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Croyance

Le secret de l’éléphant à la trompe baissée

29 septembre 2016
7 Lames la Mer
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Matante Clara déclara : « vous êtes là grâce à cet éléphant ».

1937 : le pavillon de La Réunion à l’Exposition internationale de Paris. © Halsman

11.000 exposants et plus de 31 millions de visiteurs en 5 mois. On est cependant loin derrière l’Exposition Universelle de 1900 avec ses 51 millions d’entrées... Cela se passe à Paris, à l’« Exposition internationale des arts et techniques dans la vie moderne », inaugurée le 25 mai 1937 par Albert Lebrun, Président de la République française.

Direction : l’île artificielle des Cygnes [1], sur la Seine, où se trouve le « Centre des Colonies ». Là, se dresse un pavillon de La Réunion dont l’architecture est signée Adolphe Dervaux.

Grâce à une description d’époque, on apprend que le pavillon de La Réunion avait un décor illustré « d’animaux et des végétaux de la colonie : fougères arborescentes, fruits tropicaux, innombrables poissons aux formes imprévues » [2].

Cette "photographie de presse" est légendée ainsi : "Exposition internationale des arts et techniques, Paris 1937 : Centre des Colonies, pavillon de La Réunion".
Au mur, des photos montrent des paysages dont les montagnes n’ont cependant rien à voir avec la silhouette des montagnes réunionnaises. Les éléphants d’ébène, (quatre grands et un troupeau de petits éléphants) disposés sur la table, représentent quant à eux un artisanat traditionnellement africain.

On n’hésite pas, à l’époque, à parler de « génie créole ». Si l’on ne veut voir dans ce dernier que « l’influence française des XVIIe et XVIIIe siècles » — exit, donc, les apports africains et luso-africains, indiens et luso-indiens, chinois, malgaches, comoriens —, le propos est néanmoins bien éloigné de la rhétorique violemment assimilationniste qui dominera le discours public après 1946.

Le terme même d’« influence » est, en cette fin de la décennie 1930 pourtant particulièrement réactionnaire, finalement en-deçà des déclarations d’un Fillon qui ne veut voir dans le processus colonial qu’un « partage » volontaire de la culture française. En 2016, la comparaison a de quoi faire réfléchir...

Gros plan sur les éléphants d’ébène photographiés en 1937 à l’"Exposition Internationale" de Paris.

Au delà de l’aspect patrimonial et historique que représentent ces photos, prises en 1937, du pavillon de La Réunion vu de l’extérieur et de l’intérieur, « 7 Lames la Mer » s’est intéressé aux éléphants qu’une photo nous montre, trônant à l’intérieur du pavillon.

Des éléphants à la silhouette si familière qu’on les croirait sortis tout droit d’un vieil album photos de famille.

En fouillant fébrilement au fond de notre antique malle en bois, où dorment sous une tranquille poussière quelques-uns des vestiges de cette Réunion disparue, nous retrouvons d’abord une vieille photo de famille montrant les mêmes statuettes pachydermiques qu’à l’« Exposition internationale » de 1937.

Sous la console, on distingue 3 éléphants. Le 4ème se trouve à gauche mais n’apparait pas sur la photo. Collection privée "© 7 Lames la Mer".

Mais la malle n’a pas encore livré tous ses trésors. Ainsi, en soulevant un vieux châle noir et brodé, nous découvrons — ô miracle — des éléphants identiques : statuettes en bois noir d’ébène, dur, plein et lourd. Certains ont perdu leurs défenses ; ils sont quatre comme sur la photo de 1937.

Un coup de chiffon et voilà nos quatre éléphants prêts à prendre la pose. Ils sont beaux, majestueux. Deux redressent leur trompe tandis que les deux autres la gardent baissée.

Une matante [3] de la famille, nommée Clara, qui repousse la camarde à coups de chapelet et de bonne humeur, nous livre alors les secrets des quatre pachydermes.

Quatre éléphants en bois d’ébène. Photo © 7 Lames la Mer.

Elle chuchote : « Quand j’étais petite, ces éléphants étaient déjà dans la famille. Je ne sais pas d’où ils venaient ni qui les avait achetés ni depuis combien de temps ils étaient là mais je les ai toujours vus au même endroit comme le montre la photo : sous la console du salon. Sur la photo, on n’en voit que trois mais ils étaient bien au nombre de quatre. Ma mémé Léona disait que les éléphants avec la trompe dressée portaient chance et favorisaient la prospérité ».

Selon notre vaillante Clara de matante créole sans âge, les éléphants à la trompe levée devaient être disposés à l’entrée de la maison, tournés vers une porte ou une fenêtre pour « barrer le chemin » aux ondes négatives : ainsi les mauvaises âmes restaient dehors et la case était protégée.

Les quatre éléphants exhumés de la vieille malle en bois. Photo © 7 Lames la Mer.

Les yeux de la vieille Clara recroquevillée comme une sensitive, se mettent soudain à briller.

« Le secret le plus important est celui de l’éléphant à la trompe baissée », confie-t-elle dans un murmure de nostalgie.

« J’en avais pris un de dessous la console pour l’installer en bonne place dans ma chambre à coucher. C’est grâce à lui d’ailleurs que vous êtes là car il a servi aussi à feue votre mémé Rose » !

C’est grâce à cet éléphant que "7 Lames la Mer" existe... Photo © 7 Lames la Mer.

Matante Clara se fait prier pour en dire plus. C’est qu’elle ménage ses effets la malicieuse. Un petit rire léger s’échappe alors de ses lèvres desséchées tandis que les secondes semblent des minutes.

« Selon la légende, un éléphant trompe en bas, bien disposé dans la chambre, était réputé très efficace pour favoriser la fertilité du couple. La légende disait vrai »...

7 Lames la Mer

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Notes

[1Pour la circonstance, l’île des Cygnes, créée en 1827, est agrandie : elles passe d’une superficie de 8.000 à 32.000 mètres carrés.

[2Source : Société pour le Développement du Tourisme.

[3Matante : tante en créole.

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