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Océan Indien

Les Africains de l’Inde jouent aussi du bobre

17 juin 2016
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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Un groupe de musiciens avec un joueur de bobre sur la gauche... Cette illustration datée de 1887 montre une scène qui se déroule en Inde mais les personnages sont tous africains. Voici l’histoire de ces Africains-Indiens.

Des recherches scientifiques (notamment l’archéologie et la génétique) ont permis de déterminer qu’il y a environ 50.000 à 60.000 ans, une vague de migration d’Africains s’est propagée à travers l’océan Indien, vers l’orient et l’Asie.

Au Gujarat (Inde), une communauté de descendants d’esclaves arrachés à la côte Est de l’Afrique au 12ème siècle, perpétue une musique et une danse typiques du continent africain. Avec un malunga, sorte de... bobre.

Les Sidis [1] sont des descendants d’Africains — originaires principalement de l’Afrique de l’Est — arrivés à partir du 12ème siècle sur le sous-continent indien. Commerçants, marins, mercenaires, engagés, ils étaient le plus souvent vendus comme esclaves-soldats dans les différents états princiers de l’Inde.

Malik Ambar, un "misérable esclave", protecteur du royaume de Decan (Inde).

Parmi les tâches auxquelles ils étaient astreints, on notera celle-ci assez singulière : goûter la nourriture des maharajahs pour les protéger contre les tentatives d’empoisonnement.

Certains de ces esclaves ont connu une ascension sociale et ont fondé des dynasties. Le plus célèbre se nommait Malik Ambar (1549 – 1626) [2], guerrier-esclave arrivé en Inde au cours du 16ème siècle et propulsé à de hautes fonctions.

D’autres ont fui la servitude, créant des communautés de marrons au milieu des forêts. Ce peuple va répondre à son déracinement par le recours aux forêts ; s’il a adopté le mode de vie du sous-continent, il perpétue sa culture africaine : scandé au rythme des instruments des origines, le chant « nous vivons dans la forêt / nous sommes ceux de la forêt » accompagne danses et rituels.

Sidis de Bombay. Illustration : MV Dhurandhar, "The Ways de Bombay", 1912.

C’est pour continuer de peupler cette forêt libératrice qu’ils doivent aujourd’hui se battre contre les fléaux du monde moderne.

Présente depuis environ 9 siècles, la communauté sidi constitue certainement la partie la moins bien connue de la diaspora africaine qui peuple l’Inde et le Pakistan ; principalement établis dans le Gujarat, 30.000 à 60.000 Sidis se distinguent par leur pratique du soufisme.

Quelques-uns pratiquent aussi l’hindouisme et la religion catholique ; le culte de Bava Gor, un saint musulman d’origine africaine, arrivé en Inde au 14ème siècle, est souvent associé aux Sidis.

"Sidi Goma". © Lois Greenfield 2004

Un certain nombre de Sidis convertis au christianisme auraient été envoyés au cours du 20ème siècle à l’île Maurice, aux Seychelles et au Kenya avec l’appui des missionnaires chrétiens.

Les Sidis n’ont pas gardé de contacts directs avec l’Afrique, mais ils usent bien souvent de termes swahili lorsqu’ils s’expriment en Gujarati, en Ourdou, ou en Konkani... dont le fameux « Hakuna Matata » (Il n’y a pas de soucis).

Les femmes sidis confectionnent des couvertures faites de petites pièces de tissus qui ressemblent aux tapis mendiants de l’Afrique de l’Est... et de La Réunion.

Comme les tapis mendiants de la Réunion... Les Sidis confectionnent de lumineux patchworks. Source : henrydrewal.com

Mais ce sont la musique, les instruments typiques comme le bobre, appelé « malunga » (berimbau), les chants sacrés, la danse et des rituels de transe qui relient encore les Sidis à leur africanité.

Aujourd’hui, les Sidis s’organisent pour faire connaître leur culture à travers le monde.

Des groupes de musiciens-danseurs-chanteurs commencent à percer tels que « Dhamal Sidi », « Sidi Sufis », « Gujarati Sidis », et surtout « Sidi Goma », formation composé de quatre musiciens (percussionnistes et chanteurs) et de huit danseurs.

"Sidi Goma". © Lois Greenfield 2004

« Goma », c’est le nom de la danse (aussi appelée « Dhamaal ») des Sidis. Ce nom viendrait de « Ngoma », mot d’origine bantoue qui désigne un tambour.

La danse « Goma » prend aussi une dimension spirituelle : en phase de transe, les danseurs seraient habités par les âmes des saints sidis.

A gauche, le joueur de malunga, très proche cousin du bobre de La Réunion. Source : MailOnLineIndia

« Nous peuplons poétiquement le monde », écrivait Hölderlin ; dans l’Inde, dans l’Afrique, dans le coeur de l’océan Indien et de La Réunion, l’âme des marrons chante : « nous vivons dans la forêt, nous sommes ceux de la forêt ».

Nathalie Valentine Legros et Geoffroy Géraud Legros

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

Notes

[1L’origine du mot « sidi » n’est pas clairement établie ; il pourrait venir du mot arabe « sayyidi » signifiant seigneur, ou du mot « saydi » qui désigne un prisonnier de guerre.

[2Né en Éthiopie, Malik Ambar est vendu comme esclave par ses parents alors qu’il est encore enfant. Il arrive en Inde comme esclave et se fait remarquer par Changez Khan, Premier ministre du royaume d’Ahmednagar au Deccan. « Le temps de l’initiation rompu dans la douleur, il deviendra tour à tour proscrit, mercenaire, aristocrate en bonne intelligence avec l’ennemi, chef d’Etat admiré pour son ouverture d’esprit », précise la cinéaste-anthropologue, Eliane de Latour.

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