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Interview

Nassimah Dindar : « Les idéologies évoluent moins vite que la société »

28 octobre 2014
Geoffroy Géraud Legros
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L’action sociale du Département est-elle en danger ? Le « zembrocal » pourra-t-il recuire après mars 2015 ? Un Centre réunionnais est-il possible ? Nassimah Dindar répond aux questions de 7 Lames la Mer.

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Geoffroy Géraud Legros : Mme la Présidente, vous avez cette année célébré vos 10 ans à la tête du Conseil Général. Cette mandature est la troisième par sa durée, depuis la départementalisation de l’île. Comment expliquez-vous cette longévité ?

Nassimah Dindar : Lorsque j’ai été élue la première fois présidente en 2004, j’ai commencé à transformer le Conseil général, qui était une collectivité de maires au service des communes, en en faisant une collectivité au service des Réunionnais, et notamment des plus fragiles. J’ai ainsi mis en place des dispositifs de solidarité — chèque santé, amélioration de l’habitat, aides sur les successions, contrats d’insertion — qui avaient et ont toujours une réelle utilité sociale et économique, et qui, de ce fait, étaient et sont encore consensuels. C’est pourquoi je bénéficiais déjà d’une majorité renforcée lors des votes. C’est pourquoi j’ai pu, en 2008, lorsque la Droite m’a tourné le dos pour des raisons « politiciennes », constituer une autre majorité pour continuer la mise en œuvre de ce programme sur lequel nous avions été élus en 2004 et que nous avons renouvelé et amélioré en 2008 puis en 2011.
La longévité d’un mandat n’est évidemment pas une fin en soi. Mais elle est cependant la reconnaissance d’un travail. Et pour ce qui concerne ces 10 dernières années, elle l’est d’autant plus que ce travail a été de fait validé par l’ensemble des forces politiques réunionnaises.

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Geoffroy Géraud Legros : Les attaques les plus violentes que vous avez subies sont sans doute venues de votre camp, ou du moins, de forces qui, sur le papier, auraient dû être favorables à la femme politique que vous êtes, qui évolue entre la droite et le centre. D’où vient ce paradoxe ?

Nassimah Dindar : La politique est un milieu machiste, j’ai encore eu l’occasion de le dire lors d’une intervention au cours du récent Carrefour des EPCI [1] à la Nordev. Les choses sont en train d’évoluer, mais lorsque vous étiez une femme, et davantage encore dans ma famille politique, vous étiez perçue comme une « potiche », une sorte de marionnette dont les fils seraient tirés par les hommes. D’autres que moi en avaient été victimes avant moi. Je pense par exemple à Margie Sudre qui a eu aussi beaucoup à subir et notamment de ses « amis ».
Évidemment, ce n’est pas ainsi que je percevais ni que je perçois encore mon rôle de femme politique. J’ai toujours conservé ma liberté de pensée et ma liberté de parole. J’ai aussi toujours gardé mon cap, et mis toute ma volonté pour que le programme que j’avais présenté aux Réunionnais puisse être concrétisé. Cela en a gêné certains, apparemment. Mais cela a aussi, je crois, suscité du respect.

Geoffroy Géraud Legros : Vous avez dû faire face en 2008 à une tentative de putsch, orchestrée par ceux qui devaient ensuite fonder « Objectif Réunion ». Si l’issue de cet événement est bien connue — une alliance inattendue avec la gauche — les motivations de ce coup politique avorté demeurent obscures. Pouvez-vous nous apporter des éclaircissements ?

Nassimah Dindar : C’est aux membres d’Objectif Réunion qui souhaitaient alors ma « tête » qu’il faudrait poser la question. Pour ma part, je ne veux retenir que les récentes déclarations de Stéphane Fouassin qui a reconnu que cette tentative de « putsch », qui m’a choquée davantage par son indélicatesse que par la volonté de me remplacer à la tête du Conseil général, avait été une erreur et qu’il le regrettait.

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Geoffroy Géraud Legros : De ce coup d’État manqué est né le « zembrocal » : une alliance tactique qui, contrairement à ce que prévoyaient de nombreux observateurs, s’est stabilisée. À l’heure où le renouvellement de l’institution approche, pensez-vous que cette formule soit reproductible ?

Nassimah Dindar : Cela sera très difficile. Tout simplement parce qu’aujourd’hui ma liberté de parole m’oblige à dire que le pouvoir socialiste nous mène droit à la catastrophe : il est en train de détruire tout ce que les générations précédentes avaient patiemment et laborieusement construit ; il s’attaque à la famille qui est pourtant le pilier de la société réunionnaise ; il étrangle d’impôts les classes moyennes, les entreprises ; les retraités. Bref, il s’avère incapable de redonner de la confiance et de la croissance à la France et aux Français.
Par ailleurs, le projet de réforme territoriale — aux contours qui ne cessent d’être modifiés — est un mauvais projet, totalement inadapté, pour La Réunion.
Enfin, si nous reconnaissons tous qu’il est impératif de mieux dépenser, voire de dépenser moins, les coupes aveugles opérées envers les Collectivités sont et seront dramatiques. Elles vont nous obliger à faire des choix drastiques, à réduire les investissements pourtant indispensables comme soutiens de l’économie ou à diminuer les aides que nous apportons aux Réunionnais les plus en difficultés.

