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Na poin « sentinelle » isi Larénion ?

28 avril 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Où l’on reparle de priorité à l’embauche....


Préférence régionale : éternellement posé, jamais véritablement engagé, le débat est pour l’heure confisqué par deux factions : d’un côté, les « casseurs le kui » qui tentent de faire accroire que c’est par la répétition de formules toutes faites (par d’autres) du type « pas un seul emploi ne doit désormais échapper aux Réunionnais » etc que l’on viendra à bout du chômage de masse. Les mêmes braillards se muent en « martins ki kouzi » lorsqu’il s’agit de décliner les solutions pour donner du travail aux quelque 170.000 Réunionnais qui en sont privés.

On trouvera, à l’autre extrémité, les ineptes : adeptes tout-terrain du « La Réunion c’est la France » — une absurdité géographique portée au rang de mot d’ordre, censée clore tout débat relatif aux spécificités locales.

Entre les deux, il y a un « takon domoune » — sans doute même une majorité qui, quand les jacassements des blagueurs et les hauts cris des idiots ne lui cassent pas trop la tête, se dit que, tout de même, il ne serait pas anormal que ceux qui, à La Réunion, exercent un service public ou travaillent en direction du public, aient une petite idée du lieu où ils se trouvent et soient capables de manier la langue majoritaire. L’affaire est paraît-il entendue au plus haut niveau : au Sénat, à l’Élysée, Rue Oudinot, et même parmi les décideurs réunionnais. Personne, donc, à l’exception de quelques ineptes aussi irréductibles que bruyants, ne contredit ouvertement la nécessité de compétences adaptées aux fameuses « spécificités » réunionnaises.

Consensus ? Tu parles. De manière caricaturale, des postes de la plus haute « proximité », en prise avec la réalité réunionnaise la plus profonde, échoient toujours, et peut-être même plus qu’auparavant, à des candidats ignorants des usages, des coutumes — pour ne rien dire de la langue.

Le recrutement externe des 17 gardes du jeune Parc national a fourni de ce travers un exemple saisissant.

Comment s’étonner de ce que ces agents, formés sur le tas et sur le tard à la connaissance du biotope réunionnais, incapables de comprendre la langue d’une population des Hauts entièrement créolophone, étrangers à son mode de vie, ne soient guère perçus que comme des agents répressifs par les populations des Hauts ?

On se souviendra, en contrepoint, que les politiques parrains du Parc national n’avaient pas ménagé leurs efforts pour imposer une directrice locale à la tête de l’institution. Priorité à l’embauche locale pour le haut du panier, itinéraires fléchés « gouyave » aux échelons où, pourtant, on pourrait attendre d’un agent public qu’il puisse distinguer un tang d’un hérisson, et connaisse intimement le terroir auquel il doit s’affronter.

La critique, bien entendu, ne doit pas être adressée aux individus, mais à un système, qui, au nom de la définition « nationale » d’une série d’enjeux — définition elle-même fondée sur une série d’arbitraires non questionnés — exclut, ou marginalise le Réunionnais dans son propre pays.

Dans ce registre, la Réserve marine est parvenue à faire encore mieux que le Parc national, en nommant, sans pouvoir s’abriter derrière les règles de la fonction publique, une certaine Myriam Dupuis au poste de « sentinelle » .

Loin de nous l’idée d’infirmer les compétences de l’intéressée en matière écologique : Mme Dupuis est bien à la tête d’une association nommée « Tendua », dont le site internet, placé sous le haut patronage d’une citation de Théodore Monod, déploie une indéniable activité, notamment informative, en faveur de la protection de la vie sauvage et de la diversité.

Tout cela est bel et bon, mais ne nous dit pas en quoi ces engagements associatifs, dont Paris est l’épicentre, coïncident avec les missions dont devra s’acquitter la « sentinelle » — le titre exact de la mission est « chef de projet du réseau sentinelle ». Une mission qui consistera à coordonner les observations des plongeurs et, à terme, d’autres usagers, afin d’être au plus prêt de l’évolution du milieu marin.

Passons sur le procédé, bien de son époque, qui consiste à rémunérer quelqu’un-e pour superviser l’activité de bénévoles qui travaillent, eux, pour « la po patate ».

Passons aussi sur le fait que, si elle est une plongeuse aguerrie (mais dans d’autres eaux) la nouvelle venue ne peut semble-t-il se prévaloir d’une quelconque formation en biologie marine.

Passons, encore, sur les modalités de recrutement : que celui (ou celle) qui n’a jamais recherché ou prodigué le piston jette la première pierre.

Reste que le poste semble a priori exiger une connaissance approfondie et une fréquentation intime du milieu, mais aussi de ceux qui le pratiquent : plongeurs, mais aussi pêcheurs, praticiens d’activités traditionnelles ou non.

Or, la seule implication de Mme Dupuis dans les affaires réunionnaises consiste, à ce jour, en une participation à une conférence sur la « crise requin » dans un restaurant dionysien.

On conviendra que cela est un peu léger.

On voit dès lors mal ce qui a pu motiver une embauche extérieure, laquelle apparaît d’autant plus absurde que la « mission » ne durera semble-t-il que 9 mois. En clair, la nouvelle cheffe devra dégager le plancher bien avant d’avoir commencé d’acquérir une connaissance réelle des complexes interactions qui font le milieu marin réunionnais.

Cela, tout au moins, dans l’hypothèse où elle chercherait à établir un contact avec La Réunion réelle, allant ainsi à contre-courant de la pratique de la Réserve marine qui, comme le Parc son frère, semble ignorer que l’activité humaine dans leur périmètre a préexisté aux bureaucraties prises d’ivresse normative.

Une posture qui est bien évidemment à la source de l’impopularité grandissante de ces deux institutions, dont la montée aurait pu être enrayée par le recrutement d’un praticien local.

Pêcheurs, plongeurs, surfers… les talents et compétences locales ne manquent pas. Mais il faut croire, in fine, que ne pas être Réunionnais , et n’entretenir aucun lien sérieux avec le pays, sont désormais les deux critères décisifs, lorsqu’il s’agit de choisir celles ou ceux qui doivent protéger et gérer notre si précieux environnement. Comme si, en implicite, une présomption d’incapacité pesait sur les indigènes...

GGL

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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