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Privatisations

Obama, ultime fossoyeur du « New Deal »

14 mars 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Le Président des Etats-Unis préconise la privatisation de la Tennessee Valley Authority, réalisation emblématique du « New Deal » installé par Franklin D. Roosevelt face à la crise de 1929.

Le "New New Deal" : Barack Obama en Roosevelt à la une de "Time", en 2008. Photo : Associated Press

Avec l’aigle bleu en surplomb du légendaire « We Do Our Part », la Tennessee Valley Authority (TVA), qui combine barrages, centrales thermiques et usines chimiques, est sans doute l’incarnation la plus connue du grand public de la politique de relance du Président Franklin D. Roosevelt, entre 1933 et 1938.

Décrites comme un « appel aux armes » pendant la campagne électorale de 1932, les mesures interventionnistes passées à la postérité sous le nom de « New Deal » (« nouvelle donne ») visaient à pallier la débâcle économique de 1929 et à conjurer les « dangers du radicalisme » — la formule est de Roosevelt lui-même —issus de la montée du chômage de masse et de l’effondrement consécutif de la croyance dans l’« American Way ».

Fer de lance de la politique de grands travaux, la Tennessee Valley Authority est créée en 1933 dans l’État du Tennessee, durement frappé par la Grande Dépression.

Auto-financée depuis 1959, cette grande entreprise publique combine les tâches de régulation de la navigation et de contrôle des eaux fluviales, et, surtout, produit de l’électricité à bas coût, dont bénéficient 9 millions de foyers répartis dans sept États.

L’aigle bleu de la NRA, symbole du New Deal initié par Franklin D Roosevelt

La TVA, qui constitue l’un des derniers pans de l’ère Roosevelt est promise à la privatisation « par des dispositions bien enfouies dans le Budget Obama », rapportait hier « The Hill », hebdomadaire spécialisé de Washington.

Une décision injustifiée sur le plan économique, déclare au média Greg Junemann, représentant de la fédération internationale des Ingénieurs professionnels (IFPTE), qui rappelle que « la TVA est aujourd’hui la source la plus fiable et la moins coûteuse d’énergie dans le Sud des Etats-Unis ».

L’Administration Obama invoque la hauteur de la dette, qui s’élève aujourd’hui à 25 milliards de dollars, approchant ainsi dangereusement le plafond de 30 milliards autorisés à la TVA par la norme fédérale.

L’analyse est pourtant contestable, du fait de la nature juridique de l’établissement. Strictement autofinancé, celui-ci ne s’endette donc pas aux dépens du contribuable. « La TVA ne reçoit pas un seul dollar fédéral, et paie sa propre dette », résume Tom Buffenbarger, Président de l’Association internationale des machiniste et des travailleurs du secteur aérospatial (AIM) sur le site internet de son organisation.

Appalachia Dam, l’un des nombreux barrages construits par la Tennessee Valley Authority. Photo : TVA

« La privatisation ne fera pas baisser les factures d’électricité », déclarait le 4 mars dernier Lamar Alexander, sénateur du Tennessee (Républicain) au Chattanooga Free Times. À l’unisson d’autres élus de l’État et des syndicats de la vallée, celui-ci plaide pour un relèvement du plafond de la dette, dont la dernière fixation remonte à… 1979. La hausse serait notamment justifiée au regard des coûts générés par le programme de mise aux normes écologiques récemment adopté, et de la poursuite des travaux de recherche et d’innovation, domaines dans lesquels la TVA est à l’avant-garde depuis plusieurs décennies. La privatisation, estiment de nombreux observateurs, se traduirait par une vaque immédiate de suppression d’emplois.

Le complexe emploie aujourd’hui 13.000 salariés

Depuis 2005, ses activités ont généré plus de 300.000 emplois et attiré près de 32 milliards d’investissement, indiquait en 2012 le rapport annuel de l’entreprise.

« Success story » de l’ère Roosevelt, la TVA a été tour à tour la cible des opposants au New-deal, du MacCarthysme qui y voyait un kombinat de type soviétique et des compagnies privées, forcées d’aligner leur tarifs à la baisse. Elle demeure néanmoins populaire auprès des Américains, malgré l’anti-étatisme et le populisme fiscal ambiants. Vouée aux gémonies, il y a un demi-siècle, par un Eisenhower qui souhaitait en privé « vendre tout le bazar » et « en finir avec ce communisme rampant », la Tennessee Valley Authority pourrait bien disparaître 80 ans après sa création, par la volonté d’un Président démocrate. Celui-là même qui, élu en pleine crise, s’était fait l’apôtre d’un « New New Deal ».

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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