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Edito

Licenciements à la SIB ? À vous de jouer, M. Montebourg…

22 novembre 2013
Geoffroy Géraud Legros
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Perspective de disparition d’emplois dans une entreprise en bonne santé, fin annoncée d’une production industrielle locale…

Sombre horizon pour la SIB. Photo "7 Lames la Mer".

La fin d’activité brutalement annoncée à la SIB devrait interpeller le Ministère du redressement productif, jusqu’ici fort peu impliqué dans les Outre-mer. « À 15 heures trente hier, certains salariés n’avaient pas encore appris la nouvelle », rapporte un témoin oculaire présent hier sur le site de l’usine portoise. La « nouvelle », c’est l’annonce, abrupte, par la direction, de la fermeture de l’entreprise, prévue pour mars prochain, qui a frappé de stupeur les 32 salariés de la Société industrielle de Bourbon, filiale du géant américain Colgate-Palmolive. Un établissement réunionnais dédié à la fabrication de produits ménagers et d’adoucissants commercialisés sous ces labels, remarquable aussi pour ses performances. « Depuis trois ans, les dividendes versés sont en hausse, le comptable nous a même dit de demander une prime » rapporte Thierry Lauret (Le Quotidien), citant un responsable syndical de l’entreprise.

Cette bonne santé avait, il y a trois ans, porté les salariés à exiger leur part de la richesse croissante de l’entreprise. Pari gagnant : après deux semaines de grève, ils obtenaient 2,5% d’augmentation, l’intégration de la prime COSPAR, ainsi que trois primes cumulatives, dont une prime d’intéressement de 470€ et 50€ de participation recalculée aux bénéfices.

Les salariés paient-ils aujourd’hui le prix de cette mobilisation ? L’entreprise invoque à l’appui de sa décision des motifs assez flous et surtout non chiffrés. Dans un communiqué produit hier, la direction mentionne ainsi la « surcapacité structurelle » de l’appareil de production, qui n’utiliserait « depuis longtemps » qu’un dixième de son potentiel. SIB s’engage à fournir des produits d’entretien « fabriqués en France », le temps d’une « transition » de « six mois » pour laquelle elle affirme avoir « d’ores et déjà engagé des actions (sic) pour trouver d’autres entreprises susceptibles d’assurer une continuité de l’emploi dans les locaux de l’usine ».

Fondée par Abdelali Goulamali, dédiée à la fabrication de cires pour sol, SIB quitte en 1998 la banlieue de Saint-Denis (la Jamaïque) pour s’installer dans la ZI n°1 du Port. Classée SEVESO, elle produit détergents, eau de javel et liquides vaisselle, dont une part conséquente est destinée au marché mauricien. Elle est partiellement, puis complètement rachetée par Colgate-Palmolive à partir de 1991 et devient filiale du groupe américain en 1995.

Perspective de destruction d’emplois dans un établissement industriel qui réalise des profits ; outil de production menacé, dans un contexte réunionnais marqué par un taux de chômage qui atteint les 30% et une extrême dépendance aux importations : le cas de la SIB semble taillé sur mesure pour le Ministère du redressement productif, innovation revendiquée du Gouvernement Ayrault. Un ministère confié à Arnaud Montebourg, qui, le 16 mai 2012, annonçait une ambition de « reconquête », orientée vers « la création, et le sauvetage, le plus possible des emplois qui risquent d’être perdus ». « Imagination, créativité, audace, réalisme » : les maîtres-mots de la bataille annoncée pour le redressement productif n’ont pour l’heure guère été déclinés dans les Outre-mer.

Sans doute ces derniers demeurent-ils aux yeux de Paris des terres rurales, aux économies dominées par les cultures traditionnelles — canne, ananas, banane. Une représentation d’ailleurs souvent véhiculée par les élus locaux, eux-mêmes fort peu accessibles aux questions industrielles... Que ces derniers alertent les services ministériels, où que ceux-ci soient alertés par le représentant de l’Etat, la fermeture annoncée de la SIB s’adresse directement aux missions du redressement productif. À vous de jouer, M. Montebourg.

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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