Categories

7 au hasard 4 mai 2015 : Chelsea l’Africaine - 27 février 2013 : Outremer : en finir avec les produits trop sucrés - 12 juillet 2014 : « Noukifé La Réunion » : 7 Lames a kiffé ! Et vous ? - 11 octobre 2013 : Pour Camus, le salut vient de la révolte - 7 novembre 2015 : La guerre la pété ! La révolte dann café ! - 15 août 2015 : Chagos : Salomon... entre exaltation et malaise - 1er décembre 2014 : Les Masaï dans le piège post-moderne - 31 mai 2013 : Congrès de la FIFA : 10 syndicalistes arrêtés - 20 février 2013 : 7 maux comme 7 lames la mer - 20 juin 2015 : Vivian Maier, la femme qui faillit ne jamais exister -

Accueil > Le Blog de GGL > Nouvelle route du Littoral : l’amateurisme au pouvoir

Sur le Blog de GGL

Nouvelle route du Littoral : l’amateurisme au pouvoir

30 septembre 2015
Geoffroy Géraud Legros
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

L’affaire des cimenteries de la Nouvelle route du Littoral fait apparaître une nouvelle fois l’amateurisme de la Région Réunion.

« Nul ne saurait se prévaloir de ses propres turpitudes » : cette vénérable règle juridique, dite du « nemo auditur », est manifestement inconnue de Dominique Fournel, vice-président « en charge », comme on dit dans ce milieu de langue interlope, du projet de Nouvelle route du Littoral.

On aurait pu croire que l’élu, dont le nom circule de placard en antichambre dans l’interminable vaudeville médiatique auquel donne lieu l’enquête préliminaire consacrée au susdit projet, ferait profil bas. Que nenni ! C’est en personne qu’il a présidé une conférence de presse visant le maire du Port. Une prise à parti intuitu personae au format inhabituel et hors du registre que revendique la Pyramide inversée, dont le locataire et les porte-parole affirment haut et fort travailler « par-delà les clivages politiques » et « dans l’intérêt général ».

Coiffée de la casquette — décidément très politique — de maître d’ouvrage de la NRL, la Région Réunion a critiqué une décision prise par la commune portuaire, à la suite de laquelle le groupe « Vinci » a dû interrompre hier les travaux de deux usines installées sur son territoire.

Un arrêté pourtant fondé sur une considération de taille : les deux usines ont été construites sans qu’un permis de construire ait jamais été déposé, malgré les mises en garde répétées des autorités municipales.

C’est bien la Région Réunion qui a créé la difficulté, en se contentant d’une modification du Plan local d’urbanisme et en assurant à Vinci que cette formalité suffisait à « légaliser » l’implantation des deux établissements. En demandant un permis le jour même où la municipalité mettait fin aux activités sur les sites considérés, l’industriel a infligé un camouflet à la Région, qui soutient mordicus que la construction de grands établissements industriels peut être réalisée « sur le tas » — les particuliers qui rament pour obtenir la paperasse nécessaire à « l’agrandissement la kaz » apprécieront.

Mais c’est avant tout une histoire d’eau qui est au cœur du différend… et met en lumière l’inquiétant amateurisme de la collectivité régionale. En effet, le chantier, grand consommateur d’eau, projette de mettre à contribution la nappe phréatique portoise, pourtant indispensable à l’alimentation en eau potable des particuliers, dans cette zone qui est à la fois la plus densément peuplée et réputée la plus chaude de l’île.

La Ville du Port au début du 20ème siècle.

Une aire si aride que les premiers ouvriers du port et du chemin de fer créés au XIXeme siècle étaient surnommés les « pionniers du désert ».

Là encore, la Région tient, contre toute raison, à pomper le précieux liquide dans la nappe phréatique au lieu de récupérer les eaux traitées par la station d’épuration et de les transporter jusqu’à l’usine — c’est la solution, par ailleurs moins onéreuse, proposée par la municipalité. Cette combinaison de rigidité, de décisions prises à la hâte et d’attitude brouillonne n’est pas sans rappeler la valse-hésitation de la collectivité vis-à-vis de la question, toujours en souffrance, de l’approvisionnement en roches massives.

En résumé, Didier Robert, Dominique Fournel, Fabienne Couapel-Sauret et consorts, qui se targuent d’un « chantier déjà engagé », veulent mettre 19 millions de tonnes de roches en mer, mais ne savent toujours pas où ils les prendront ; veulent construire un viaduc, mais n’ont même pas songé aux moyens rationnels de permettre aux cimenteries de fonctionner, de s’implanter, ni même d’être alimentées en eau.

Ajoutons à cela la question des surcoûts, qu’il faudra bien aborder un jour mais que la Pyramide s’obstine à esquiver ; celle de l’enquête judiciaire menée par le Parquet national financier (PNF), qui porte sur des soupçons de corruption et de favoritisme, mais que l’exécutif régional s’entête à présenter comme une « procédure de routine » : comment ne pas voir dans cet agrégat de mauvaises décisions, d’approximation, de fuites en avant et de mensonges purs et simples le signe d’une gouvernance irrationnelle, frappée du sceau de l’amateurisme ?

Les infinies tribulations de ce chantier absurde et de ses bâtisseurs décidément pied-nickelé-e-s prêteraient à rire, si, en plus de l’argent public que l’on est trop habitué à voir gaspiller sous nos cieux, elles ne dégradaient pas le patrimoine le plus essentiel des Réunionnais : la terre, la mer et l’eau.

GGL

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter