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Cacao

Les enfants enchaînés du chocolat

11 juin 2016
7 Lames la Mer
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« Succomber à une côte de chocolat » : la formule convenue prend un sens macabre pour qui recherche l’origine des carrés, tablettes, rochers et bouchées encombrant nos réfrigérateurs. Les bambins du Nord attendent le lapin de Pâques ; dans le Sud, des enfants crèvent dans l’enfer d’un or noir méconnu : le cacao.

Enfant travaillant sur une exploitation de cacao... avec un sabre. Photo : "Make Chocolate Fair UK"

Le travail — voire l’esclavage — des enfants n’appartient pas au passé. Aux États-Unis, dans les champs de tabac, exposés aux pesticides, aux émanations toxiques des plants de tabac, des enfants, contraints d’utiliser des outils dangereux, tombent malades, se blessent ; ils sont sous-payés et astreints à des horaires ne respectant aucune législation. Leurs témoignages sont particulièrement bouleversants — « 7 Lames la Mer » a reproduit quelques-uns d’entre eux il y a quelques années.

Autre Moloch dévoreur de vies enfantines : l’industrie du chocolat — troisième marché alimentaire mondial après le café et le sucre — loin d’être exempte de tout reproche. Il est en effet de notoriété publique que la filière du cacao repose en partie sur le travail des enfants.

Enfant travaillant sur une exploitation de cacao : les lourdes charges à soulever et à transporter...

« Plus de 2 millions d’enfants sont aujourd’hui impliqués dans la filière cacao à l’échelle mondiale », rapporte une étude menée par « Basic » (Bureau d’analyse sociétale pour une information citoyenne), commanditée par la « Plateforme pour le commerce équitable » et rendue publique il y a quelques jours.

Intitulée « La face cachée du chocolat », cette étude s’intéresse principalement à deux cas de figure : la Côte d’Ivoire, 1er producteur mondial de cacao, et le Pérou.

La filière cacao est alimentée par environ 5 millions de producteurs qui vivent pour la plupart en dessous du seuil de pauvreté — moins de 2$ par jour. La majorité des exploitations sont des parcelles de moins de 10 hectares fonctionnant comme de petites entreprises familiales.

Afin de faire face à la pression sur les prix du marché international, les petits exploitants ont recours à diverses stratégies. Pour augmenter leur rendement, ils utilisent des produits chimiques et contribuent ainsi grandement à la déforestation, avec les conséquences dramatiques que l’on peut imaginer sur l’environnement (pollution des sols et de l’eau...).

Afin de demeurer compétitifs, ils réalisent des économies notamment sur la main-d’œuvre en « enrôlant de force » des enfants qui, la plupart du temps, ne reçoivent « ni salaire, ni éducation ».

En 2002, on comptait entre 5.000 et 10.000 enfants enrôlés de force pour travailler dans les plantations de cacao pour la seule Côte d’Ivoire.

Pris au piège de la mondialisation — le cacao est une denrée vedette de la bourse —, les petits producteurs sont engagés dans une course folle qui les laisse la plupart du temps exsangues, exposés à la précarité, aux « dégradations sociales et environnementales ».

Lorsque vous achetez une tablette de chocolat, seulement 7% de sa valeur revient au producteur si elle provient de Côte d’Ivoire — cette part monte à 13% pour le chocolat péruvien.

La multiplication des intermédiaires et la mainmise de quelques géants de l’industrie agroalimentaire mondiale sur la filière cacao-chocolat dictent des règles économiques qui ôtent toute marge de manoeuvre aux petits producteurs.

La « Table Ronde pour une économie cacaoyère durable » (RSCE : Roundtable for a Sustainable Cocoa Economy) admet les faits : « contrairement à ce qui était espéré, la libéralisation de l’industrie du cacao des années 1990 n’a pas abouti à une concurrence accrue entre les clients des producteurs. Les petits producteurs de cacao sont à la base d’une chaîne de valeur mondiale orientée au profit des acheteurs, dans laquelle le pouvoir est fortement concentré entre quelques multinationales ».

Face à une opinion publique de plus en plus sensible aux enjeux éco-citoyens et durables, confrontés à une contestation accrue du travail des enfants, les industriels du chocolat tentent d’améliorer leur image — sinon leurs pratiques — en imposant aux producteurs des « certifications durables et équitables » censées garantir aux consommateurs le respect de certaines règles...

Si ces certifications ont contribué non seulement à structurer mais aussi à améliorer les chaines d’approvisionnement et de production du cacao-chocolat, en revanche, elles n’ont malheureusement eu que peu d’influence sur les violation des droits de l’homme et des législations protectrices de l’environnement.

Pour preuve, la filière équitable ne représentait en 2010 que 1% de la production mondiale de cacao. Vous reprendrez bien un carré de chocolat ?

7 Lames la Mer

Cacao-chocolat : saviez-vous que...
  • 2001 : le protocole Harkin-Engel — appelé « protocole du cacao » — entendait agir contre le travail infantile en Afrique de l’ouest.
  • 2005 : les firmes internationales « Nestlé », « Cargill » et « ADM » sont poursuivies en justice par 3 Maliens, anciens enfants-esclaves ; plus récemment et dans le même registre, « Nestlé », « Mars » et « Hershey » ont été poursuivis dans le cadre d’un recours collectif dénonçant le travail des enfants et dans des conditions jugées dangereuses : manipulation de machettes et de produits chimiques, etc.
  • 2013 : 4 millions de tonnes de chocolat écoulées dans le monde, soit une augmentation de 32% en 10 ans (14.000 tonnes en 1830 ; 500.000 dans les années 1920, 2,5 millions de tonnes dans les années 1980).

Quelques sources :

7 Lames la Mer

Réalités émergentes Réunion, Océan Indien, Monde.
Presse, Edition, Création, Revue-Mouvement.
Facebook, Twitter.

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