Tout ceci, je l’ai dit et je continuerai à le dire au gouvernement, comme je disais aussi mon désaccord avec certaines des politiques menées par Nicolas Sarkozy. Mais le PS local a fait le choix de privilégier la solidarité du parti à la solidarité du pays. En d’autres termes, il reste solidaire du gouvernement, quoi qu’il fasse, et même si les élus locaux savent pertinemment que cela va à l’encontre des intérêts de La Réunion et des Réunionnais. Dans ces conditions, une nouvelle majorité avec le PS paraît peu envisageable. Cela étant, une majorité élargie, avec des élus qui souhaitent se battre pour La Réunion et les Réunionnais, quelles que soient par ailleurs leurs convictions, est toujours possible. Peu importe les étiquettes. Ce qui importe, ce sont les priorités et le projet. Autour de priorités et de projet communs, oui, nous pouvons former une majorité élargie, qui a prouvé ces dernières années qu’elle savait être efficace lorsqu’elle était au service des Réunionnais.

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Geoffroy Géraud Legros : Vous êtes candidate à Saint-Denis. En cas de victoire, entendez-vous demeurer Présidente de l’institution ?

Nassimah Dindar : Ce n’est pas à moi qu’il faudrait poser la question, mais aux 49 autres élus qui seront issus des urnes au soir du second tour des élections. Pour ma part, oui, je l’ai dit, je répondrai favorablement, si je suis élue, si l’on me sollicite pour un nouveau mandat car avec la réforme territoriale, il est nécessaire que le Conseil départemental soit présidé, je pense, par une personne d’expérience, connaissant bien les compétences de la Collectivité et pouvant superviser leur éventuel transfert avec le moins de dégâts possibles pour les Réunionnais et pour les quelque 5000 agents qui sont aujourd’hui quelque peu inquiets. Mais encore une fois, nous n’en sommes pas là.

Geoffroy Géraud Legros : Vous êtes la Président de l’UDI à La Réunion. En tant que telle, vous avec soutenu Yves Jégo. Si Hervé Morin peut être qualifié de centriste « authentique », M. Jégo s’est pour sa part déclaré « gaulliste social ». Vous sentez-vous proche de cette sensibilité ?

Nassimah Dindar : En réalité, les différences entre les deux hommes ne sont pas aussi marquées. Qu’est-ce qu’un Gaulliste social si ce n’est un centriste ? N’est-ce pas de Gaulle qui a institué les premières grandes avancées sociales en France à l’issue de la Seconde guerre mondiale ? Et n’est-ce pas Valéry Giscard d’Estaing qui a poursuivi cette œuvre lorsqu’il était Président, notamment sur les retraites ?
Si j’ai soutenu Yves Jégo, ce n’était pas par différence idéologique avec Hervé Morin. Je l’ai soutenu parce que, d’une part, Yves Jégo connaît bien La Réunion et partage, avec Jean-Paul Virapoullé et moi, une grande ambition pour notre île qui peut, qui doit devenir la plateforme française vers l’Afrique et les grandes puissances asiatiques. D’autre part, Yves Jégo avait, pour moi, la volonté d’inscrire sa présidence dans la même vision que Jean-Louis Borloo, celle d’un centre fort, indépendant, capable de devenir la première force d’opposition ou du moins de peser dans d’éventuelles alliances avec la Droite. Enfin, j’ai pour Yves Jégo une amitié indéfectible. Voilà les trois raisons qui m’avaient amenée à soutenir sa candidature.

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Geoffroy Géraud Legros : Les Réunionnais ont du mal à cerner les contours de l’institution, telle qu’elle émergera des réformes engagées par le Gouvernement. Que faut-il attendre de la « dévitalisation » annoncée des Départements ? L’action sociale, qui est au cœur de l’action du Département, est-elle selon vous en danger ?

Nassimah Dindar : Les Réunionnais ne sont pas les seuls à mal cerner les conséquences de cette réforme. Personne ne les cerne vraiment. Et on a même la très désagréable impression que le gouvernement lui-même ne les cerne pas. Comment concilier les déclarations d’un Président de la République qui, lorsqu’il arrive à Pierrefonds, dit publiquement que la réforme ici a déjà eu lieu avec celles d’un Premier ministre qui, lors de son discours de politique générale, invente trois formes de Départements, ceux où il y a une métropole, les départements ruraux et les départements où existe une forte intercommunalité ? Où se situerait La Réunion : département rural vu l’importance de l’agriculture, mais quand il disait « département rural », on apprend ensuite que Manuel Valls entendait « peu peuplé », ce qui du coup exclurait notre île ? La Réunion a une intercommunalité forte également, alors est-ce à dire qu’ici se créerait une fédération d’intercommunalités, comme vient de le laisser entendre le Premier ministre ? On n’en sait rien. Et sincèrement, pour une réforme qui se voulait être une simplification administrative pour la population, on repassera !
L’action sociale du Conseil général est en danger, quoi qu’il en soit. Car les transferts de l’Etat vers La Réunion sont insuffisants et que cette insuffisance met en péril les dispositifs facultatifs que nous avons mis en place ces dernières années. Et ce, quelle que soit la forme que le Conseil départemental aura à l’issue de cette réforme.

