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Tribune Libre de Brigitte Croisier

Mais où est donc passée la « communauté chrétienne » ?

22 avril 2014
Brigitte Croisier
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Fini le temps pascal et je suis surprise : nulle part je n’ai trouvé de « Bonnes fêtes à la communauté chrétienne ! » Pourquoi donc ce silence, cette absence, alors même que chrétiennes et chrétiens sont en nombre significatif sur cette terre réunionnaise ?

"Christ apparaissant à Marie Madeleine après la résurrection", by Alexander Ivanov, 1835

Fini le temps pascal et je suis surprise : nulle part je n’ai trouvé de « Bonnes fêtes à la communauté chrétienne ! » Pourtant, il y a quelques jours, ont fleuri en tous lieux les vœux à la « communauté tamoule ». Lors d’autres événements festifs, on s’adresse à la « communauté chinoise » ou encore à la « communauté musulmane ». Certes, on a beaucoup parlé des fêtes de Pâques, diffusé les horaires des cérémonies de la Semaine sainte, évoqué la fabrication de milliers d’hosties, etc. mais pas de vœux adressés plus spécialement à la « communauté chrétienne », en particulier de la part des politiques.

Pourtant, qu’on donne au terme de communauté le sens civil de groupe partageant des intérêts communs ou le sens religieux de groupe communiant dans la même foi, on pourrait parler de communauté chrétienne. Pourquoi donc ce silence, cette absence, alors même que chrétiennes et chrétiens sont en nombre significatif sur cette terre réunionnaise ?

Paradoxalement, n’est-ce pas précisément, parce qu’ils constituent un groupe important, dominant quantitativement, qu’on ne s’adresse pas à eux en termes de communauté ? D’ailleurs, on peut avoir l’impression que toute la société est concernée et partie prenante, comme pour Noël et d’autres fêtes chrétiennes : jour férié, cadeaux, souhaits tous azimuts. On assiste à une sorte de généralisation, d’universalisation d’une fête propre à une religion particulière qui est devenue comme un fait de nature, quelque chose qui va de soi. Dès lors, pas besoin de s’adresser à une « communauté chrétienne » qu’on se représente implicitement comme ne formant qu’une avec la société réunionnaise, se confondant presque totalement avec elle.

A l’inverse, le terme de communauté, tel qu’il est employé à La Réunion, semble être réservé à des groupes déterminés, perçus comme plus restreints, des sous-groupes particuliers d’un ensemble global. Plus restreints en nombre, plus diffus dans la société et ses symboles, moins présents dans les représentations collectives, bref moins influents. Que ces vœux soient adressés aux diverses communautés religieuses — hormis la chrétienne — cela signale l’inégalité quant à la perception de leurs places respectives dans notre société.

Cet usage ou ce non-usage selon les cas du terme « communauté » ne « trahirait »-il pas une réalité remontant loin dans notre passé réunionnais : une religion sûre de son fait qui se perçoit comme « englobant » les autres, perçues, elles, un peu à la périphérie ? Tout cela « en douceur » : on n’en est plus aux affrontements et à la répression des cultes. Mais, par-delà la paix intercultuelle d’aujourd’hui – conquête dont on a raison d’être fier —, ne reste-t-il pas des hiérarchies discrètes, des degrés différents de légitimation… bref des inégalités « intimes » encore au cœur de notre société ?

Brigitte Croisier

Photo slider : Wilhelm Busch

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