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Les KANYAR pris aux mots

17 février 2014
Izabel
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On vous raconte des histoires !

Fin de l’année dernière, une nouvelle revue a fait son apparition sur les étagères des libraires réunionnais. Je souligne au passage combien il est important que les librairies continuent à vivre car ce sont des lieux d’échanges et de rencontres que nuls autres ne peuvent remplacer. Sur les présentoirs des librairies rescapées du grand naufrage programmé (à St Denis, « L’échappée belle » a déclaré forfait) KANYAR a fait son apparition. J’ai cédé à la tentation, incapable de résister devant une nouveauté littéraire, comme certains devant une pâtisserie. Une certaine appréhension m’a saisie cependant : Une hirondelle ne fait pas le printemps ! Or voici que le N° 2 nous arrive en ces premiers jours de 2014, KANYAR tient ses promesses et continue sur sa lancée à nous « raconter des histoires ».

KANYAR, au nom qui fleure bon La Réunion, ne se revendique pas cependant comme une revue réunionnaise. Certes on y trouve des noms connus ici, comme ceux de Pierre-Louis Rivière, d’Emmanuel Genvrin, de Jean-Christophe Dalléry, d’André Pangrani, tous connus dans le monde du théâtre ou de la BD, ayant œuvré au Théâtre Vollard ou au « Cri du margouillat ». Mais d’autres noms que nous découvrons ici ouvrent nos frontières littéraires vers les quatre coins du monde et nous offrent une vision qui fait éclater notre insularité.

Dessin : Conrad Botes

KANYAR est tout d’abord « un bel objet » et ceci a son importance. Vous savez, tout comme moi, comment le lecteur aime traquer sa proie, l’approcher subrepticement, la palper, la caresser, la flairer même. Plein de trouble est cet instant où tu prends le livre avec une sorte de réserve, où tu le palpes, où tu le tournes plusieurs fois avant d’en déployer les feuillets, avec ce bruit caractéristique d’éventail, dans la moiteur d’un rayon de librairie. KANYAR se laisse approcher et sait retenir l’attention. Un beau format 18/24, que tu tiens bien en mains, une reliure efficace et souple qui ne menace pas de se désarticuler au fil des lectures, un papier ayant du corps et du grain qui sait se laisser palper et enfin une police en deux tons, noir et brun, qui flatte l’œil. Les illustrations de couverture, d’Emanuel Brughera pour le N° 1, et de Conrad Botes pour le N° 2, sont inattendues et ouvrent des portes qui parlent directement à chaque lecteur. Chaque nouvelle est annoncée par un encadré sur fond brun qui reprend une phrase du texte et annonce la tonalité. Oui, c’est un bel objet !

Dessin : Emmanuel Brughera

L’art de la nouvelle, souvent controversé, réservé à des « écrivains qui ne sauraient pas écrire un roman, qui manqueraient de souffle, voire de véritable talent », est en réalité extrêmement exigeant. La nouvelle s’avère être un genre littéraire à part entière. En quelques pages, pouvoir dire ou suggérer une « histoire », ses couleurs, son foisonnement, ses hasards, ses chutes, tout ce qu’elle a d’unique et en même temps d’universel. Dire en quelques pages la quotidienneté et la démesure, c’est le défi de la nouvelle. Et ce défi est remarquablement relevé par tous les auteurs de ces deux numéros de KANYAR. Je brûle d’envie de les citer tous, mais je ne le ferai pas, soucieuse de vous donner le plaisir d’aller à la rencontre de chacun d’entre eux.

« Des rues du quartier du Chaudron à l’Ile de La Réunion à celles de Tuléar à Madagascar, des trottoirs de Salvador au Brésil à ceux de Dakar au Sénégal, d’une route nationale à l’autre, d’une plage de l’Océan Indien à la Côte d’Azur, d’un sous-bois des bords de la mer Noire à la jungle entourant le fleuve Congo, KANYAR a l’ambition folle et modeste d’embrasser les singularités du monde, d’où qu’elles viennent et quelle que soit la langue dans laquelle elles souhaitent nous, vous parler.
KANYAR a l’espoir de partager avec vous le goût de lire et d’écrire de la littérature, convulsive ou sage, sur un support toujours aussi révolutionnaire : Le papier.
 »

Izabel

KANYAR SUR LE NET !

