Categories

7 au hasard 5 mars 2013 : « On n’est pas des singes, on ne nous jette pas de pistaches par la grille » - 14 juillet : La Réunion/Québec : « Ce n’est pas tous les jours que j’entends de telles paroles » - 4 février 2016 : Voeux de Didier Robert : deux phrases et quelques fautes... - 1er juillet 2016 : Port-Louis : cette vieille baraque a la baraka ! - 1er juillet 2013 : Obama à Robben Island... - 19 septembre 2014 : La guerre Cilaos, pareil inn guerre de cent-an - 1er novembre 2015 : Germinal : pocpoc ou pas pocpoc ? - 13 septembre : « Vous êtes lamentable, Monsieur » - 19 juin : James Baldwin : « Je ne suis pas votre nègre » - 22 novembre 2014 : Quand le secrétaire départemental du FN était condamné « pour des agissements contraires aux mœurs »… -

Accueil > Interviews > « Les enfants de la Martinique deviennent lucides »

Gilles Dégras, de bondamanjak.com

« Les enfants de la Martinique deviennent lucides »

11 décembre 2015
Geoffroy Géraud Legros
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

Notre partenaire, Gilles Dégras, responsable du site bondamanjak.com, livre son analyse suite au premier tour des élections régionales en Martinique. Il dénonce pêle-mêle, et non sans humour, les outils électoraux mobilisés par le président-sortant-candidat, Serge Letchimy, les promesses, les affaires et le moonwalk de la Justice, la corruption... Et fonde ses espoirs sur l’alliance historique du MIM et de la nouvelle droite.

Gilles Dégras, fondateur et journaliste emblématique du site bondamanjak.com

Geoffroy Géraud Legros : Serge Letchimy arrive en tête du scrutin avec 9 points de plus qu’Alfred Marie-Jeanne. Cela était-il attendu ? Comment analysez-vous ce résultat ?

Gilles Dégras : Le président du Conseil régional de la Martinique est au pouvoir depuis 5 ans. Ce n’est pas négligeable. Via des outils électoraux, il a mobilisé ses forces dès le premier tour. Donc ce score n’est pas étonnant. Le taux d’abstention n’est pas une bonne nouvelle pour lui à l’orée du deuxième tour car il avait mobilisé ses troupes et sa machine électorale pour une victoire au premier tour .

Geoffroy Géraud Legros : Donc selon vous, la liste de Serge Letchimy a réalisé le plein de ses voix.

Gilles Dégras : Oui... plus ou moins. Autrement... les morts devront voter.

Geoffroy Géraud Legros : Vous évoquez des « outils électoraux ». Pouvez-vous préciser...

Gilles Dégras : La stratégie de Serge Letchimy passe surtout par « l’achat » de plusieurs maires. 23 environ. Beaucoup de promesses. Des postes de sénateurs... De l’argent... Des journalistes « embed », des gens qui « logent » à la même enseigne.

Geoffroy Géraud Legros : À La Réunion, le débat s’est cristallisé sur les questions liées à l’aménagement du territoire en général, et sur la Nouvelle route du Littoral en particulier. Quel a été l’enjeu central de la campagne en Martinique ?

Gilles Dégras : La promesse... « Ensemble Pour Une Martinique Nouvelle » n’a pas été tenue. Il n’y a rien de nouveau en Martinique, à part une économie en panne, un chômage durable et une qualité de vie en berne. Et Serge Letchimy en grand apnéiste ment plus qu’il ne respire. Le grand chantier, c’est un changement politique souhaité. En 2010, il avait fait moult promesses. 5.000 emplois. Après 2009, les plans de relance ont été des pansements sur des jambes de bois. Le lycée Schoelcher est en travaux et même des chantiers de la précédente mandature ne sont pas livrés. Notamment le TCSP.

Geoffroy Géraud Legros : Votre position vous permet de comparer les terrains réunionnais et martiniquais. Le clientélisme, qui a dans notre île pesé d’un poids sans doute sans précédent depuis les années 1970 lors de ce premier tour, est-il aussi important en Martinique ?

Gilles Dégras : La Martinique n’échappe pas aux affaires. Certains viennent pour se servir et non pour servir. Moult politiques vils sont impliqués et non des moindres. Seul hic, la justice prend des cours intensifs de moonwalk. On sent que le pouvoir socialiste est expert dans les systèmes de freinage judiciaire. Le cas du Ceregmia lié à l’Université des Antilles est un modèle du genre. 10 millions d’€ dans la nature ou dans des poches obscures. La corruption n’est pas une spécificité réunionnaise. Ça rassure.

Geoffroy Géraud Legros : La liste « Gran sanblé » dirigée par le leader du MIM [1] et la liste « Ba péyi-a an chans », étiquetée « Les Républicains », ont annoncé leur fusion. Vous qualifiez cet accord d’« historique ». Pourquoi ?

Gilles Dégras : C’est un accord important, qui sera historique ce dimanche 13 décembre 2015. Des indépendantistes et des gens de droite qui mettent leurs idées, leur vision de la vie de la cité ensemble c’est rare. Cette démarche au-dessus des partis est louable voire inévitable. La Martinique a de la chance. Ses enfants deviennent lucides et responsables. Il était temps. Ce que l’on peut appeler ici la « nouvelle droite » exprime un réel besoin de couper le cordon ombilical parisien sans remettre sur la table la question statutaire. Yan Monplaisir est un entrepreneur. Le fait économique n’est pas pour lui une invention de l’esprit.

Geoffroy Géraud Legros : Comment la montée du FN en France est-elle perçue aux Antilles ?

Gilles Dégras : Le FN a encore une dimension pigmentaire chez nous. 1973 suffrages en Guadeloupe, moins que ça en Martinique. Il faudra s’inquiéter à 5%.

Propos recueillis par Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

Notes

[1Mouvement indépendantiste martiniquais

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter