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On vous raconte (encore) des histoires

MOIN LÉ KANYAR - JE SUIS KANYAR...

26 janvier 2017
7 Lames la Mer
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On ne vous raconte pas d’histoires : ANdré PAngrani (ANPA) est bien mort à Moscou le 31 juillet 2016, « un peu comme l’héroïne de sa dernière nouvelle ». En hommage à André, « âme de la revue Kanyar » dont il était aussi la cheville ouvrière, le fondateur, le créateur, l’inspirateur, le directeur de publication, ce Kanyar n°5 sorti en décembre 2016 vous raconte encore des histoires... Et si ce n’était pas la dernière fois ?

Kanyar n°5

Son cœur battait mortellement


« Elle n’avait plus de souffle. Son cœur battait mortellement.
Elle s’étouffa du cri qu’elle voulait lui adresser — un râle sourd qu’elle-même n’entendit pas sortir de sa bouche sèche —, sentit une forte douleur soudaine aux tempes. Mathilde s’effondra sur elle-même...
 »
André Pangrani, « La joue déchirée », extrait.

« André Pangrani, fondateur, rédacteur en chef et auteur de la revue Kanyar est mort en juillet (...) alors qu’il était en train de préparer le numéro 5 de Kanyar (...) », écrivent « Les Amis de Kanyar », dans un édito sur le site de la revue [1].

André Pangrani, éternel acteur culturel.

Lire à ce sujet : « ANdré PAngrani, vie et mort d’un type brillant »


« Nous, ses amis et sa famille, ses auteurs, sommes restés dans un état de sidération indicible. Notre volonté aussitôt a été de terminer ce numéro 5. Le voici, très beau, « classieux » comme le voulait André. Avec les textes et les auteurs qu’il avait choisis, dans l’ordre qu’il avait voulu. (...) Merci à tous les lecteurs. Quelles que soient les circonstances, “on vous raconte des histoires” ».

Pour marquer la sortie de ce désormais mythique « Kanyar n°5 » et rendre un nouvel hommage à André, « 7 Lames la Mer » vous propose de découvrir les cinq premières phrases des 13 histoires qui composent cette revue.

Attention, un Kanyar peut en cacher un autre...

7 Lames la Mer

André Pangrani à Moscou. Photo page facebook.

LES PETITS ÉVÉNEMENTS • Olivier Appollodorus


Comme c’était le 15 janvier, le cœur de l’été, Philippe pensa aux vacances scolaires. Si la rentrée avait été programmée correctement, elle aurait eu lieu dans dix jours et il aurait été déjà en train de s’en plaindre. Mais dans la situation actuelle, tout cela n’avait plus guère de sens et c’était tant mieux finalement.

La petite poule rousse, celle qu’il affectionnait particulièrement, grattait le sol de la cour arrière et, à chaque fois, les quatre poussins se précipitaient pour voir ce qu’elle avait découvert. Il recomptait chaque jour ses poules, à la fois par peur qu’un chien errant — ou un chat pour ce qui concerne les poussins — ne soit passé en dévorer une durant la nuit, et aussi parce qu’il soupçonnait son voisin Maillot d’être responsable de la disparition du grand coq solitaire.

La suite dans Kanyar n°5, page 7

Kanyar n°5, extrait de la couverture.

JOE-DEUX-LIONS • Fabienne Pompey


Au village, la rumeur disait qu’il avait tué non pas un mais deux lions. Les détails de l’exploit cependant restaient vagues. Certains prétendaient que c’était à mains nues. D’autres parlaient d’un couteau de chasse ou d’un coup de fusil. Tout le monde s’accordait sur le lieu : quelque part dans la forêt libérienne.

La suite dans Kanyar n°5, page 21


GRAN MARCHÉ • Emmanuel Genvrin


Depuis une semaine, Manu faisait le cauchemar d’une bâtisse qui brûle ou, selon, tombe en ruine. Un logis avec des recoins secrets, des voisins à face de rat qui squattent la salle à manger, le séjour et le grenier. Un grenier aux murs ouverts comme dans les maisons éventrées après un bombardement. Cette bâtisse, il ne la connaissait pas. Elle ne lui était devenue familière qu’au gré de ses nuits.

La suite dans Kanyar n°5, page 33

Pour un hommage, le 25 août 2016.

