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Tribune Libre d’Emmanuel Vial

Nos vies valent-elles moins que celle des squales ?

3 septembre 2016
Emmanuel Vial
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À l’heure où l’on s’efforce de faire passer un prédateur pour une victime et une victime pour un coupable, il est plus facile de fustiger les vilains surfeurs que de se tourner vers les véritables responsables.

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Le charme de Boucan Canot en 1980. On pouvait lire dans la presse réunionnaise en 1988 (Magazine de l’Océan Indien) : "Dieu merci, à La Réunion, les squales, moins nombreux que dans d’autres îles de l’océan Indien, font montre de peu d’agressivité". Les temps changent...

Suite à la dernière attaque de requin survenue à Boucan-Canot sur un surfeur ce samedi 27 août, je suis triste et en colère.

Triste car la vie de ce jeune homme de 21 ans vient de changer à tout jamais et en colère de voir comment on peut s’acharner sur une victime qui n’est toujours pas sortie de l’hôpital, à l’instar de ce restaurateur qui a maladroitement décidé de porter plainte contre le surfeur, s’attaquant ainsi à toute la communauté qui fait vivre son restaurant. C’est choisir la voie de la facilité et se mettre des oeillères concernant les vrais responsables de cette situation.

Cette attaque est survenue en pleine Zone de Protection Renforcée (ZPR) de la Réserve Marine Nationale de La Réunion (RMNR). Les ZPR concentrent la majorité des attaques mortelles de requins depuis 2006. Sur les 19 attaques survenues depuis 2006, 17 ont eu lieu au sein de la RMNR, 6 ont été mortelles, 9 ont eu lieu en plein coeur des ZPR dont 4 mortelles. Il est donc plus que primordial d’accentuer la sécurisation dans ces zones de protection renforcées.

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Image extraite du film de Steven Spielberg, "Les dents de la mer".

En matière de sécurisation, les filets forment une première barrière protectrice et les engins de pêche (Drumlines, Palangre) viennent assurer une deuxième barrière protectrice. C’est cette deuxième barrière protectrice indispensable a la sécurité des usagers qui fait défaut a Boucan-Canot. Si ces engins de pêche avaient pu être installés, ce drame aurait alors pu être évité.

En mai dernier, le conseil scientifique consultatif de la RMNR, soutenu par plusieurs associations principalement métropolitaines, qui n’ont aucune connaissance de la problématique de la crise requin sur l’île, s’est vigoureusement opposé a l’installation de ces engins de sécurisation au sein même des ZPR qui représentent pourtant à elles seules 80% des attaques mortelles depuis 2006.

À l’heure où l’on s’efforce de faire passer un prédateur pour une victime et une victime pour un coupable, il est plus facile de fustiger les vilains surfeurs que de se tourner vers les véritables responsables, tels que ces associations dîtes « environnementales » et ce conseil scientifique, qui n’intègre aucun spécialiste du requin en son sein. Ces deux structures s’opposent depuis le commencement de la crise requin à tout système de sécurisation (y compris les filets).

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A La Réunion, côte ouest. Illustration extraite d’un récit édité en 1868, intitulé « Recherches sur la faune de Madagascar et de ses dépendances », d’après les découvertes de François P. L. Pollen et de D. C. Van Dam.

Les positions du conseil scientifique se fondent uniquement sur le dogme selon lequel les engins de pêche auraient un effet attractif sur les requins. Pourtant, en 2011, le programme CHARC [1] ne s’est pas privé d’appâter et de pêcher les requins en pleine réserve marine. Marc Soria [2] écartait toute inquiétude avec un argument aussi étrange que tautologique : « lorsque nous marquons un squale, c’est que ce dernier est déjà présent à ce moment-là. (...) Les palangres verticales ne présentent aucun risque et seuls les requins peuvent s’y prendre » [3].

À lire aussi : « Requin : la main dans le bocal »

À cette époque, aucune interdiction de baignade n’était en vigueur, et les prédateurs marqués étaient tout bonnement relâchés devant les zones d’activités nautiques, sans que personne ne se pose de questions.

La crédibilité des scientifiques est remise en question, lorsque l’on sait que pas moins de 13 attaques ont eu lieu en 3 ans, bien avant le déploiement progressif de «  [4] » en 2014.

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8 juin 2016, à la Une de la presse australienne, le débat fait rage.

L’efficacité des engins de pêche dans la sécurisation des plages n’est plus à prouver depuis plus d’un demi siècle en Afrique de Sud et en Australie. Il est évident aujourd’hui que la cohabitation est impossible avec les requins qui ont colonisé les mers aux dépens des variétés traditionnellement présentes en nombre à La Réunion — dont le requin pointe-blanche et le requin de récif, dévorés par les tigres et les bouledogues.

Ces espèces invasives et parasitaires n’ont rien d’authentique, bien au contraire. La mer réunionnaise n’est pas « leur élément », comme on l’entend trop souvent dire. On aimerait d’ailleurs que les scientifiques s’attachent plus à rechercher les causes de l’apparition des requins bouledogues, amateurs d’eaux polluées, qu’à les protéger aux dépens des Réunionnais.

Mais ces chercheurs ont-ils réellement envie de trouver ?

L’interdiction de l’accès a la mer est totalement absurde sur une île et la verbalisation ne fonctionne pas et ne fonctionnera jamais.

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La pêche au requin à La Réunion, autrefois. Les ailerons étaient vendus aux Chinois et la chair finissait sous le nom de "thon blanc" sur l’étal du poissonnier. Source : "Saint-Denis longtemps", Jean-Paul Marodon.

La pêche aux requins, et la pose d’engins appropriés sont les seules solutions à long terme. Parler à ce sujet d’un « massacre de requins » qui n’a jamais eu lieu et que personne ne désire est aussi obscène et inhumain que de porter plainte contre la victime d’une attaque, sans doute marquée à vie.

Les Réunionnais pêchaient et mangeaient du requin dans le respect de leur écosystème bien longtemps avant que l’on ne décide, dans les bureaux, que leurs vies valaient moins que celles des squales.

Emmanuel Vial

Notes

[1CHARC : Connaissances de l’écologie et de l’HAbitat de deux espèces de Requins Côtiers sur la côte Ouest de la Réunion.

[2Chercheur à l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

[3Quotidien du 16 septembre 2011

[4Cap Requin

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