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Sable

Le sacrifice des Roches Noires

28 mai 2016
7 Lames la Mer
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Le site des Roches Noires a été amputé d’une importante partie de sa plage. Pourquoi cette mutilation ? La réponse avec quelques photos.

Il y a 70 ans... Vue aérienne des Roches Noires et de la ravine Saint-Gilles, en 1946. Source ANOM

Saint-Gilles... un coin de verdure où coule une rivière


C’est un village de pêcheurs et de planteurs, enfoui au bord de la mer. Des filaos longent la plage. On y respire l’air du grand large. Seuls le bruit des vagues et le passage du train sur un petit pont, semblent capables de perturber cette « charmante bourgade, ombragée de palmiers, ses champs couverts de canne et de maïs qui sont le rendez-vous des oiseaux : sénégalis, bengalis, becs roses, cardinaux, martins », rapporte un voyageur en 1865.

C’est un coin de verdure où coule une rivière... ou plutôt une ravine. La ravine Saint-Gilles. La vie du village s’est organisée autour de cette source d’eau douce, dans un décor luxuriant : sur les berges, on aperçoit les champs, les canaux, les plantations : coton, canne à sucre, aloès, maïs...

Les pêcheurs rentrent leurs barques et les déposent sur le sable. On jurerait que rien ne viendra jamais perturber cette vie rythmée par la pêche et le maraîchage. Et pourtant, on peut presque dire que le mal est déjà fait, même à l’époque où est prise cette photo aérienne, datée de 1946...

Ci-dessus : le port des Roches Noires, en 1965.
Cinquante ans plus tard...
Ci-dessous : le port des Roches Noires, en 2015.


« Saint-Gilles-les-Bains, cette charmante oasis... »


Le terrible processus de destruction tant du patrimoine culturel que du patrimoine environnemental est déjà engagé, au nom du développement certes mais aussi et surtout au nom du tourisme et du profit.

En 1881, Gilles-François Crestien fait la description suivante des lieux : « Saint-Gilles-les-Bains, cette charmante oasis, est appelée, dans un avenir prochain, grâce au chemin de fer qui la mettra à quelques minutes de Saint-Denis, à être le rendez-vous de tout le monde élégant colonial. (...) Saint-Gilles aura sa vogue comme Étretat et Arcachon, stations balnéaires inventées par des feuilletonistes en villégiature ».

Ci-dessus : Saint-Gilles-Les-Bains en 1882, par Antoine Roussin. Reconnaissez-vous la plage des Roches-Noires ?
Ci-dessous, le même site photographié au tout début du 20ème siècle. Source ANOM


Explosion d’une urbanisation anarchique, au béton tapageur


Le percement d’une route désenclavant le cul-de-sac de Saint-Gilles pour le relier à la ville de Saint-Paul (1863), l’arrivée du chemin de fer (1882), l’ouverture de la route en Corniche (1963), l’adduction d’eau et le déploiement du réseau électrique à la fin des années 60, la construction du théâtre de plein air (1970) ont fait de Saint-Gilles-Les-Bains un lieu de plus en plus prisé (changement d’air...).

L’organisation paisible et équilibrée des lieux — « raisonnée » dirait-on aujourd’hui — sera de fait vite bouleversée par l’explosion d’une urbanisation anarchique, au béton tapageur et arrogant, que l’on doit aux aménageurs publics et aux promoteurs privés et qui ne tardera pas à produire ses effets néfastes.

Vu sur zinfos974.com, cette photo de la plage des Roches Noires dans les années 50. On aperçoit l’église en arrière-plan. Ce cliché met particulièrement en évidence la largeur de la plage à l’époque avec l’arrière-plage engazonnée. Cette partie de la plage a aujourd’hui disparu sous l’esplanade qui la surplombe d’un côté, et la mer qui la ronge de l’autre côté.

La plage des Roches Noires, années 80. Au premier plan, la portion de plage aujourd’hui quasiment disparue. Carte postale.

La plage des Roches Noires en 2006. Photo : David Remi.


Pour avoir les pieds-dans-l’eau, on a dévasté la plage


On assiste alors à la baléarisation (Côte-d’Azurisation) de Saint-Gilles-Les-Bains et particulièrement du village des Roches Noires.

Ce bord de mer a été fragilisé et défiguré au fur et à mesure d’une urbanisation outrancière (port, esplanades, bâtiments, etc.) et qui a depuis longtemps attaqué l’arrière-plan de la plage, déstabilisant l’intégrité géologique du site des Roches Noires.

En rêvant d’avoir les pieds-dans-l’eau (bâtiments et aménagements de plus en plus proches de la plage et empiétant sur le sable...), on a dévasté une bonne partie de cette plage.

2012 : une portion de « La Croisette » des Roches Noires est emportée par la houle cyclonique.
2013 : un autre pan du mur de soutènement de l’esplanade s’effondre sur ce qu’il reste de plage...
Des travaux sont entrepris pour consolider et aménager ce bord de mer défiguré.
Photo 7 Lames la Mer.

Le site des Roches Noires aujourd’hui... Prise vraisemblablement au cours d’un épisode de marrée haute et de houle, cette photo (empruntée à un site de locations saisonnières d’où la flèche rouge qui indique l’emplacement d’un meublé) nous montre les fameuses roches noires qui donnent son nom à la plage (vestiges d’une marine servant à l’embarquement du sucre des Desbassyns), immergées à 80% (flèche jaune).


La « Côte-d’Azurisation » de Saint-Gilles-Les-Bains


Aujourd’hui, cette langue de sable des Roches Noires a quasiment disparu sous les grosses roches entassées (au premier plan de la photo ci-dessus) — et surmontées d’une promenade en bois —, aménagements qui, compte-tenu des dégâts quasi irréversibles occasionnés au site, s’intègrent au paysage, permettent de stabiliser l’esplanade et de contrer tant bien que mal les assauts des vagues.

Combinée à une érosion générale de la côte et à l’impact de quelques cyclones, cette urbanisation débridée a avalé peu à peu le sable et eu raison de l’une des plus belles plages de l’île de La Réunion.

7 Lames la Mer

Plage des Roches-Noires, années 1950.

Saint-Gilles. Dessin de E. de Bérard, d’après une lithographie d’Antoine Roussin.

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