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Ibrahim Gourouza-Magagi, diplomate nigérien

« Les islamistes sont hyper-minoritaires au Niger »

27 janvier 2015
Geoffroy Géraud Legros
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« On ne discute pas avec des terroristes illuminés », déclare Ibrahim Gourouza-Magagi, à « 7 Lames la Mer » après les violences qui ont frappé les villes de Niamey et Zinder. S’il estime indispensable une réponse « sécuritaire » immédiate contre les manipulations sectaires, le jeune diplomate nigérien plaide pour un nouveau modèle de développement et de partage des richesses. Une urgence, pour un pays que le chômage des jeunes transforme en véritable « baril de poudre ».

Ibrahim Gourouza-Magagi : "Le vrai problème sous-jacent, le problème fondamental du Niger, est un problème de développement". Photo 7 Lames la Mer

Geoffroy Géraud Legros  : Alors que le Niger est réputé comme le lieu d’élection d’un Islam tolérant, les médias nous ont montré toute la semaine dernière un pays submergé par la radicalité religieuse. Où est la vérité ?

Ibrahim Gourouza-Magagi : Tout d’abord, je tiens à condamner fermement les pertes en vies humaines ; je présente mes condoléances aux familles éplorées. De tout temps, le Niger a été un pays de paix où les populations, les groupes ethniques, les culturels et religieux ont cohabité dans la paix. Les évènements de ces derniers jours ne reflètent absolument pas une quelconque radicalisation de notre société. Je les interprète plutôt comme un mouvement de colère, de la part d’une jeunesse désœuvrée et laissée à l’abandon, pour laquelle nous n’avons pas su créer les conditions de l’épanouissement et du bien-être auxquels elle a légitiment droit. Le vrai problème sous-jacent, le problème fondamental du Niger, est un problème de développement. Ces jeunes sont manipulés : manipulés par une minorité sectaire, islamiste, qui a trouvé dans l’actualité un prétexte à ses entreprises de déstabilisation : les caricatures du Prophète.

Geoffroy Géraud Legros  : Que vous inspirent, justement, ces caricatures ?

Ibrahim Gourouza-Magagi : Pour ma part, je condamne évidemment toutes les caricatures blasphématoires du prophète (PSL). La foi n’a rien à voir avec le terrorisme et la violence illégitime qui s’expriment en son nom, à Paris et ailleurs. Tous ceux qui ont un minimum d’honnêteté et d’humanité savent faire la différence. Vouloir nuire aux autres, vouloir les blesser et les rabaisser en toute connaissance de cause, est-ce là, vraiment la quintessence de la liberté d’expression ?

Ibrahim Gourouza-Magagi : "Force est de constater que le remède dans le cas libyen a été pire que le mal".

Geoffroy Géraud Legros  : Qu’est-ce qui pousse ces jeunes gens, dont beaucoup n’arborent aucun des attributs vestimentaires adoptés par les « djihadistes », à commettre des actes de violence ?

Ibrahim Gourouza-Magagi : Je constate que vous avez vous aussi remarqué que ces jeunes n’ont évidemment rien d’islamistes radicaux, ne serait-ce que dans leur apparence. C’est effectivement ce qui devrait sauter aux yeux de n’importe quel observateur impartial. La plupart des émeutiers arborent plutôt le look qu’affectionne n’importe quel jeune « branché » africain. Ces actes de violence sont le résultat d’une frustration de jeunes gens privés de réelles perspectives. Le chômage des jeunes est, au Niger, une véritable bombe à retardement. Nous sommes assis dessus : 2/3 des 17 millions de Nigériens ont moins de 25 ans. 80% de cette frange de population est au chômage. On ne s’occupe pas d’eux et, la nature ayant horreur du vide, ils s’occupent d’eux-mêmes…

Geoffroy Géraud Legros  : Lors de notre précédent entretien, vous souleviez les dangers qui guettaient le Niger, lieu de passage des troupes fondamentalistes qui attaquaient le Mali en partant de la Libye voisine. Pensez-vous que le Niger paie aujourd’hui le prix de la crise libyenne ?

