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Histoire vraie

Les trois couleurs de la haine

16 juillet 2014
7 Lames la Mer
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Dans La Réunion des années 50, Violette, une vieille dame issue de la petite bourgeoisie coloniale, et Anita, sa domestique, occupent une grande maison du Sud de l’île. La haine et les non-dits ont, petit à petit, tissé un lien malsain entre les deux femmes. Pas de disputes, pas d’humiliations, pas de réprimandes mais une subtile méchanceté et un savant dosage de malveillance vont avoir raison d’une chatte « trois couleurs » devenue l’objet de toutes les jalousies des deux vieilles femmes. Histoire vraie !

"Kitty", by George White, 19ème siècle

Violette avait toujours préféré les chiens aux chats. Mais la mort de son dernier compagnon à quatre pattes l’avait tellement affectée qu’elle avait décidé de ne plus prendre de chien.

La grande maison en bois semblait bien vide depuis... lorsqu’un jour, une petite chatte « trois couleurs » fit son apparition dans l’allée du jardin. Sa maigreur et les miaulements qu’elle poussait ne laissaient aucun doute sur son état : elle était affamée.

La première réaction de la vieille dame fut d’ordonner à sa domestique de chasser l’animal. Ignorant la consigne, Anita avait au contraire déposé au fond du jardin, une petite soucoupe débordante de lait. Et ainsi, tous les matins, la soucoupe de lait était soigneusement remplie... et vidée tout au long de la journée par la petite chatte. Un régime qui eut tôt fait de remettre sur pied la minette dont le terrain de jeu occupait désormais tout le jardin.

Deviant art

Violette faisait mine de ne rien voir mais dès que sa domestique avait le dos tourné, elle s’approchait de l’animal pour tenter de l’apprivoiser. Il faut dire que la « Féline » était adorable avec une fourrure d’une « douceur exquise ».

Et bientôt, « Féline » fit son entrée sous la varangue, encouragée par la vielle dame. Anita faisait mine de ne s’apercevoir de rien et continuait de déposer la nourriture destinée à « Minette » au fond du jardin.

De la varangue au coussin de velours du lit de la vieille dame, il n’y avait qu’un pas que « Féline » accomplît au bout d’un délai raisonnable de sept jours... Désormais, elle était « Féline » au salon pour Violette et « Minette » à la cuisine pour Anita.

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La vie dans la grande maison s’organisa bientôt au gré des caprices de « Féline » — affublée d’un collier de perles précieuses — et du palais délicat de « Minette ». La vieille dame exigeait de sa domestique qu’elle cuisine des plats spécialement pour « Féline » : viandes, poissons... Anita était autorisée à se contenter des restes.

Les deux femmes ne changèrent pas la nature de leur relation héritée d’un passé aux racines séculaires : pas un regard, quelques mots largués au passage quand la communication par gestes (ou par clochette agitée de la main tremblante de Violette) ne remplit plus sa fonction.

Pendant plusieurs années, la chatte « trois couleurs » coula des jours heureux entre les deux femmes, dans la grande maison. Jusqu’au jour où on ne trouva plus sa trace. Disparue !

Violette surmonta alors sa haine et s’adressa à Anita, la suppliant de retrouver « Féline ». Anita préféra tourner les talons : direction la cuisine, pièce dans laquelle la vieille dame répugnait à mettre les pieds. Les choses en restèrent là et l’on n’entendit plus jamais parler de « Féline » ni de « Minette »...

Bien des années plus tard, la maison fut mise en vente : les deux vieilles n’étaient plus de ce monde et les héritiers voulaient accéder enfin à l’argent que cette grande propriété bien placée en centre ville allait leur rapporter.

Il fallut alors vider la maison. Chaque pièce regorgeait de meubles précieux... mais, au fond de la cour à l’arrière de la maison, on découvrit un pauvre cabanon délabré.

Juste une porte s’ouvrant sur un réduit sombre, sans fenêtre, qui contenait une paillasse à même le sol de terre battue et un vieux coffre en bois. Au fond du vieux coffre en bois, sous une pile de linge, se trouvait une belle peau de chat de trois couleurs, douce, soyeuse, parfaitement conservée [1].

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Notes

[1Une légende prétend que les peaux de chat ont la vertu d’apaiser les rhumatismes.

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