Categories

7 au hasard 29 juillet 2013 : Traviata à Maurice - 1er janvier 2015 : 2015 : ASAP ! (As Spoon As Possible...) - 13 février 2016 : Visitez Mars à 360° - 21 juin 2015 : Lucien Putz : « Le blues soigne les blessures, le séga aussi » - 25 décembre 2014 : « Sa pa nout monde sa, allons artourne dans nout ghetto ! » - 25 février 2016 : 26 février 1833 : « petits » et « grands » marrons - 20 août 2014 : Le CAC 40 s’est emparé du projet de NRL - 1er juin 2013 : Turquie : au moins 120 blessés, peut-être 4 morts - 15 octobre 2013 : Ti Bang : La musique ? Une thérapie pour le peuple ! - 14 novembre 2014 : Sakay : sur les traces d’une ville fantôme -

Accueil > Domin lé dan nout dé min > Courrier des internautes > Mort de Rémi Fraisse : sommes-nous des chiens ?

Tribune Libre de Perceval Gaillard

Mort de Rémi Fraisse : sommes-nous des chiens ?

1er novembre 2014
Perceval Gaillard
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

6 Décembre 1986 - 25 Octobre 2014 : quasiment 28 ans séparent la mort de Malik Oussekine de celle de Rémi Fraisse. On dit souvent que l’Histoire ne se répète pas, parfois elle balbutie cependant tragiquement. Dans les deux cas, quoi qu’en disent le gouvernement et certains médias de droite, il s’agissait de jeunes manifestants pacifistes et non violents tués par l’État pour leurs opinions. C’est insupportable.

PNG - 318.8 ko
Rémi Fraisse

Pour beaucoup d’entre nous, même si nous ne le connaissions pas personnellement, Rémi, c’est un frère, un fils, un camarade… quelqu’un dont nous nous sentons proches, intellectuellement comme humainement. C’est la raison pour laquelle nous nous sentons tellement touchés, pour ne pas dire bouleversés, par cet assassinat commis par l’État en notre nom à tous. Nous partageons la peine de ses proches : sa famille et ses amis, mais également la colère qui doit les animer au regard des circonstances de la mort de Rémi.

Aujourd’hui nous sommes tous de la famille de Rémi même s’il est évident que notre peine est sans commune mesure avec le chagrin éprouvé par ses proches. Beaucoup d’entre nous ont déjà participé, à de nombreuses reprises pour certains, à de telles manifestations. Nous en connaissons les dangers et les pièges : l’intimidation policière, la désorganisation, l’infiltration de certains groupes violents, la brutalité aveugle des forces de l’ordre… rien de tout cela ne justifie la mort de Rémi, jeune homme épris d’écologie et de protection de l’environnement, qui se trouvait sur place pour mieux comprendre les enjeux autour du barrage de Sivens et mieux défendre ses convictions de protection de l’environnement. Rien qui ne soit « absurde ou bête » pour reprendre les propos du Président du Conseil Général du Tarn qui ne mérite même pas d’être nommé et retournera bientôt dans l’anonymat qu’il n’aurait jamais dû quitter.

Comme je l’ai dit, les responsabilités ne sont même pas à chercher du côté des forces de l’ordre, aussi brutales soient-elles, celles-ci ne font qu’exécuter les ordres qui leur sont donnés. Rien de plus, rien de moins. La responsabilité d’un tel drame incombe entièrement au pouvoir politique : pouvoir que nous avons élu pour qu’il mette en place une politique progressiste en accord avec les intérêts de ses électeurs. Il n’est pas interdit de penser d’ailleurs que Rémi, pour sa première élection présidentielle, ait voté en faveur du Président actuel. C’est le cas de beaucoup d’entre nous qui nous retrouvons dans l’opposition à ce gouvernement dans la rue, après l’avoir porté au pouvoir dans les urnes. Triste 5ème République qui permet de telles trahisons et abus de pouvoir.

