous ne sommes pas des étrangers aux Chagos, nous sommes les fils du sol des Chagos. Donc, il est injuste qu’on veuille par exemple nous interdire de recevoir des visiteurs lorsque nous serons réinstallés aux Chagos ! Pas d’écoles, pas de maternités, pas de visiteurs...

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Sur l’île de Diego Garcia.

7 Lames la Mer : Vous avez d’ores et déjà noté un certain nombre de points problématiques et incompatibles avec votre vision des conditions de réinstallation aux Chagos. Quels sont les principes qui guident votre position quant à la manière de procéder ?

Olivier Bancoult : Un exemple : le principe d’égalité me semble primordial. À ce titre, nous estimons qu’il est légitime que tous les Chagossiens qui participeront au programme de réinstallation soient traités de manière égale. Or il se trouve que les Chagossiens qui sont actuellement installés en Grande Bretagne seraient, en quelques sortes, « privilégiés » par rapport aux autres puisqu’ils garderaient le bénéfice de certaines prestations. Je le redis : il faut traiter tous les Chagossiens de la même façon. Autre point sensible : pourquoi la terre des Chagos resterait-elle sous la responsabilité de la Grande Bretagne ? Les touristes qui voudront venir aux Chagos devront demander une autorisation à la Grande Bretagne.

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Olivier Bancoult : "Notre objectif reste le retour aux Chagos mais pas à n’importe quelles conditions".

7 Lames la Mer : Le cabinet conseil international KPMG, auquel le gouvernement britannique avait commandé une étude sur les conditions et la faisabilité d’une réinstallation des Chagossiens dans leur archipel, a rendu ses conclusions au début de l’année. Comment avez-vous accueilli cette étude et ces préconisations ?

Olivier Bancoult : Je pense que cette étude indépendante a démontré la faisabilité d’une réinstallation aux Chagos. En tout cas, nous avons accueilli ce rapport positivement : il est très favorable.

7 Lames la Mer : Le Ministère des Affaires étrangères de la Grande Bretagne a précisé que pour l’instant aucune décision n’avait été prise et que les Chagossiens avaient jusqu’au mois d’octobre pour participer à cette consultation.

Olivier Bancoult : Notre objectif reste le retour aux Chagos. Dans les trois îles historiquement habitées : Diego Garcia (en partie), Salomon et Peros Banhos. Nous apporterons nos réponses à cette consultation lancée par le Foreign Office [1]. D’ailleurs, nous publirons un communiqué à ce sujet, d’ici quelques jours, suite à la réunion de la communauté chagossienne que nous organisons ce dimanche.

Propos recueillis par 7 Lames la Mer

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Notes

[1Ministère des Affaires étrangères de Grande-Bretagne

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