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Vu dans l’ouest

Moteur ! En route pour un challenge Fifai/Fflr

14 octobre 2014
Run dragster
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Je file du sud au nord, de l’est en ouest, mes XP tracent l’asphalte, mes cibiés déchirent la fénoirsitude de la nuit (Bon sang, l’année prochaine je m’inscris aux stages Gallimard !) et je gare le dragster bouillant dans une salle obscure du Port puis de Saint-Paul. Gymkhana !

Je connais le coin. Vroum vroum, entre Saint-Paul et Le Port, il est un axe mixte sur lequel on « pousse » les gaz. Le samedi il y a même des rassemblements « Fast and furious », avec des néons sous le châssis et des tantines la roue qui posent en minijupe sur les capots au son dancehall. Et des képis qui rodent. Achtung !

Au Festival du film de La Réunion (Cambaie), autre territoire, luxe calme et volupté, BMW offre le premier prix. Un sponsor — au hasard — propose de défiscaliser votre fortune, de spéculer sur l’immobilier et de pratiquer de l’optimisation fiscale, comme dirait Cahuzac, si vous voyez ce que je veux dire. Les festivaliers sont tous blancs, les cuistots, serveurs et hôtesses sont tous noirs, les films sont tous de métropole. L’ordre règne, celui de 1664. La Blanche de tradition, comme on dit chez Kronenbourg.

Au Festival international du film d’Afrique et des îles, c’est plus coloré, on est au Port. Les deux événements font le plein, ce qui fait dire au JIR : « Les Réunionnais aiment le cinéma ». Ouais, ils aiment la télé qui finance et médiatise à outrance le cinéma. Les présentateurs de télé, les comiques et les miss météo deviennent des acteurs et des réalisateurs bankables, ils sont invités à la télé et flattés par des présentateurs qui deviennent à leur tour des acteurs et lycée de Versailles.

Alerte ! Cette année nos deux festivals ont des ennuis. A Cambaie, ça sent les restrictions, moins de caviar, moins de fric, moins de bling bling. Ce n’est pas qu’il y a moins de riches à La Réunion (2.193 assujettis à l’ISF, en augmentation), mais, disons qu’en temps de crise il faut moins se montrer, moins parader. Sarko n’est plus là et les « Sans dents » pourraient s’énerver. Au Fifai, la nouvelle municipalité a réduit les crédits. On sent que l’idéologie des dissidents et des nouveaux venus est floue, de droite comme de gauche. Courage Mohamed, vivement qu’on exploite le pétrole des Comores, attends voir les royalties. Et tu rempliras d’essence gratos mon réservoir de dragster.

Comme tous les ans la sélection du Fifai est de qualité, avec une belle place aux productions océan Indien. Tipa tipa l’Afrique n’est plus la grande absente. Avec une nouveauté : aujourd’hui les productions nigérianes, Kenyanes, sud-africaines, quoiqu’anglophones, jouent des coudes et trustent les premières places. Mais j’en ai pas beaucoup vus au Fifai, encore un effort camarades ! Et les Malgaches, me direz-vous ? Toujours au top. Une exception culturelle à eux seuls ! Incroyable, ils sont ultra pauvres et font des films !

Du côté du Festival du film de La Réunion, le mal nommé, que des films de France. En psychologie, on appelle ça « identification à l’agresseur ». Un réflexe de colonisé. On est à Anger, à Bourg en Bresse, à Hénin Beaumont. Une année on était à Saint Brieuc : que des films avec des crachins, des coiffes, des crevettiers, des rias. Pour nous, c’est exotique. Les invités doivent se demander ce qu’ils foutent là. Qu’ils la bouclent, on les gave de champagne et de petits fours bien de chez eux ! Et comme dit Lelouch, putain, quelle émotion quand on a vu deux dauphins ce matin ! Heureusement qu’il a pas croisé les requins, celui-là. Ouais, le volcan de la Fournaise aurait pu se mettre en éruption aussi. Bon sang, que fiche le CTR ?

Dans les garages on démonte les pistons, on souffle sur les bougies, on brique ses chromes. Alors critiquons les films, on est payé pour ça.

