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Tribune Libre de Raymond Lauret

Les bienheureuses fragilités de la vie

6 avril 2017
Raymond Lauret
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Les confidences de Gérard et de David m’ont marqué. Car il se trouve que j’ai bien connu ces deux garçons lorsque, dans les années 1990, ils se sont lancés dans l’aventure de l’entreprenariat.

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Coeur Saignant, Le Port, début des années 1970. Pour les enfants, chaque matin, c’était la corvée du « charroyage de l’eau » avant d’aller à l’école à l’autre bout de la ville. C’est là qu’a grandi David Titus.

Cheminement dans le monde de l’entreprise


Chaque mois, le Père Stéphane Nicaise convie un certain nombre de personnes à débattre d’un sujet qui interpelle. La soirée se passe dans la salle de rencontre du Centre Saint-Ignace, Rue Ste Anne à Saint-Denis.

Ce mardi 4 Avril, Gérard Rangama et David Titus étaient invités à raconter à la soixante de personnes présentes le cheminement qui fut le leur il y a maintenant plus d’une vingtaine d’années, dans le monde de l’entreprise, avec l’appui respectivement de Jean Chatel et de Ary Grondin.

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Le Père Stéphane Nicaise

Gérard Rangama marqué par les évènements du Chaudron


J’ai été séduit — voire ému — par ce que nous ont dit ces deux derniers quand ils ont pris la parole pour souligner quelles furent alors leurs motivations pour accompagner, chacun dans sa démarche propre, le jeune qui les avait choisis pour l’aider à avancer.

Mais c’est surtout les confidences de Gérard et de David qui m’ont marqué. Car il se trouve que j’ai bien connu ces deux garçons lorsque, dans les années 1990, ils se sont lancés dans l’aventure de l’entreprenariat.

Je voudrais ici, et en quelques mots, me rappeler que Gérard Rangama était alors cadre à la Soboriz, une entreprise du Port, ville dont j’étais à l’époque un élu. Il y gagnait correctement sa vie et réunissait toutes les conditions pour accéder à des responsabilités encore plus importantes. Mais, habitant le Chaudron, il fut marqué par les évènements qui s’y déroulèrent en 1991.

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Les évènements du Chaudron en 1991, une jeunesse désespérée. "Emeute", par Rico Gatson.

Des jeunes broyés par le désespoir


Et c’est devant le spectacle de jeunes qui étaient, pour nombre d’entre eux, broyés par le désespoir qu’il décida de les rejoindre, non pas pour mettre lui aussi son quartier à feu et à sang, mais pour ouvrir des perspectives de travail.

C’est ainsi qu’a germé l’idée de ce qui deviendrait plus tard « Soleil Réunion » avec, au tout début, et avec l’aide des pouvoirs publics au premier rang desquels le Conseil Régional, l’accompagnement de jeunes garçons et filles pour aller vendre, dans les moyennes surfaces en France, les produits de notre île.

Je puis en témoigner : grâce aux conseils éclairés de Jean Chatel, la réussite dépassa toutes nos espérances. Ce qui encouragea Gérard à aller plus loin. On voit aujourd’hui le beau résultat. « Soleil Réunion » a pignon sur rue et est une fierté réunionnaise.


Coeur Saignant : des taudis, sans eau ni électricité, ni routes


Le parcours de David Titus est tout autre. C’est au Port qu’il a grandi, dans le bidonville du Coeur Saignant, là où des centaines de familles vivaient à l’époque dans des taudis, sans eau ni électricité et ni routes, dans la poussière et entourées de « pied’bois d’lait » et « d’zépinard », avec pour les enfants, chaque matin, la corvée du « charroyage de l’eau » avant d’aller à l’école à l’autre bout de la ville. 

C’est en pensant à ces temps qu’ont vécu ses parents et lui-même que David voulut s’en sortit. À la « Ruche » des Orphelins et Apprentis d’Auteuil, à la Montagne, il fut marqué par un de ses profs, Ary Grondin, ancien d’Auteuil lui-même. Il s’accrocha et sut s’imposer pour réussir. Les chemins de l’Université s’ouvrirent à lui.

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Shanghai par PierreSelim

La vie est faite aussi de « bienheureuses fragilités »


Je me rappelle de l’anecdote suivante. J’étais à Shanghai, en compagnie de trois autres réunionnais : David et deux amis d’origine chinoise. Nous avions appelé un taxi pour nous rendre à un important rendez-vous.

Une fois dans la voiture, et dans la langue du pays, le chauffeur nous demanda où nous voulions nous rendre. C’est David qui lui répondit, dans un « chinois » tout ce qu’il y a de plus parfait. Je ne vous décris pas l’étonnement de notre chauffeur !

Gérard et David ont tous deux réussi leur pari. L’un avec la forte volonté d’être une bouée de sauvetage pour ceux de son quartier d’origine. L’autre avec la certitude qu’il pouvait être une bouée d’approche pour ceux qui ont beaucoup trop de flou dans leurs perspectives. Tous deux ont eu à affronter des situations difficiles, portés qu’ils étaient par la conviction que la vie est faite aussi de « bienheureuses fragilités ».

Pour avoir choisi de nous montrer que les bons combats passent aussi par là, le Père Stéphane Nicaise a droit à nos chaleureux remerciements.

Raymond Lauret

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