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« Le vaste monde » de Pierre-Louis Rivière

« Le vaste monde »... ou la plongée dans un conte fantastique

17 juin 2014
Izabel
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Voilà un livre tel que je les aime, une sorte de récit de nulle part. Une histoire qui plonge dans la désespérance, qui jamais ne commence et jamais ne finit, dont on ne sait par quel bout il faut la prendre, et jusqu’où elle veut nous mener. « Le vaste monde » confirme un talent qu’il faut s’empresser de reconnaître, ceci d’autant plus que l’homme est infiniment discret.

Photo : Thierry Hoarau

« Je ne regrette pas d’avoir quitté » dit celui qui se nomme Zèfa K et qui commente lui-même cet étrange patronyme : « D’où ça vient un nom comme ça, mystère à bille et boule de gomme. »

« Je ne regrette pas d’avoir quitté, même si je ne peux plus bavarder tranquillement avec Masto ». Le ton est familier pour dire l’errance, les rencontres de hasard, la quête de la liberté, la plongée dans un monde chaotique et désespéré, la solitude, la désolation, l’acceptation d’une réalité inéluctable. Le ton est léger, naïf, presque joyeux : « J’ai seize ans et mes excellentes jambes sont souvent prises d’une envie irrésistible de gambader ».

Gambader, oui, mais pour aller où, dans quel pays, quelle ville ruinée, quels souterrains, quels dédales, quels labyrinthes, quels tas de gravats ? A quel niveau sommes-nous de l’espace, du temps, de l’histoire ? Nous sommes en plein récit fantastique. Et pourtant le lecteur sait que ce qui nous est dit là, sur ce ton de fausse naïveté, plonge en même temps dans notre passé le plus sombre et dans notre futur le plus barbare.

Ouvrir ce livre de Pierre-Louis Rivière, c’est pénétrer dans un temps distordu où minute et siècle se confondent, dans une vision perturbée de l’espace, dans les dédales d’une mémoire où l’obscurité est en train de s’installer, dans des lieux mal définis de dominants et de rampants, de poussière et de drogue. C’est comme entrer dans un réseau complexe où s’entremêlent le vrai, le faux, l’ancien, le nouveau, le passé et le futur. Ça donne froid dans le dos.

J’ai repensé, en lisant ce livre, à ma découverte d’Antoine Volodine et de son livre « Dondog », totalement inclassable. J’ai, ici, ce même sentiment d’approcher le réel tout en étant plongée dans un conte fantastique. L’écriture si particulière de Pierre-Louis Rivière, émaillée d’expressions familières qui rappellent La Réunion d’autrefois, s’avère à la fois nonchalante et efficace. Elle dit, par petites touches, l’essentiel : « Je ne sais plus mon âge… Mon nom aussi s’efface de ma mémoire… Lorsque je regarde mes mains, elles me semblent étrangères… Là au milieu des ruines instables, entre les dalles de béton éventrées, je la vois… »

Pierre-Louis Rivière, auteur dramatique, comédien, homme de théâtre, metteur en scène, enseigne à l’École Supérieure d’Art de La Réunion. Il a écrit en 2004 « Notes des derniers jours » qui a obtenu « Le prix de l’Océan Indien » et « Le prix du livre insulaire ».

Avec ce nouveau roman, « Le vaste monde », il confirme un talent qu’il faut s’empresser de reconnaître, ceci d’autant plus que l’homme est infiniment discret.

Izabel

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