PNG - 88.4 ko
Deviant art

En plus de pratiquer une politique antisociale sans équivalent dans l’histoire de notre pays pour un gouvernement de gauche, le pouvoir « socialiste » criminalise les mouvements sociaux comme le ferait la droite la plus réactionnaire : refus de l’amnistie sociale pour les syndicalistes injustement condamnés sous Sarkozy, condamnation à des peines de prison des militants de la Confédération Paysanne dans leur combat contre la ferme des Mille-Vaches, amendes pour des refus de prélèvement d’ADN…

Partout en France se multiplient les occupations et les manifestations contre de Grands Projets Inutiles et Imposés : à Notre-Dame des Landes, à Sivens, à la Ferme des Bouillons près de Rouen, sur des dizaines de sites à travers la France : vont-ils envoyer la troupe contre tous ces manifestants ? Vont-ils multiplier les bavures contre le peuple au lieu de s’opposer aux intérêts des multinationales derrière ces projets ?

Ici à La Réunion vont-ils également user de la force, pour faire plaisir à Bouygues et Vinci, lorsque nous nous mobilisons contre le plus coûteux des ces Grands Projets Inutiles et Imposés : la Nouvelle Route Littorale ? Ou contre les Guadeloupéens, et Guadeloupéennes, qui se mobilisent contre l’extension du port de Fort de France ?

Loin de vouloir récupérer politiquement la mort de Rémi comme nous le reprochent sans honte les responsables de sa mort (qu’y a-t-il d’ailleurs à récupérer d’autre que des coups, des coups et encore des coups ?), le Parti de Gauche appelle à l’abandon du projet ainsi qu’à la démission du Ministre de l’Intérieur et du Président du Conseil Général du Tarn, également sénateur. L’un est responsable des consignes de sécurité disproportionnées au regard de la situation sur le terrain, certainement pour ne pas voir se reproduire le même échec, pour le gouvernement, qu’à Notre Dame des Landes. L’autre est responsable de la poursuite entêtée du projet de barrage contre l’avis des experts et de la population. Et les deux, pour mieux éluder leurs responsabilités certainement, se sont fendus de déclarations insupportables et provocantes : le premier s’en prenant à notre organisation politique en disant que « nous chassons en meute » !

PNG - 922.6 ko
Photo Guy Masavi

Sommes-nous des chiens sommés de lui obéir ? Nous rappelons à cet homme, qui perd complètement son sang-froid et qui porte des habits visiblement trop grands pour lui, que ce sont ces mêmes chiens, et les électeurs qu’ils représentent, qui ont élu le Président qui l’a nommé Ministre de l’Intérieur. Il serait bon qu’il ne l’oublie pas avant de nous insulter publiquement. Quand au second, il a osé qualifier la mort de Rémi de « bête et stupide », lui qui est à l’origine du projet de barrage et de l’obstination à le continuer malgré toutes les réserves économiques et écologiques. Nous tenons à leur rappeler les propos de leur mentor et chef, le brutal Manuel Valls, qui disait le 15 septembre dernier aux députés PS qui doutaient de sa politique : « Quand on gouverne, on doit assumer ses responsabilités ». Puissent-ils se l’appliquer à eux-mêmes plutôt que de venir donner des leçons à la terre entière pour mieux éluder leurs responsabilités ?

Au-delà de toute considération juridique, un pouvoir politique qui tue sa jeunesse est un pouvoir qui a perdu toute sa légitimité. Pour l’instant, les institutions sclérosées de la 5ème République lui permettent de se maintenir à flot mais jusqu’à quand. Rien dans la vie n’est éternel, les régimes politiques ne font pas exception.

Jusqu’à quand le peuple va-t-il souffrir de voir un gouvernement faire exactement l’inverse de ce pourquoi il a été élu, et qui en plus tue ses propres enfants ? Que le Président et son Premier Ministre méditent cette phrase de François Mitterrand qu’il prononça à la tribune de l’Assemblée Nationale le 8 Mai 1968 : « Si la jeunesse n’a pas toujours raison, la société qui la méconnaît et le pouvoir qui la frappe ont toujours tort ».

Perceval Gaillard
Pour le Parti de Gauche à La Réunion

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter