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« Nou lé kréol »… mais pas trop quand même

30 octobre 2015
Geoffroy Géraud Legros
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Didier Robert, Président de la Région et candidat à son propre siège, invente la « préférence réunionnaise ». Didier Robert, sénateur, kraze la langue créole à la Chambre haute…

Qu’est-ce que la préférence régionale ? C’est, pour reprendre les termes d’un vieux slogan progressiste, le droit de « vivre et travailler au pays » ; c’est le droit, pour les Réunionnais, de ne pas souffrir de la discrimination à l’embauche dans leur île et de ne pas avoir à la quitter pour pouvoir vivre décemment. Deux conceptions de la « préférence » — régionale, à l’embauche, etc. s’affrontent.

L’une cherche à exclure et entend définir les individus par ce qui leur échappe le plus : leur lieu de naissance. Double peine, donc, pour les enfants d’émigrés confrontés à la ghettoïsation accélérée de la société hexagonale qui, de plus en plus, cherchent désespérément à rentrer dans une île où ils n’ont pas eu la chance de voir le jour. Parenthèse : le refoulement des « allogènes » est de moins en moins lié aux questions dites de couleur (puisqu’il ne faut pas dire « raciales »). « Ah, tu es Réunionnais, tu dois avoir du sang de singe », s’est entendu dire une de nos connaissances, Yab de son état, parti tenter sa chance dans une vénérable institution française dont nous tairons le nom… et l’on pourrait multiplier les exemples.

Une autre approche postule que l’identité ne procède pas de ce qu’Elme-Marie Caro nommait le « crime d’être né ». Elle considère donc comme éligible à la préférence réunionnaise quiconque s’efforce de vivre en Réunionnais à La Réunion. La pratique de la langue est évidemment là un des critères les plus significatifs ; et il n’est pas excessif de se dire qu’après tout, les agents publics devraient (tout de même) entendre et parler la langue majoritaire, dans une île où plus de la moitié de la population ne parle que le créole…

La question linguistique et celle de la « préférence » sont donc intimement liées.

Mais cette réflexion, qui ne date pas d’hier, semble échapper à Didier Robert, qui a soudainement enfourché le dada de la préférence « réunionnaise » (concept forgé pour l’occasion) et parsème désormais sa « com’ » de créole, de slogans en créole.

On se souvient que le même Didier Robert avait qualifié le créole d’« inutile », de « combat d’arrière-garde » et de « frein au développement de l’enfant ».

Mais cela, c’était sur les ondes de France Inter, une radio que le Réunionnais n’écoute pas, ou peu.

Didier Robert, à La Réunion, est un grand militant de l’identité... pli bandé k’li n’a poin !

En France, devant bwana, il « kraze » le créole…

Il y a un peu plus d’une semaine, lors du grand raout saint-paulois d’Objectif Réunion, le Président candidat déclarait, poing levé : « la ligne politique de mon projet, c’est celle de la préférence réunionnaise. Oui, nou lé Kréol ! »

Mardi, le sénateur Didier Robert votait contre une procédure constitutionnelle ouvrant la voie à une véritable reconnaissance de la langue.

Nou lé kréol…mais pas trop quand même…

GGL

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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