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Zistoir déor

Le village aux quatorze chats

7 juillet 2013
Jean-Claude Legros
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Certains surveillent la rue du haut d’un toit, d’autres somnolent sur le rebord d’une fenêtre quand ils ne s’amusent pas à grimper sur les murs. Ils sont quatorze en tout à "veiller" sur le village de La Romieu. Quatorze chats de pierre. Tous chats d’Angéline qui ont sauvé les villageois de la disette et des rats au quatorzième siècle. Histoire vraie...

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Ceci est une histoire vraie. Si vous partez de Rocamadour, dans le Lot, ou de Vézelay, dans l’Yonne, pour faire le pélerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne, vous passerez par un village qui s’appelle La Romieu. Cette bastide de 570 habitants fut fondée vers 1062 par deux moines qui revenaient d’un pélerinage à Rome (d’où le nom de La Romieu). Il se situe en Gascogne, dans le département du Gers, pays du foie gras et du poulet fermier, entre Agen, Tarbes et Toulouse. Ce village est d’abord connu pour sa collégiale et son cloître qui y furent édifiés au quatorzième siècle et qui ont été classés au Patrimoine Mondial de l’Humanité par l’Unesco.

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Mais depuis quelques années La Romieu est célèbre pour tout autre chose. Lorsque vous entrez dans le village (à pied) vous serez surpris de découvrir sur les murs des maisons de la rue principale des chats sculptés dans la pierre. C’est l’oeuvre d’un sculpteur d’Orléans, Maurice Serreau. Il y a exactement quatorze chats en pierre.

C’est l’Office du Tourisme qui vous précisera ce nombre (sinon vous risqueriez d’en manquer quelques uns), vous laissant le soin de les découvrir par vous-même. Comptez une bonne demi-heure pour les trouver. Certains surveillent la rue du haut d’un toit, d’autres somnolent sur le rebord d’une fenêtre quand ils ne s’amusent pas à grimper sur les murs. C’est à un véritable jeu que se livrent les touristes qui montent, qui descendent, qui traversent pour repérer les quatorze chats.

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Qu’est-ce qui amena Maurice Serreau à réaliser ce théâtre de pierre ? Une légende qui remonte au quatorzième siècle, vers l’année 1338, vingt ans après la construction de la collégiale. Cette légende est celle d’Angéline et de ses chats. Dans le village vivaient paisiblement Vincent et Mariette. Ils étaient heureux.

Vincent était bûcheron et sa femme Mariette l’accompagnait dans la forêt pour ramasser du petit bois dont elle faisait des fagots pour l’hiver. Le travail était dur. Vincent et Mariette élévaient des volailles, des cochons et cultivaient des légumes et des fruits. Ils n’étaient pas riches, mais ils avaient à manger.

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Au bout de trois ans de mariage Mariette mit au monde une petite fille qu’ils baptisèrent Angéline. Vincent et Mariette étaient comblés. Hélas un jour dans la forêt, Vincent s’était attaqué à un arbre majestueux. Malheur ! L’énorme tronc est tombé sur lui. Vincent fut écrasé et mourut. Mariette fut inconsolable. Elle perdit l’appétit, elle tomba malade et mourut à son tour deux mois plus tard. On la retrouva allongée dans son lit, avec le bébé dans ses bras.

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Angéline fut recueillie par des voisins et fut élevée comme les autres enfants de la famille. Angéline aimait les chats. Il y en avait toujours deux ou trois qui la suivaient partout. Ils mangeaient dans son assiette, ils dormaient dans son lit. Angéline grandit. Elle participait aux travaux ménagers et aux travaux des champs.

En 1342, l’hiver fut très rude. Il en fut de même pendant les deux années suivantes. Le printemps et l’été qui suivirent furent tellement pluvieux qu’il était impossible d’ensemencer les champs : la terre était boueuse, gorgée d’eau.

Plus de semences, plus de récoltes, la disette s’installa. Les habitants de La Romieu n’eurent bientôt plus rien à se mettre sous la dent. C’est alors qu’ils pensèrent aux chats. Les chats étaient nombreux, ils en firent de la gibelotte, un genre de ragoût au vin blanc. Angéline était terrifiée. Elle ne pouvait admettre qu’on se mette à manger les chats. La famille eut toutes les peines du monde à lui faire comprendre la nécessité : il n’y avait plus rien à manger.

Angéline obtint de sauver deux petits chats, un mâle et une femelle, mais à la condition qu’elle les cache aux greniers, car les gens du village n’hésiteraient pas une seconde à leur tordre le cou. Angéline les enferma donc au grenier la journée, attendant la nuit pour les lâcher dans la nature afin qu’ils puissent chasser les rats, mulots ou musareignes dans les bois avoisinants.

Lorsque tous les chats eurent été mangés, la famine fut terrible. Des habitants moururent. Angéline et sa famille adoptive allaient chaque jour dans la forêt pour y chercher des herbes, des racines, des champignons. C’était tout ce qu’il y avait à manger.

En 1345 le beau temps fut de retour. Les villageois purent de nouveau ensemencer les champs et très vite commencèrent à récolter. Mais ils furent confrontés à un autre problème : comme il n’y avait plus de chats, les rats avaient proliféré. Et les rats s’attaquaient aux récoltes. Les paysans étaient désarmés.

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C’est alors qu’Angéline fit une annonce qui laissa tout le village ébahi : les deux chats d’Angéline avaient eu plusieurs portées. Ils étaient déjà au nombre de vingt. Angéline déclara qu’elle allait lâcher ses vingt chats dans la nature et que les gens pourraient les adopter. Les rats furent rapidement chassés et exterminés. Angéline avait sauvé le village de La Romieu.

La légende dit qu’au fil des années le visage d’Angéline se mit à ressembler de plus en plus à celui d’un chat et que ses oreilles devinrent pointues comme celles des chats. Six cent cinquante ans plus tard, Maurice Serreau réalisa la mise en scène expiatoire des quatorze chats de pierre qui font aujourd’hui la renommée de La Romieu. Si un jour vous faites le pélerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, n’oubliez pas dans le Gers le village aux quatorze chats.

Jean-Claude Legros

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