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Tribune Libre de Perceval Gaillard

Ne mourez pas pour des patrons

20 février 2014
Perceval Gaillard
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A l’occasion d’une visite de soutien aux travailleurs de la SIB qui sont en grève de la faim depuis plus de trois jours, j’ai été témoin du mépris et de l’inhumanité avec lesquels ils sont traités.

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Jocelyn Rivière et Jean-Jacques Ferrère, en grève de la faim depuis le lundi 17 février. Photo IPR.

Sous un soleil de plomb, allongés sur un lit de camp et guettant la moindre parcelle d’ombre, les deux grévistes de la faim ne sont même pas autorisés à planter leur tente pour la nuit. Alors que je discutais avec l’un de leurs camarades qui les soutiennent durant la journée, nous avons vu arriver quatre hommes qui se sont dirigés vers nous d’un pas menaçant. Il s’agissait du Directeur de la SIB, d’un huissier, du responsable de la sécurité de Colgate et d’un garde du corps (qui n’était pas là pour plaisanter visiblement). S’adressant aux grévistes de la faim alités et affaiblis sur un ton hautain et agressif, ils sont venus constater l’occupation d’une petite partie de la cour de l’usine par les travailleurs, certainement pour mieux porter plainte par la suite.

Cela fait suite au manque de considération totale dont avait déjà fait preuve la direction le matin même, balayant d’un revers de main la situation médicale dramatique des deux travailleurs obligés de faire une grève de la faim pour sauver leurs emplois : « leur pronostic vital n’est pas engagé ». Très tendu, le face à face provoqué par l’irruption de ce petit groupe n’a pas dégénéré grâce au calme et à la grande dignité des travailleurs présents qui n’ont pas répondu à la provocation de la direction. Face à des patrons voyous qui utilisent tous les artifices de la loi pour décourager le juste combat des salariés, comme l’a encore montré le dernier rapport d’expertise commandé par le comité d’entreprise de la SIB, les ouvriers se sentent abandonnés à juste titre par la classe politique réunionnaise, à de rares exceptions près.

Le silence assourdissant des députés « socialistes » sur le sujet, alors qu’ils ont été élus par les gens du peuple et les travailleurs, est à ce point honteux qu’il en devient une véritable traitrise ! Où êtes-vous M. Lebreton, Mme Bareigts, M. Vlody, Mme Orphé et M. Fruteau ? Que n’avez-vous pris le sujet à bras le corps, avec l’appui de votre gouvernement et du Ministre du Redressement Productif, pour sauvegarder les emplois réunionnais et protéger un fleuron de l’industrie réunionnaise ?

Quant à M. Thierry Robert, fidèle à sa ligne de conduite, il est venu soutenir les travailleurs à plusieurs reprises manifestant une réelle chaleur humaine, ce qui est tout à son honneur. Mais dans le même temps ce même Thierry Robert a voté contre le projet de loi interdisant les licenciements boursiers présenté par les députés du Front De Gauche à l’Assemblée Nationale. Alors qui croire ? Le Thierry Robert en mode « marmay la kour » sympathique et proche du peuple, ou plutôt le Thierry Robert député, ambitieux et intrigant, qui vote tous les textes ultralibéraux et conservateurs à l’unisson de la droite métropolitaine ? Comment faire confiance à quelqu’un qui dit noir ici et blanc là-bas ? Seule parmi tous les député(e)s de La Réunion, Mme Huguette Bello a voté le texte à l’Assemblée Nationale et soutenu les travailleurs au Port. L’Histoire lui rendra justice dans cette affaire.

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Photo IPR.

Depuis le début du conflit, le Parti de Gauche à La Réunion soutient activement les travailleurs de la SIB, dans le respect de leur combat et sans aucune volonté de récupération politicienne. Au-delà des clivages partisans c’est une situation qui devrait mobiliser l’ensemble de la classe politique et de la société réunionnaise.

Nous appelons donc l’ensemble de la population à venir les soutenir dès demain matin (Vendredi 21 Février) à 8h30 devant la SIB à l’occasion d’une nouvelle réunion avec la direction, ainsi que les jours suivants car leur lutte n’est pas terminée.

A titre personnel, je dois confesser mon amertume et ma colère devant l’abandon et la (ré)pression que subissent les ouvriers qui ont donné leur vie pour leur entreprise, enrichissant ceux-là même qui les maltraitent aujourd’hui. Je dois également avouer mon admiration devant le courage de ces travailleurs, singulièrement les deux grévistes de la faim, et leur détermination. Comme d’autres j’espère qu’ils stopperont bientôt leur grève car leur situation devient vraiment critique. Il faut être particulièrement inhumain pour traiter des hommes comme le fait la Direction de la SIB.

En tant que concitoyen, et frère humain, je vous en conjure camarades : ne mourez pas pour des patrons qui se moquent éperdument de vous et danseront peut être même sur vos tombes ! Quoi qu’il arrive par la suite vous avez déjà gagné et sortez vainqueurs de votre combat : celui de la dignité humaine et de l’émancipation des travailleurs.

Perceval Gaillard
Militant du Parti de Gauche à La Réunion

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