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Aménagement et environnement

Nouvelle route du Littoral et Parc National : impossible équation ?

14 août 2014
7 Lames la Mer
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Peut-on extraire des matériaux pour le chantier de la Nouvelle Route du Littoral dans des ravines qui relèvent du Parc National, réputé intransigeant quant à la préservation de ce patrimoine de l’UNESCO que constituent nos désormais célèbres « Pitons, cirques et remparts » ? La réponse se trouve dans la subtilité des « frontières », à mi-chemin entre aires d’adhésion et cœur de parc. Lesquelles frontières sont susceptibles d’être ou non franchissables, selon les cas... Une sorte de « syndrome Tchernobyl », prétend le Collectif pour le maintien des activités au cœur de La Réunion (C.mac)...

Une ravine, du côté de l’Est. Aquarelle de Jean-Joseph Patu de Rosemont (1802).

Le chantier de la Nouvelle Route du Littoral (plus de 2 milliards d’euros) sera très gourmand en matériaux puisqu’il lui en faudra 18 millions de tonnes. D’où la nécessité pour assurer ce chantier faramineux de créer une carrière pour l’extraction des matériaux, ce qui ne manquera pas « d’impacter à long terme les milieux naturels et les paysages des sites d’extraction, s’insurge la SREPEN [1] dans un récent courrier des lecteurs publié dans la presse. Une solution soi disant bénéfique pour l’emploi local ! Comme si creuser des trous dans la Nature était synonyme d’emplois durables ! »

On aurait pu logiquement supposer que les promoteurs de ce chantier allaient se heurter à la réglementation stricte du Parc National, lequel est fondé à œuvrer pour la préservation du patrimoine naturel. Et d’ailleurs, le 26 février dernier, la directrice du Parc National, Marylène Hoarau, s’était fendue d’un arrêté stipulant (art. 1) : « la recherche et l’exploitation des matériaux non concessibles sont interdites au sein de la partie du bien des “Pitons, cirques et remparts de l’île de La Réunion” incluse dans le cœur de parc national de La Réunion ».

A gauche : photo IPR

A la lecture des « considérant » précédant cet article, on était même fondé à penser que la marge de manœuvre laissée à Didier Robert était bien mince... Jugez vous-même :

« Considérant que l’exceptionnelle qualité des paysages et la richesse de la biodiversité du cœur de parc national ont motivé le classement du territoire à ce titre ainsi que l’inscription des “Pitons, cirques et remparts de l’île de La Réunion” sur la liste du patrimoine mondial ;

Considérant que la préservation de ces paysages et de cette biodiversité conditionne le maintien de cette reconnaissance internationale ;

Considérant que l’ouverture de carrière est susceptible de porter une atteinte forte et irréversible aux paysages, aux habitats terrestres et aquatiques et à leurs fonctionnalités écologiques, tant par les sites d’extraction, notamment dans le lit majeur des principales rivières, que par les réseaux d’infrastructures et la circulation d’engins lourds nécessaires à l’évacuation des matériaux ; »

Autant dire que ces considérations semblent marquer une fin de non recevoir puisqu’il est clairement stipulé : « l’ouverture de carrière est susceptible de porter une atteinte forte et irréversible aux paysages, aux habitats terrestres et aquatiques et à leurs fonctionnalités écologiques ».

Mais la subtilité de la situation se situe — on vous le disait — dans les « frontières »... A mi-chemin entre aires d’adhésion et cœur de parc : une sorte de no man’s land aux contours fluctuants... « Cet arrêté indique la place majeure occupée par les ravines dans l’ensemble géologique que constitue le parc et rappelle les impacts très très négatifs pour la nature pouvant résulter de la création d’une carrière, écrit le C.mac. Aussi la directrice du parc croit-elle judicieux d’interdire l’extraction de roches, mais uniquement dans le cœur de parc et uniquement dans la partie du cœur correspondant au bien classé patrimoine mondial. Ainsi a contrario, et en dehors de cet espace précis, l’extraction de roches pourra être possible. C’est le syndrome de Tchernobyl, version parc national. Souvenez vous au moment de l’explosion de la centrale nucléaire, le gouvernement et les scientifiques avaient indiqué que le nuage radioactif ne franchirait jamais la frontière française. Là c’est pareil ».

Alors quid du « principe de solidarité écologique unissant la zone cœur et la zone d’adhésion » ?

« Le parc national couvre une partie des ravines dans lesquelles vont être extraits les matériaux pour la construction de la “très environnementale” route du littoral, poursuit le C.mac. « Les effets négatifs sur l’environnement générés par l’exploitation de carrières, qui seront réalisées à coup sûr dans le périmètre du parc, ne franchiront jamais la “protection magique” de l’Unesco ».

Des propos dont l’ironie n’aura échappé à personne. Dans le même registre, on peut également s’interroger quant aux “répercutions minimes” de ces extractions massives sur le milieu marin, car quel que soit l’endroit où sera positionnée la carrière, il est difficile d’imaginer que la biodiversité marine ne sera pas impactée.

Gageons que lorsqu’il inaugurera la maison de parc national au cours de son fugace séjour la semaine prochaine, François Hollande apportera la solution — pour l’heure inconnue — à cette équation qui jusque là semble impossible.

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Notes

[1Société Réunionnaise pour l’Etude et la Protection de l’Environnement

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