LE BAPTEME MARRON • Nathalie Valentine Legros


Par un insolent soleil de mai 1962, le curé de Saint-Klément voit débouler devant son église un vieux tacot qui dérape sur les gravillons et capitule dans un hoquet. Comme les confettis d’un jour de kermesse, la poussière retombe sur la 404 terrassée.

En gicle un douanier, képi de travers, armé de deux galets. Il se rue sur le cul cabossé de la guimbarde, lui glisse les deux galets devant les roues en guise de cales, ouvre la porte arrière gauche et extirpe de l’habitacle un adolescent à la chemise déchirée et tachée de sang. Le garçon s’appuie en boitant sur le vieux douanier qui l’entraîne vers l’église tandis qu’une furie se débat contre la portière avant droite de la 404 qui cède enfin.

La suite dans Kanyar n°5, page 55


IMMOKALEE • Emmanuel Gédouin


Trois heures du matin. Pas sommeil. Encore une nuit moite habitée par des rêves foireux et des fantômes bizarres. J’aurais mieux fait d’éteindre la télé hier soir plutôt que de zapper sans but depuis mon lit et de finir par regarder n’importe quoi. Le journal de la nuit, le télé-achat, des mangas, tout y est passé, même un reportage débile sur les serpents d’Amérique qui m’a foutu les jetons et qui a réveillé quelques vieux souvenirs pas très agréables.

La suite dans Kanyar n°5, page 77


DOSÈL LAMOUR — AMOURS SALÉES • Vincent Constantin


Dann kèr solèy, bien kalé dann nout kayak dé plas, amoin èk Riko nou té i ram a fon si la mèr en luil.

Zargiyon solèy té i plonz dann dolo kristal, té i ralanti in pé pou akout balèn shanté, té i fini par roflèksé dési koray : la mèr lété ranpli solèl èk santiman.

— Laba ! Banna lé laba !

Alor, nou la kas kontour vitman.

En plein soleil, bien installés dans notre kayak deux places, Riko et moi ramions de toutes nos forces sur une mer d’huile.
Les rayons du soleil plongeaient dans l’eau cristalline, ralentissaient un peu afin d’écouter les baleines chanter et finissaient par se réfléchir sur les coraux : la mer était pleine de soleil et de sentiments.
— Là-bas ! Elles sont la-bas !
Rapidement, nous avons changé de cap.

La suite dans Kanyar n°5, page 97


LE SOLISTE ÉLÉGANT • Edward Roux


En fin d’après-midi, John Coltrane prénomme son épouse. La ville modulée jusqu’au liseré des Costières, les cumulus rouleront sur la rime des toits de tuiles.

Moi, la douche prise, l’eau de toilette vaporisée, j’enfilerai le slip blanc.

J’irai revoir la marchande musulmane de dessous féminins et masculins, là-bas, à Saint-Hinnom, sous le tropique indien, elle me décrira le déplacement des pièces du puzzle, le maillage de toujours les mêmes hommes, femmes, s’échangeant les uns les autres sur quelques kilomètres carrés, ou même souvent moins. Dehors, les autos grognent, on ajoute des routes, rien n’y fait, on est sur le manège, on rentre chez soi, et puis, le matin, on s’y remet, c’est lent, arrêté parfois.

La suite dans Kanyar n°5, page 115

Le Kanyar n°5, illustré par une œuvre de Grégoire Loyau.

L’ACCESSION À LA PROPRIÉTÉ • Xavier Marotte


Les hasards de la vie, de la fortune et de l’ambition professionnelle m’empêchèrent de devenir propriétaire de mon logement avant un âge relativement avancé. Vivant seul, j’étais alors proche de la cessation d’activité, divorcé, et père d’une fille artiste-plasticienne à la réputation déjà solidement établie dans les milieux concernés, lesquels appréciaient peut-être son air à la fois doux et maussade, ses yeux vaporeux chargés d’ennui, son ironie cinglante et, certainement, ses œuvres de fer tarabiscotées où allaient toujours se chevauchant les postures de l’affliction et de la mort. Son art, en effet, était très sombre.

Mon attention titillée un premier temps par des affiches publicitaires placardées aux carrefours les plus encombrés, aiguisée par d’éclatantes brochures colorées, je succombai volontiers aux charmes lumineux d’un appartement de trois pièces situé au deuxième étage de l’immeuble n°7 de la flambant neuve résidence du Sphinx. Autour d’une place gaiement fleurie — descendant en pente douce vers une fontaine où la créature mythologique crachait par sa bouche arrondie l’eau qui filait se déverser le long de ses ailes repliées —, dix petits immeubles blancs, pimpants et dotés d’un je-ne-sais-quoi d’enfantin, s’étaient regroupés avec curiosité.

