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NRL : à chaque jour son lot de questions (gênantes)

1er octobre 2015
Geoffroy Géraud Legros
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Pourquoi le Conseil régional préférait-il raccorder des cimenteries à une nappe phréatique plutôt que d’utiliser à bas prix des eaux usées ? Pourquoi le Conseil régional subventionne-t-il un yacht luxueux destiné à « admirer le grand chantier de la Route du Littoral » alors que l’approche de celui-ci est appelée à être fortement contrainte du fait des travaux et soumise à des assurances prohibitives ? La Région aurait-elle trop d’argent ?

… Et un camouflet de plus : hier encore, la Région Réunion poussait « Vinci » à intenter un recours contre la ville du Port, après que celle-ci ait exigé que la multinationale dépose un permis de construire pour implanter rien moins que deux cimenteries, grosses consommatrices d’eau mettant en péril l’équilibre de la nappe phréatique portoise.

Le locataire de la Pyramide inversée, dont la campagne peine à démarrer, espérait sans doute mettre l’opinion de son côté en imputant un retard dans le chantier de la NRL à une mairie dirigée par le bras droit et suppléant de sa rivale de gauche, Huguette Bello.

Double erreur : d’abord, « l’opinion du peuple saine », comme disait l’autre, juge visiblement que la mairie du Port a raison de protéger l’eau (rare) du robinet et que, oui, les règles d’urbanisme applicables au citoyen lambda s’appliquent aussi aux géants de la construction.

Surtout, « Vinci » s’est aligné « vitement » sur la position municipale : l’entreprise a demandé un permis de construire en urgence et a accepté d’utiliser des eaux usées — l’alternative proposée par la commune — pour alimenter ses usines… laissant l’infortuné (si l’on peut dire) exécutif régional le bec dans l’eau.

Puisqu’on parle de liquide, on se demande bien pourquoi l’entreprise et le maitre d’ouvrage insistaient tant pour dépenser plus (le raccordement à la nappe phréatique aurait coûté la bagatelle de 15 millions d’euros, rappelait Thierry Lauret dans « Le Quotidien » d’hier) tout en polluant plus, là où les services du Port proposaient de dépenser moins en polluant moins.

Une générosité dans la dépense qui en évoque d’autres — on pense notamment à l’achat du Domaine de Montgaillard (renommé « Domaine du Moca ») que Didier Robert avait tenu à acquérir à un prix supérieur au coût fixé par celui des Domaines.

Puisque nous en sommes à patauger, l’annonce de la grasse subvention de plus d’un demi-million (dont près de 400.000 pompés dans les fonds européens FEDER) votée il y a deux jours par la Région Réunion à une société de yachting soulève d’autres questions — quelque peu gênantes.

Récemment créée et dotée d’un capital d’1 euro, nous apprend le site « IPR », la très chanceuse entreprise « Festi Yatch Bourbon » utilisera ces fonds pour armer un catamaran (originalement) nommé « Maloya » qui mènera le touriste « admirer le chantier de la Route du Littoral » (sic), « rencontrer les dauphins et les baleines » et visiter le marché de Saint-Paul.

Problème(s) : la Préfecture rappelle aujourd’hui que les approches du chantier par voie de mer sont « strictement limitées à 200 mètres pour les engins et navires battant pavillon jaune et 500 mètres pour les navires et engins battant pavillon rouge NRL ».

Le pavillon rouge dominera, nous glisse un connaisseur du dossier.

À 1.000 euros le mètre, le contribuable donne donc un bon coup de main aux éventuels veinards qui auraient envie de « louker » à un demi-kilomètre de distance les grues et les plate-formes qui bordent le corridor Saint-Denis-Possession.

Plus sérieusement, on se demande où une société dotée d’un euro de capital trouvera les sommes considérables que les usagers de la mer devront acquitter aux assurances pour accéder à des lieux « où la navigation sera, en droit, très restreinte, de facto, quasiment prohibée et en réalité passablement dangereuse », prédit notre interlocuteur.

Quant aux visites du marché de Saint-Paul, elles risquent fort de se faire en voiture, la commune concernée ne disposant pas d’un débarcadère adéquat, précisent nos confrères d’« Imaz Press Réunion ».

Passons sur le choix en lui-même, qui une fois de plus finance les loisirs des (très) riches avec l’argent du contribuable.

Une fois encore, les considérations d’intérêt général semblent étrangères à la Pyramide inversée...

GGL

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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