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L’auto-critique, une tradition locale...

« Notre bilinguisme est une chance, pas un défaut ! »

27 mai 2015
P. Cloud
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L’auto-critique, une tradition locale... Cessons de faire une hiérarchie entre les langues et les cultures. Le créole n’est pas mieux que le français, et le français n’est pas mieux que le créole.

Pourquoi les petits Réunionnais devraient éviter de parler créole ? Photo : Gabriel Blanc

C’est toujours avec tristesse que je constate, vois ou entends des Réunionnais se moquer — ou laisser moquer — de leur culture... Beaucoup ont pris la mauvaise habitude de dénigrer leur propre culture et surtout leur propre langue créole. La raison est certainement historique. Nous avons été formatés depuis tellement longtemps à penser que le modèle absolu à suivre — que ce soit au niveau éducatif, historique, politique et surtout culturel — était le modèle métropolitain, et que notre culture locale ne devait être classée que sous l’étiquette du folklore. C’est à cause de ce formatage que beaucoup aujourd’hui considèrent que notre langue n’en est pas vraiment une, ou pire qu’elle ne « sert » à rien.

Cette tendance à l’auto-critique est très typique de notre île. Car dans les autres régions de France où il y a des langues régionales, les populations n’ont pas honte de ce qu’elles sont et, au contraire, revendiquent leurs spécificités. Et comme ils assument parfaitement leur diversité culturelle et leur bilinguisme, personne ne leur en veut, on les prend tout à fait au sérieux. Par exemple, les Basques ou les Bretons ont depuis longtemps installé des panneaux de signalisation dans leur langue, et personne ne s’en moque. Juste à côté, nos voisins Mauriciens ont érigé leur créole au rang de langue nationale officielle et elle est même utilisée couramment dans les médias par les personnalités politiques sans que cela ne choque.

A gauche, panneau bilingue d’entrée de commune en Bretagne (Photo : Rimael). A droite, panneau à l’entrée de Saint-Denis (Thierry Caro).

Pourtant nous devrions tous revendiquer le fait que notre langue a été officiellement reconnue langue régionale au même titre que le basque ou la langue bretonne en 2000. A ceux qui considèrent qu’il n’y a aucune utilité à parler notre créole, je leur demanderais : parlons-nous forcément une langue parce qu’elle doit nous « servir » à quelque chose ? Est-ce que l’enfant qui arrive en maternelle doit déjà se demander si sa langue lui sera un jour « utile » ou pas ? Nous ne parlons pas une langue natale ni par choix ni pour sa supposée future utilité, mais parce qu’elle fait partie de notre environnement et nous n’avons pas à nous demander si elle nous est utile ou non. Nous devrions juste être fiers de ce que nous sommes.

Le créole : un frein à l’apprentissage du français ?

L’argument le plus communément utilisé est que le créole serait un frein à l’apprentissage du français. Cela est totalement faux et rétrograde. Notre cerveau, et encore plus celui des tout petits, est fait pour apprendre plusieurs langues. Dans beaucoup d’écoles de l’île et de métropole, l’anglais est appris dès la maternelle, est-ce pour cela que les enfants mélangent l’anglais et le français ? Pas du tout. Et les enfants bilingues, comment font-ils ? Est-ce qu’ils passent leur temps à mélanger leurs deux langues ? Là encore c’est une idée reçue. J’ai moi-même, en tant que professeur, à faire à des élèves bilingues dans mes classes, et je peux vous dire que leur langue natale ne leur pose pas spécialement de problème en français, ils savent très bien les dissocier. Alors pourquoi les petits Réunionnais devraient éviter de parler créole ? Même si effectivement les deux langues peuvent se ressembler, les enfants sont capables de les dissocier si on le leur apprend. D’où l’idée intéressante d’instaurer le créole à l’école pour apprendre aux enfants à ne pas mélanger les deux langues.

Astérix (Albert Uderzo et René Gosciny) : "La kaz razade", en créole réunionnais, traduction : François Saint-Omer, Roger Théodora.

A ceux qui estiment que le créole est responsable du taux élevé d’échec scolaire dans l’île, je leur répondrai, encore une fois en tant que professeur, que la question de l’échec scolaire est bien plus complexe et que les raisons sont multiples. Ce taux s’explique davantage par la dégradation des conditions d’apprentissage à l’école (réduction des heures allouées aux matières fondamentales au profit d’autres activités toujours plus nombreuses par exemple, etc…) et au manque de suivi dans les familles, sans qui l’apprentissage scolaire ne peut pas être totalement efficace.

Cet article a donc pour but de vous faire réfléchir sur votre façon de considérer le créole et, dans l’idéal, de vous convaincre que le créole ne vous empêchera pas de maîtriser le français. Au contraire, les deux peuvent tout à fait être complémentaires. Ce qu’il est important de retenir, c’est que nous n’avons pas besoin de choisir l’un ou l’autre, nous pouvons parler les deux. Cessons de faire une hiérarchie entre les langues et les cultures. Le créole n’est pas mieux que le français, et le français n’est pas mieux que le créole. Les deux se valent.

Notre bilinguisme est une chance, pas un défaut !

P. Cloud
Enseignant

"Township life", by Willie Bester

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