« Ady Gasy », de Lova Nantenaïna est le gagnant du Fifai. Bien vu, un docu superbe sur le système « d » et l’art de la récup à Mada. Un film sur la dignité humaine, l’inventivité populaire, le goût du boulot. Ils te démonteraient un dragster et en fonderaient des pièces en moins de deux. Applaudissons. Bémol, ce que ne dit pas le film, c’est que c’est fini, tout ça : la Chine tue le petit artisanat en inondant le pays de produits bons marchés. Fini les pompes en semelle de pneu, bonjour les tongs à 2 centimes. Et pour les bagnoles c’est la fin aussi, les trucs électroniques, le gars du coin de la rue ne saura pas les réparer. Bravo quand même au lauréat, car ce film est « malgache » dans sa douceur, son calme, sa dignité, son âme, sa poésie. Finalement il ne parle pas d’objets, il parle d’humanité.

Au Fflr, six films en compétition. Ils sont pro, carrés, bien interprétés. Mais ils ont, sauf un, de graves problèmes de récit, de sens et de contenu. « Qu’Allah bénisse la France » nous emmène dans un quartier d’émigrés à Strasbourg. L’acteur principal, Marc Zinga, ressemble à Sham’s (jeune) ! Même tronche, même dégaine. Le problème du réalisateur Abt al Malik, c’est qu’il noie le poisson. Ça frise même le prosélytisme quand Allah apparait sur fond de coucher de soleil dans les montagnes du Maroc. Son attitude envers les femmes n’est pas claire non plus, il veut plaire à tout le monde, aux socialos avec un mariage républicain et de l’accès pour tous à hypokhâgne, aux musicos avec du rap, aux djihadistes avec des mosquées de quartier et des djellabas de bazar, aux « manif-pour-tous » avec des valeurs familiales, de la pudibonderie et des nanas bien surveillées, aux jeunes avec des histoires de drogue, de chichons et de zonzon. Faut choisir, mon pote, et avoir un « point de vue ».

Même problème pour « Terre battue » de Stéphane Demoustier. Il veut nous dire quoi ? Le père du futur champion de tennis est en échec professionnel, la mère en échec sentimental, et le gamin se fait pincer en droguant son jeune adversaire de Roland Garros. On reste sur sa faim (fin). « Disparue en hiver » de Christophe Lamotte est un policier qui use des poncifs du genre. Mais ça se laisse voir. On est au Luxembourg, le protagoniste enquête sur la disparition d’une jeune fille. On apprend à la fin que sa propre fille était morte au même âge, que ça a brisé son couple, sa carrière, etc. Ouais, on s’y attendait.

« L’art de la Fugue » de Brice Cauvin est une comédie bien jouée, qui braconne sur l’air du temps, les bobos parisiens, les gays en veux-tu en voilà, le pavillon à Montreuil, les voyages en Thalys à Bruxelles, les déceptions sentimentales à répétition, l’amour dure-t-il trois ans ? On est chez Marie Claire, c’est parisien, ça traine en longueur, on rit parfois, mais ça dit quoi ?

Heureusement il y a « Loin des hommes », de David Oelhoffen, film très réussi, d’après une nouvelle de Camus (comme par hasard). Les décors sont à couper le souffle. C’est le road movie d’un instituteur ancien militaire et d’un Berbère dans les Hauts plateaux lunatiques de l’Atlas algérien, en 1954. Ils y croisent des cavaliers qui veulent les tuer pour venger leur honneur, des maquisards du FLN, une unité de l’armée française en pleine « pacification », des putes parce que le Berbère est puceau (Le Pied noir va payer la passe avec son fusil.) Au final, l’Algérien s’offre une nouvelle vie dans les tribus du désert et le Pied noir dit adieu à son école, la mort dans l’âme. Un Vigo Mortensen au sommet de son jeu. Un trésor ce film, j’en rêve encore.

Vroum, mon dragster bondit sur la Route en Corniche. Foutor, y a personne pour me travellinguer en gros plan champ contrechamp ?

Run Dragster

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