La suite dans Kanyar n°5, page 131


SUBLIMINA • Teddy Iafare-Gangama


La voilà, elle est arrivée comme ça, sans un mot, sans un cri, roucoulant ou gloussant sûrement à l’intérieur, mais rien ne pouvait transparaître de son visage, paisible. Elle a trouvé le chemin, elle l’a trouvé. Elle sait qu’il est par là, elle le sent. Son instinct l’a conduite à cet endroit, à cette forêt dans laquelle elle pénètre, calme et rassurée. Plénitude, elle sait que son destin se dessine ici. Elle hume, lève la tête, la tourne lentement de droite à gauche, cherche les yeux fermés puis perçoit non loin, cette essence de suc salé, cette saveur amère qu’elle doit retrouver à présent, il est temps, l’heure est venue et elle est là.

La suite dans Kanyar n°5, page 147


CLOS • Marie Martinez


À la consigne de la gare, elle a déposé ses bagages, sous clef. Elle ne pouvait plus les voir. Et elle n’avait plus la force de les traîner. Elle n’a gardé que l’essentiel dans un petit sac. S’alléger le plus possible.

La suite dans Kanyar n°5, page 153


LA JOUE DÉCHIRÉE • André Pangrani


Mathilde se réveille au service des urgences du Centre hospitalier universitaire de Bellepierre. L’adolescente reconnaît peu à peu le visage de sa mère dont la bouche esquisse alors un sourire. Marie-Roberte — frêle silhouette dans sa blouse réglementaire d’aide-soignante à la maternité — a pourtant lutté contre le sommeil après son service de nuit pour veiller sa fille depuis gran matin. Une collègue des urgences est venue la prévenir : « Ban ponpyé la ramas a èl si trotwar, li la tomb kriz zis dovan la zol. Mé kwé li té fé Sindni, don ? [2] »

Mathilde veut retirer sa main de celle de sa mère, mais cette dernière lui résiste.

La suite dans Kanyar n°5, page 163


FRIDOM • Opéra. Emmanuel Genvrin, livret. Jean-Luc Trulès, musique


Une animatrice de radio, Maé, tombe amoureuse de Ménéla, un criminel rentré dans les îles. Les amants meurent lors d’émeutes dans l’incendie d’une grande surface.

Les personnages

Maé : Soprano, belle métisse à la chevelure flamboyante, douce, romantique et compatissante, est la « voix » la plus populaire de Radio Fridom. Mariée à Mickaël, elle a été autrefois enfant martyre et maîtresse de Ménéla.

Ménéla : Basse, bel homme métis kaf, grand, violent, puissant, sombre, rebelle.

La suite dans Kanyar n°5, page 177


RIFIFI SUR LE RUFIJI • Jean-Christophe Dalléry


Karl-Heinz considérait avec circonspection les autres occupants de la pirogue qui ondulait indolemment sur l’onde lisse. De Rolf, Günter, Horst, Peter, Wolfgang, Helmut, Werner ou Bernd, lequel d’entre eux le capitaine de la Schutztruppe allait-il devoir manger en premier ?

Le début de la guerre n’avait guère bouleversé la vie de la colonie d’Afrique orientale allemande. Quelques obus de la Royal Navy avaient certes détruit la station de radio mais depuis, à Daressalam, chacun vaquait comme si de rien n’était à ses occupations, seulement empêché par les restrictions dues aux difficultés d’approvisionnement, évitant de penser à l’armée britannique qui, de l’autre côté de la frontière avec le Kenya, attendait son heure pour fondre sur la petite capitale.

À la surprise générale, quoique pas à celle du colonel Paul-Emil von Lettow-Vorbeck, la Schutztruppe qu’il commandait — et qui avait pour mission de défendre ce bout d’Afrique oublié de Berlin — avait enregistré un premier succès inespéré.

La suite dans Kanyar n°5, page 207

7 Lames la Mer

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Notes

[2Les pompiers l’ont trouvée sur le trottoir, elle s’y était évanouie. Mais qu’est-ce qu’elle faisait à Saint-Denis ?

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