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Geoffroy Géraud Legros : Vous évoluez, nous l’avons déjà dit, entre le centre et la droite. Deux courants qui, dans l’Hexagone, affichent un libéralisme de plus en plus affirmé. À La Réunion, il n’y a guère de « libéraux ». La Droite sociale, dont vous êtes issue, opposait en son temps un « État généreux » aux « États généraux » organisés en 2009. En général vos positions sont d’inspiration keynésienne... Affiliée à un parti national, comment gérez-vous ce qui peut apparaître comme une contradiction idéologique ?

Nassimah Dindar : La situation réunionnaise n’a rien à voir avec la situation métropolitaine. Ici, nous sommes encore bien en-deçà de la moyenne nationale, que ce soit en matière de chômage, de pauvreté, de démographie par exemple. A tel point que le Président Hollande a, je vous le rappelle, promis l’Egalité Réelle aux Dom. Des constats différents amènent forcément des préconisations différentes. Il n’y a pas de contradiction idéologique, il y a l’adaptation d’une idéologie aux réalités du terrain.

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Geoffroy Géraud Legros : L’idée d’un « grand centre » à La Réunion revient de manière récurrente. Le ralliement de plusieurs maires UDI à l’UMP pour les deux grandes échéances à venir condamne-t-il ce projet ?

Nassimah Dindar : Je vous ai, en quelque sorte, déjà répondu tout à l’heure. Le projet sur lequel nous travaillons avec Jean-Paul Virapoullé notamment n’a pas vocation à être le projet du centre, mais LE projet pour La Réunion et les Réunionnais. Il a donc pour vocation d’être le plus consensuel possible, et aussi la base de toute union et/ou de toute alliance. C’est ce que j’ai répondu aux élus de Droite qui ont lancé un appel à l’union début octobre. C’est ce que je répondrai à tous les élus qui me feraient une proposition similaire. Plus ce projet sera consensuel, plus nous serons forts pour le porter à Paris ; et plus nous serons forts, plus les Réunionnais pourront faire entendre leur voix et faire valoir les spécificités et les ambitions de La Réunion.

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Geoffroy Géraud Legros : Le centre peut-il, selon vous, avoir une existence propre ? Ou est-il voué à cette force gravitationnelle qui, en général, le ramène à droite ? Quel contenu programmatique et / ou idéologique spécifique pourrait selon vous caractériser un "centre" réunionnais ?

Nassimah Dindar : Le Centre a déjà son existence propre. Et si vous me le permettez, j’ai plutôt l’impression, à La Réunion tout du moins, que c’est plus la Droite qui vient vers le Centre que l’inverse.
Je ne parlerai pas en termes de contenu idéologique. Les idéologies ont vécu. Elles n’ont pas évolué aussi vite que la société, et elles n’évolueront plus jamais à la même vitesse. C’est justement ce qui caractérise à mon sens le Centre : cette capacité à s’adapter aux réalités concrètes du terrain, et à proposer des projets et des programmes qui répondent à ces réalités, s’appuyant sur nos atouts sans négliger nos difficultés. C’est là la force du Centre, au contraire justement des autres grands partis de Gauche comme de Droite dont les idéologies n’ont pas su prendre en compte les changements sociétaux.

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Geoffroy Géraud Legros : Vous êtes très active sur les réseaux sociaux. Cette forme de communication est-elle, selon vous désormais incontournable en politique et le risque n’est-il pas de s’éloigner du terrain d’autant que la fracture numérique reste une réalité ?

Nassimah Dindar : Je suis très présente sur les réseaux sociaux, c’est vrai. C’est pour moi un moyen de recueillir les avis des Réunionnais, de rendre compte de mes actualités, mais aussi d’être à l’écoute des administrés, que je ne peux pas tous recevoir, mais dont je peux ainsi, parfois, traiter les difficultés. Cela étant, je ne me coupe pas pour autant du terrain, où je suis aussi très présente. Rien ne remplacera de toute façon le contact humain. Les réseaux sociaux ne sont qu’une nouvelle forme de communication, où je pense qu’effectivement je me dois d’être présente, notamment pour pouvoir entendre les jeunes, et d’une certaine manière, en rendant plus lisibles mes actions, rendre plus crédible le discours politique.

Propos recueillis pas Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

Notes

[1Établissement public de coopération intercommunale

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