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2017, année des poètes. Georges-François

Les lataniers dressés avec des bruits d’armure

16 janvier 2017
7 Lames la Mer, Gabriel Blanc, Pierre-Claude Georges-François
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De retour sur la terre natale, le poète créole Georges-François mesure le temps passé à l’aune des cent lataniers plantés par son grand-père. Il les compare à des « gardiens hostiles et rangés », qui se dressent « si haut avec des bruits d’armure ».


Les lataniers


Sous les palmes, haussant leurs troncs de métal roux
et rugueux, dans le soir qui monte de la terre,
dans le soir frissonnant d’ombre et de souffles doux,
voici les lataniers qu’a plantés mon grand-père.

Bien autrefois, voici près de cent ans,
et les cent lataniers toujours droits et robustes,
dans le grand vent des mers vivront toujours autant,
car il furent jadis plantés par des mains justes.

Au loin, à gauche, le Cap Bernard et à droite le petit pont qui enjambe la ravine des Lataniers. Lithographie d’Antoine Roussin.

Époque forte et de richesses agricoles !
Dans le cadre de manguiers bruns et de labours,
je vois le vieil aïeul au déclin de ses jours
marcher à petit pas sous le chapeau créole.

L’œil vif et les deux mains au dos, un peu voûté,
il se promène en sa veste ample de percale,
et les champs, alentours, jaunis d’un or plus pâle,
s’estompent sous le beau crépuscule d’été.

Georges François.

Dans l’allée de sable marin et de graviers,
ombre menue, perdue entre de grandes ombres,
il descend toujours à la même heure et dénombre
mentalement le rang double des lataniers.

L’allée est longue ainsi qu’il la traça lui-même ;
les fûts dessinent une nef en leur recul,
et le vieillard, très attentif à son calcul,
finit sa promenade en comptant le centième.

C’est la nuit. Le métal des palmes remuées
ramage de carmin l’écran du ciel lilas,
et le vieillard alors regagne à petits pas
la vérandah où les lampes sont allumées.

Vers la maison là-bas tassée sur les perrons
et qu’a bâtie l’aïeul que j’ai très peu connu,
autour de moi qui suis maintenant revenu,
les cents lataniers roux font un siècle de troncs.

Latanier rouge, Conservatoire botanique de Mascarin, La Réunion. Photo : Thierry Caro.

Jaillis du cœur de la pleine terre natale
et dorés aux rayons pourpres des occidents,
ils continuent, au cours des temps, pieusement,
la vigile de leurs croissances végétales.

Et je comprends alors pleinement, ô Nature,
pourquoi lorsque la nuit propage les dangers,
ainsi que des gardiens hostiles et rangés,
ils se dressent si haut avec des bruits d’armure.

Pierre-Claude Georges-François (1869 - 1933)
Poèmes d’Outre-Mer



Pierre-Claude Georges-François est né à Saint-Denis (13 décembre 1869) et s’il n’est pas parmi les plus connus des poètes réunionnais, ses œuvres n’en sont pas moins émouvantes comme cette ode aux lataniers qu’a plantés son grand-père, ce « vieil aïeul au déclin de ses jours, [marchant] à petit pas sous le chapeau créole ».

La poésie l’a pris tôt. Encore tout jeune élève (18 ans) au lycée de Saint-Denis, il fait paraître en 1887 un premier recueil intitulé « Mes rimes », et réputé aujourd’hui introuvable.

L’ami de sa jeunesse s’appelle Ambroise Vollard et deviendra plus part un célèbre marchand de tableaux... De même, Georges-François sera un peintre dont « les toiles modernistes témoignent d’un indiscutable talent ».


À lire aussi : « À Sainte-Marie, les souffleurs d’ancives... »


« À Paris, il publiait, dans des revues éphémères, vers 1891, de courts poèmes où se révèle le goût de la couleur et du dessin et l’influence de Verlaine et de Mallarmé », écrit Hippolyte Foucque dans « Les poètes de l’île Bourbon ».

Sa carrière d’administrateur dans les colonies le conduit en Afrique : Soudan, Congo, Sénégal, Afrique Équatoriale française... Et Madagascar. Au Soudan, il écrit « L’âme errante » (1892)... Il disait qu’il était « resté créole par toutes ses fibres »...

De retour dans son « île incomparable », il entre à l’Académie de La Réunion en 1926. « Sa poésie en vers libres étonne les poètes intégristes mais plaît à Robert Edward Hart » [1], peut-on lire dans le « Dictionnaire biographique de La Réunion ».

Il publie en 1931 « Poèmes d’Outre-Mer ».

7 Lames la Mer
Avec Gabriel Blanc


Orientations biographiques...
« Les poètes de l’île Bourbon », Préface et choix par Hippolyte Foucque, Collection MELIOR, Seghers Éditions, Paris, 1966 • « Le Dictionnaire biographique de La Réunion, N°2 », sous la direction de Michel Verguin et de Mario Serviable, Collection Indigotier, Édition CLIP/ARS Terres Créoles, 1995.

7 Lames la Mer

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Notes

[1Robert Edward Hart, poète mauricien (1891 - 1954).

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