La bibliothèque de la Montagne organise une soirée autour de la revue KANYAR le vendredi 21 février à partir de 19 heures. Nous aurons le plaisir de lire ensemble des extraits de ces nouvelles qui nous conduisent aux quatre coins du monde. Vous êtes invités à embarquer avec nous.
Izabel

  • Jean-Christian s’affala sur un bac à fleurs sans fleur, devant un parc sans pelouse et des rues sans trottoir. Emmanuel Genvrin, « Tulé ! Tulé ! ».
  • Mon visage dut montrer une stupéfaction encore plus grande parce qu’il s’est approché et m’a longuement dévisagé en silence. Pierre-Louis Rivière, « Double salto arrière ».
  • Elle ne bronzait pas sur cette île, elle brûlait, elle gonflait. André Pangrani, « Une îe, immonde ».
  • Les secrets n’étaient pas cachés : ils attendaient que quelqu’un ait envie de ranger la bibliothèque. Marie Martinez, « Plaid ».
  • Je vais rentrer chez moi dans mon petit pavillon, celui que j’avais choisi pour qu’on y soit heureux, qu’on y fasse des enfants et que je tonde la pelouse le samedi. Emmanuel Gédouin, « Nationale 4 ».
  • On entend beaucoup de voyageurs excuser leur vice par un appétit de rencontres, comme si c’était une vertu que de plaquer les siens pour aller fatiguer les autres. David-Pierre Fila, « Dakar blues ».
  • C’est bien parce que je ne sais pas, que je peux le dire (Sarah Bernhardt). Bertrand Mandico, « La méthodologie du jeu d’acteur ».
  • Elle a des cheveux courts, le corsage blanc, la jupe en Vichy, ses ballerines sont comme des ailettes sur les flancs du scooter. Edward Roux, « Les garçons ».
  • Je devrais aller m’asseoir dans un coin pour m’observer moi-même, mon être malfaisant, pour observer les errances de mon esprit, comme dans un cirque. Elina Lowensohn, « Longing / Désir ».
  • Jésus-Christ, habillé d’une courte et vilaine robe noire, parla encore longuement dans une langue que nul, cette fois, n’avait jamais entendue. Xavier Marotte, « Le pouvoir de Cordélia ».
  • Il n’y avait plus de pièces autour de moi, elles s’étaient infiltrées dans mon corps. Cécile Antoir, « Chambre verte ».
  • La France, ce devait être une blague. André Pangrani, « Un galet dans le pare-brise ».
  • Quand je me réveille en pleine nuit, au milieu des oignons, en équilibre instable sur le toit du canot qui file, imperturbable, sur l’eau, je ne sais plus où je suis. Olivier Appollodorus, « Le prophète et la miss de l’Equateur ».

  • Partir aux Kerguelen lui a semblé l’idée la plus magnifiquement romantique qu’il ait jamais eue. Olivier Appollodorus, « La désolation ».
  • Le brun doux de sa peau rappelait irrésistiblement l’île lointaine mais c’était surtout son patronyme qui attirait la curiosité. Pierre-Louis Rivière, « Novela ».
  • Je suis entré en premier dans la maison, la tête prête à exploser, les yeux mi-clos, le dos courbé comme si j’étais en train de cuver les quinze dernières années de ma vie. Emmanuel Gédouin, « Un orage ».
  • Je n’aime pas regarder en arrière, mais c’est plus fort que moi : les souvenirs débarquent tout seuls dès que je m’arrête. Marie Martinez, « Train ».
  • Allongé sur le dos, Anacharsis tenta de retrouver le goût d’un jeu d’enfance, s’imaginant, en pensées fort réalistes, marcher au plafond de la chambre pour gagner le couloir. André Pangrani, « Pioupiou ».
  • Sa trogne de pomme cuite s’était illuminée, comme pour une dernière fois, quand il avait commencé son histoire. Nicolas Deleau, « Encore un verre de liqueur ».
  • Au début René filait à toute berzingue, Mim accrochée à son blouson. Emmanuel Genvrin, « La terrible madame Alloume ».
  • Septembre était passé sans se faire remarquer et l’automne s’installa dans la maison avec la mort d’un énorme insecte. Pilar Adon, « El fumigador / Le désinsectiseur ».
  • Le long de la rampe invisible d’un vent nerveux, se promenaient d’un pas assuré des jeunes filles au manteau fourré et à la jupe courte, et des gars à l’air content sous un joli petit béret de cuir noir. Xavier Marotte, « Histoire d’Eladd ».
  • La puissance de sa pensée m’avait pénétré si profondément que j’aurais éprouvé de réelles difficultés à démêler ses idées des miennes. Antoine Mériau, « De la volonté ».
  • Les chiens du voisinage, amnésiques, nous reniflent comme des inconnues. Marie-Jeanne Bourdon, « Lou ».
  • L’histoire continue d’advenir autour de leurs deux corps allongés mais il n’entend pas son fracas dément. Matthieu Périssé, « Les pivoines ».
  • Les mouvements faisaient partie de l’écriture. Cécile Antoir, « Vacance ».
  • Il a commencé à attraper des bocaux de rollmops et à les jeter à travers la boutique, tout en ne trouvant rien de très gentil à dire sur la maman du prophète, ni d’ailleurs, touchant œcuménisme, sur celle de Jésus-Christ. Jean-Christophe Dalléry, « Borrussia Daressalam ».

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