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Afrique du Sud

« Nyaope » : deux joints suffisent pour être accro

3 novembre 2013
Geoffroy Géraud Legros
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Vendu 1,50 € le joint, le « Nyaope » menace la jeunesse sud-africaine... et mine la politique de lutte contre le SIDA.

Photo du site FanathePurp, illustrant le poème de Nkosinathi Dubazana : Keep your morals and concerns, I will keep my Nyaope...

Sud de Soweto. Des écoliers en uniforme qui se relaient chez les dealers. Des drogués hagards qui vendent pêle-mêle câbles électriques, tuyaux, et mêmes portails — tous les objets de métal qui peuvent être facilement volés et rapidement revendus pour obtenir un « hit » de nyaope, la drogue à 20 rands (1,50 €). Ce tableau dressé par le quotidien sud-africain en ligne « Daily Maverick » illustre une prise de conscience croissante vis-à-vis des dégâts du « Nyaope », ou « whoonga » un stupéfiant qui s’impose sur le marché des drogues de rue (street drugs) depuis quelques années.

Coupée aux rétro-viraux

Présente depuis 2007 — elle serait apparue dans le township de Tshwane, vendue par des immigrés nigérians et tanzaniens —, le Nyaope se répand depuis 2010 dans toute l’Afrique du Sud. Entourée d’une mythologie urbaine teintée de marketing, la drogue se compose d’un mélange d’héroïne, de mort-aux-rats, de dagga (marijuana) et de produits tels que le Ritonavir® ou l’Efavirenz®, utilisés pour traiter le SIDA. Malgré l’absence d’effet euphorisant de ces médicaments, dont attestent les experts, la légende urbaine continue de prêter des vertus planantes aux rétro-viraux, fumés seuls ou associés à d’autres drogues. Une croyance collective qui alimente tant le trafic de pilules anti-VIH qu’une délinquance spécifique. Bon nombre de bénéficiaires de soins étaient déjà agressés et dépouillés de leurs traitements en 2010, rapportait alors Associated Press. Pire : la consommation détournée de ces produits entraîne un effet immuno-dépressif. Certains usagers tenteraient même volontairement de se faire contaminer, dans le but d’obtenir des rétro-viraux, distribués gratuitement par l’Etat aux séropositifs.

« Chasser le dragon »

Parfois consommé par injection, le Nyaope, qui se présente sous la forme d’une poudre mélangée à la dagga, est le plus souvent fumé — chasser le dragon, disent les jeunes sud-africains. Extrêmement addictive — il suffit de deux (voire d’un seul) joints pour être dépendant — la drogue peut provoquer des phases de démence parmi ses usagers, qui peuvent ainsi se mettre à déambuler nus ou être pris de délires d’allure mystique, souvent assimilés à des possessions sataniques dans une Afrique du Sud très pieuse. Les fumeurs de Nyaope en viennent très vite à ne plus pouvoir se passer de drogues plus de deux heures sans être assaillis de dépressions, de crampes généralisées et de violents maux de tête.

Drogue générationnelle

La province de Gauteng (qui intègre notamment la capitale Prétoria, Johannesburg et Soweto, NDLR) a organisé le 22 mai dernier un sommet pour déclarer la « guerre au Nyaope ». Une initiative qui passe tant par « une répression accrue des crimes liés à la drogue », destinée à « faire du système pénal un mode de dissuasion efficace » que par une « harmonisation des centres de traitement » contre « l’indigence » de certains des services de la province, a déclaré Nandi Mayathula-Khoza, membre du Conseil exécutif provincial déléguée aux affaires sociales. Le dispositif, précise-t-elle, doit s’accompagner d’une lutte contre les « centres de réhabilitation illégaux ». Une vingtaine de ces structures a été repérée sur le seul territoire de Gauteng : les « patients » y sont souvent confinés dans des locaux exigus plus proches de la cellule que de la chambre, et employés à des travaux de force, sans réel accompagnement médical. Seuls neuf de ces établissements « marrons » ont régularisé leur situation à la demande des autorités. La dimension « générationnelle » du Nyaope accroît la difficulté du combat contre le fléau. Les jeunes accros ont en moyenne entre 13 et 19 ans...et trois fois plus de chance d’être impliqués dans des faits délictueux et criminels, affirment les statistiques de la police. 60% des crimes et des délits constatés dans le pays sont liés à l’usage de stupéfiants, estiment les mêmes sources. L’addiction aux drogues toucherait près de 18% des Sud-Africains, estiment les services sociaux.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste, Co-fondateur - 7 Lames la Mer.

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