Ibrahim Gourouza-Magagi : On parle tous les jours du « Califat » proclamé en Irak et sur une partie de la Syrie. On parle beaucoup moins du « Califat » proclamé à Benghazi en août dernier par Ansar-Al-Shari’a, sur les ruines d’un État. Force est de constater que le remède dans le cas libyen a été pire que le mal. Il n’existe plus d’État central en Libye, dont la partie sud est devenue un véritable sanctuaire pour groupes terroristes, qui y sont comme des poissons dans l’eau. Il faudrait que ceux qui ont cassé la chaudière reviennent la réparer !

Cette image a fait le tour du net, reprise par de nombreux sites. (AFP) "Ces actes de violence sont le résultat d’une frustration de jeunes gens privés de réelles perspectives", estime Ibrahim Gourouza-Magagi.

Geoffroy Géraud Legros  : L’hypothèse d’une guerre au Niger et d’une tentative d’instaurer un État islamique vous semble-t-elle plausible ?

Ibrahim Gourouza-Magagi : Les islamistes sont extrêmement minoritaires au Niger. L’idéologie qu’ils prônent n’a rien à voir avec les valeurs de l’Islam tel que pratiqué par les Nigériens dans leur quasi-totalité. Si le calme est revenu, c’est aussi grâce aux imams, aux prêcheurs, aux hommes de bonne foi et de bonne volonté qui ont apporté la raison, le calme, l’explication. Sur le plan de la sécurité, les autorités ont pris les mesures idoines. J’ai confiance dans notre peuple et dans la capacité de résistance de notre culture.

Geoffroy Géraud Legros  : Par la richesse de son sous-sol, le Niger attise les convoitises… Celles-ci attisent-elles les appétits des mouvements ultra-religieux ?

Ibrahim Gourouza-Magagi : L’État islamique s’enrichit en Irak par le trafic d’hydrocarbures. On imagine que certains extrémistes puissent rêver d’une « rente » en uranium. Cela prouve bien qu’ils n’ont rien de religieux, il s’agit plutôt de trafiquants ultra-armés qui utilisent l’Islam à des fins criminelles. Encore une fois, j’ai confiance : sur le plan sécuritaire, les autorités nigériennes font ce qu’il faut.

Ibrahim Gourouza-Magagi : "Il nous faut en venir à de grands programmes centrés sur l’Humain : l’Éducation, la bonne gouvernance, le développement doivent être mis au centre de nos réflexions". Photo 7 Lames la Mer

Geoffroy Géraud Legros  : De quelle manière le Niger peut-il selon vous résister aux mouvements radicaux ?

Ibrahim Gourouza-Magagi : L’urgence absolue est celle d’une éducation de la jeunesse et d’un développement socio-économique inclusif. Sinon, nous allons dans le mur en klaxonnant.

Geoffroy Géraud Legros  : Est-il envisageable que ce problème africain puisse être réglé par les Africains eux-mêmes ?

Ibrahim Gourouza-Magagi : Nous disposons des instruments nécessaires. Je pense notamment à la Force africaine en attente dans le cadre de l’Architecture de paix et de sécurité africaine (APSA). L’APSA représente le système de sécurité collective de l’Union Africaine. Mais en Afrique il existe aujourd’hui un grand décalage entre discours et mise en œuvre.

Geoffroy Géraud Legros  : Quels sont selon vous les éléments d’une sortie de crise ?

Ibrahim Gourouza-Magagi : À court terme, la réponse doit être sécuritaire : tout simplement parce que l’on ne peut pas discuter avec des terroristes illuminés. Pour cela il faut renforcer les capacités de nos forces de défense et de sécurité. Celles-ci, il faut le dire, ont été littéralement décapitées par les programmes durs d’ajustements structurels auxquels nous ont soumis les bailleurs de fonds internationaux pendant des décennies. À long terme, il nous faut en venir à de grands programmes centrés sur l’Humain : l’Éducation, la bonne gouvernance, le développement doivent être mis au centre de nos réflexions.

Propos recueillis par Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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