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Tinn pa nout mémwar

Maloya : de la quarantaine à l’asile

6 novembre 2015
7 Lames la Mer, Koléktif Tinn pa nout mémwar
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« Unité d’hospitalisation Maloya, Pôle santé mentale ». Traduction : ici, on soigne « la maladie mentale et la souffrance psychique ». « 7 Lames la Mer » prend parti : baptiser ce service de psychiatrie « Unité d’hospitalisation Maloya » n’est pas un acte anodin car, comme l’écrivait un internaute sous un précédent article : « en dernier ressort le nom de « maloya » est bel et bien associé à une famille de maladies mentales graves ». Cela est révélateur d’une société où l’on folklorise à tour de bras, où l’on organise l’amnésie tout en prétendant « mèt an lèr », où l’on porte atteinte à une pratique ancestrale dans sa dimension cultuelle et rituelle. Nous reproduisons ci-dessous un communiqué du collectif « Tinn pa nout mémwar ».

Fenêtre de l’infirmerie du Lazaret, Grande Chaloupe. Photo : E. A.

Chacun est libre d’interpréter les différents aspects de cette affaire à sa façon, avec ses connaissances, avec sa culture, avec ses valeurs, avec son histoire personnelle. Il nous paraît cependant utile de bien cadrer ce débat et d’en préciser les enjeux. Nous sommes à La Réunion, pas dans une quelconque région française, et pour beaucoup de Réunionnais le maloya est une affaire personnelle liée indiscutablement à son origine ethnique, même si certains préfèrent l’oublier ou en minorer l’intérêt. Pour ces Réunionnais-là il ne s’agit pas seulement d’une musique, il ne s’agit pas seulement d’un intérêt d’ordre esthétique mais bien d’une culture à part entière avec toute sa symbolique et sa spiritualité.

Pour situer clairement l’objet de notre revendication, nous posons la question suivante : est-il concevable d’appeler cette unité de soins « Unité du Saint-Esprit » ou « Unité de l’Aïd » ou encore « Unité Barathanatyam » ? Personne à La Réunion ne répondrait par l’affirmative. Alors pourquoi le maloya ?

Si on veut comprendre, on ne peut s’empêcher de faire appel, même si cela dérange ou plutôt surtout si cela dérange, à l’histoire douloureuse de cette culture et au contexte qui l’a amenée à La Réunion. Ce contexte, celui de la traite, était marqué — faut-il le rappeler ? — par le mépris des cultures indigènes et, dans la foulée, la déshumanisation de ceux qui en étaient les détenteurs, ce qui a permis en toute bonne foi de les massacrer ou de les réduire en esclavage selon les nécessités du moment.

Ainsi, le rapprochement de cette culture avec la maladie mentale s’inscrit inévitablement dans cette filiation intellectuelle, au pire, du mépris, ou au mieux, de l’indifférence.

Après avoir connu la quarantaine de l’interdiction officielle puis de l’oubli, voilà donc l’asile pour malades de l’esprit. C’est tout un symbole. En tout cas nous ne sommes pas dans le respect auquel chacun a droit. L’enjeu de notre action, c’est donc en partie notre réhumanisation. Tout simplement.

Kolektik « Tinn pa nout mémwar »

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