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"Insurrection éthique"

Mexique : un paysan de 21 ans s’immole par le feu

7 décembre 2014
Geoffroy Géraud Legros
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C’est à cet « acte de désobéissance civile » extrême qu’a dû recourir un jeune militant paysan du Chiapas pour obtenir la libération de son oncle, leader indigène emprisonné par les autorités. Très médiatisé, le geste de ce fermier de 21 ans s’ajoute aux mobilisations qui, depuis le kidnapping de 43 étudiants par un narco-cartel, appellent dans tout le pays à une "insurrection éthique".


Agustin Gomez Perez sera-t-il le Mohammed Bouazizi mexicain ? Vendredi, le jeune fermier de 21 ans s’est immolé par le feu face au Capitole de l’État du Chiapas.

Un « acte de désobéissance civile extrême  » intervenu au terme d’un mois de manifestations organisées à Tuxtla Gutiérrez, capitale de l’État, en soutien à Florentino Gomez Giron, dirigeant du « Front populaire Ricardo Florès Magón ».

Emprisonné au mois de mai dernier, l’activiste est poursuivi pour « vol de bétail  », « kidnappings » et autres « activités criminelles ». Des chefs d’inculpation forgés de toute pièce par les responsables locaux du PRI (Partido revolucionario Institucional- Parti Révolutionnaire Institutionnel, qui domine la vie politique depuis plus de 70 ans, NDLR), selon les fermiers.

Un point de vue corroboré par de nombreux observateurs, don la journaliste indépendante Àngeles Mariscal. « Florentino Gomez Mariscal est détenu arbitrairement. Il a été arrêté par la police d’État le 1e Mai, sans le moindre mandat », écrivait cette experte du Chiapas dans un article publié le 28 novembre dernier par le périodique « Debate Hoy ». Florentino Gomez fait depuis 2001 l’objet de « campagnes de criminalisation » répétées, qui gagneraient en intensité à l’approche du scrutin de 2015, rappelle Mme Mariscal.

Réalisée lors d’une manifestation d’enseignants du Chiapas, l’arrestation du leader paysan a enclenché une série de mobilisations mêlant radicalité et non-violence. Le 2 décembre dernier, la sœur et la fille de Florentino Gomez entamaient une grève de la faim, après s’être fait suturer les lèvres, puis mettaient en scène une crucifixion symbolique visant à interpeller le Gouverneur de l’État, Manuel Velasquez Coello.

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Photo : Raul Vera

L’engagement de ce dernier à « revoir le cas » du dirigeant indigène n’a pas convaincu les manifestants, qui ont pris la décision collective de franchir un nouveau pas dans la radicalité. Vendredi après-midi, Agustin Perez Gomez, neveu de Florentino Gomez, demandait à ses compagnons de le recouvrir d’essence.

Allongé sur le sol, à quelques pas d’un représentant de l’Administration venu exhorter les manifestants au calme, le militant a demandé à être immolé, criant « il n’y a pas de démocratie ici ! Il n’y a pas de justice ! Liberté pour les prisonniers politiques ! ».

Transformé en torche humaine, le militant a eu le temps de se redresser et de faire quelques pas avant que ses camarades ne viennent à bout des flammes.

Si elle n’a duré que quelques minutes, l’action a été suivie d’effet : cédant aux manifestants, qui annonçaient trois nouvelles immolations, les autorités du Chiapas ont procédé samedi matin à la libération de Florentino Gomez Giron. Victime de brûlures au second degré sur plus de la moitié du corps, Agustin Gomez Perez a été transporté à l’hôpital. Le pronostic vital du jeune homme est engagé, selon la presse du Chiapas.

Depuis plusieurs semaines, le Mexique est le théâtre d’intenses mouvements dénonçant la politique du Président Enrique Pena Nieto, marquée par une interminable « guerre à la drogue » qui n’a fait qu’affermir les narco-cartels et leurs relations avec l’État, la pauvreté et l’insécurité croissante face à la déliquescence accrue de la force publique.

À l’origine de ces mobilisations, le kidnapping, fin septembre, de 43 étudiants et la découverte concomitante de plusieurs dépouilles humaines calcinées. L’ADN de l’une d’entre elles a permis, hier, d’identifier le corps d’Alexander Mora, l’un des jeunes gens capturés par les narco-trafiquants.

L’enlèvement des étudiants de l’École rurale d’Ayotzinapa (sud du Mexique) est « le germe de la révolte sociale », ont affirmé les organisateurs du meeting organisé hier à Mexico, sur la Place de la Révolution. Sur la toile, le hashtag #YaMeCansé — je suis fatigué, phrase par laquelle le Procureur général du pays avait, à l’indignation générale, conclu la conférence de presse relative au rapt des jeunes gens — rallie la colère de millions de Mexicains.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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