Categories

7 au hasard 26 juin 2016 : Mayotte ou les mirages de la Départementalisation - 6 juillet 2014 : Respecter la vérité des lieux historiques - 24 juillet 2016 : « Clinton a fait un énorme doigt d’honneur à l’aile progressiste du parti » - 15 juillet 2016 : Canada : un immense visage caché sur une île - 30 janvier 2014 : La Réunion au pied du mur ! - 5 janvier 2014 : Le filtre de Cameron : censure sur Internet ? - 15 octobre 2013 : Ti Bang : La musique ? Une thérapie pour le peuple ! - 16 avril 2015 : Le 14 juillet, La Réunion a rendez-vous avec Pluton ! - 4 novembre 2015 : Le dictateur et l’anguille - 12 décembre 2016 : Harlem : Andy Razaf était l’âme malgache du jazz (7) -

Accueil > Domin lé dan nout dé min > Courrier des internautes > Mais où est donc passée la « communauté chrétienne » ?

Tribune Libre de Brigitte Croisier

Mais où est donc passée la « communauté chrétienne » ?

22 avril 2014
Brigitte Croisier
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

Fini le temps pascal et je suis surprise : nulle part je n’ai trouvé de « Bonnes fêtes à la communauté chrétienne ! » Pourquoi donc ce silence, cette absence, alors même que chrétiennes et chrétiens sont en nombre significatif sur cette terre réunionnaise ?

"Christ apparaissant à Marie Madeleine après la résurrection", by Alexander Ivanov, 1835

Fini le temps pascal et je suis surprise : nulle part je n’ai trouvé de « Bonnes fêtes à la communauté chrétienne ! » Pourtant, il y a quelques jours, ont fleuri en tous lieux les vœux à la « communauté tamoule ». Lors d’autres événements festifs, on s’adresse à la « communauté chinoise » ou encore à la « communauté musulmane ». Certes, on a beaucoup parlé des fêtes de Pâques, diffusé les horaires des cérémonies de la Semaine sainte, évoqué la fabrication de milliers d’hosties, etc. mais pas de vœux adressés plus spécialement à la « communauté chrétienne », en particulier de la part des politiques.

Pourtant, qu’on donne au terme de communauté le sens civil de groupe partageant des intérêts communs ou le sens religieux de groupe communiant dans la même foi, on pourrait parler de communauté chrétienne. Pourquoi donc ce silence, cette absence, alors même que chrétiennes et chrétiens sont en nombre significatif sur cette terre réunionnaise ?

Paradoxalement, n’est-ce pas précisément, parce qu’ils constituent un groupe important, dominant quantitativement, qu’on ne s’adresse pas à eux en termes de communauté ? D’ailleurs, on peut avoir l’impression que toute la société est concernée et partie prenante, comme pour Noël et d’autres fêtes chrétiennes : jour férié, cadeaux, souhaits tous azimuts. On assiste à une sorte de généralisation, d’universalisation d’une fête propre à une religion particulière qui est devenue comme un fait de nature, quelque chose qui va de soi. Dès lors, pas besoin de s’adresser à une « communauté chrétienne » qu’on se représente implicitement comme ne formant qu’une avec la société réunionnaise, se confondant presque totalement avec elle.

A l’inverse, le terme de communauté, tel qu’il est employé à La Réunion, semble être réservé à des groupes déterminés, perçus comme plus restreints, des sous-groupes particuliers d’un ensemble global. Plus restreints en nombre, plus diffus dans la société et ses symboles, moins présents dans les représentations collectives, bref moins influents. Que ces vœux soient adressés aux diverses communautés religieuses — hormis la chrétienne — cela signale l’inégalité quant à la perception de leurs places respectives dans notre société.

Cet usage ou ce non-usage selon les cas du terme « communauté » ne « trahirait »-il pas une réalité remontant loin dans notre passé réunionnais : une religion sûre de son fait qui se perçoit comme « englobant » les autres, perçues, elles, un peu à la périphérie ? Tout cela « en douceur » : on n’en est plus aux affrontements et à la répression des cultes. Mais, par-delà la paix intercultuelle d’aujourd’hui – conquête dont on a raison d’être fier —, ne reste-t-il pas des hiérarchies discrètes, des degrés différents de légitimation… bref des inégalités « intimes » encore au cœur de notre société ?

Brigitte Croisier

Photo slider : Wilhelm Busch

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter