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Il y a 120 ans...

Le Port : une jeune ville de 120 ans

22 avril 2015
7 Lames la Mer
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L’histoire commence en 1879, sur la côte nord-ouest de l’île de La Réunion. 8.000 ouvriers construisent le port de commerce et le chemin de fer. Forgerons, maçons, chaudronniers ou charpentiers trouvent là un emploi grâce à ces chantiers qui dureront sept ans. Mythiques « pionniers du désert », ils sont les premiers habitants de la Pointe-des-Galets et les ancêtres des Portois. Ils signent deux pétitions pour réclamer la transformation de leur quartier en commune. Ils obtiennent gain de cause le 22 avril 1895, il y a 120 ans. Oubli pa zot !

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Photo 7 Lames la Mer

Un petit triangle de terre avance dans l’océan. L’horizon lointain a envoyé ses navires vers la « Pointe des Galets », rejoindre l’île de La Réunion. On aborde de grands bassins : le port de commerce inauguré le 14 février 1886. En toile de fond, la silhouette de la montagne dessine le cadre d’un tableau où de petites cases fourmillent au premier plan, « maisonnettes primitives et grossières cahutes en paille ». Se reflétant dans l’eau du port, les « coquettes et gracieuses villas des ingénieurs » offrent aux marins qui débarquent, la vision du contraste qu’elles jouent avec les grands entrepôts.

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Dockers. Illustration de Térésa Small, extraite du livre "Pipit marmay Le Port, carnet d’enfance", de Patrice Treuthardt.

Ce quartier ne vit que par les activités liées au port et au chemin de fer qui attirent de plus en plus les habitants des hauts de l’île. Les pionniers qui participent à la construction de ces deux structures entre 1879 et 1886 s’installent sur place, formant l’immense quartier de bidonvilles : « Coeur Saignant ».

Le 22 avril 1895, le quartier de la Pointe des Galets est érigée en commune à part entière. Avec une population essentiellement constituée de dockers, de cheminots et d’ouvriers, la ville du Port devient le berceau du syndicalisme réunionnais et connaît dès 1936 les grandes revendications populaires soutenues par des grèves.

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La figure charismatique de Léon de Lépervanche. Illustration 7 Lames la Mer.

A la tête du mouvement syndical, un homme mène le combat : Léon de Lépervanche. Il est aussi l’un des principaux acteurs de « l’affaire du Léopard », le 28 novembre 1942. La population portoise, ce jour-là, prouve sa détermination, libérant la ville, en dépit de la présence de troupes pétainistes mises en place par le gouverneur, et pleurant trois morts à l’issue des combats.

Le 19 octobre 1945, Léon de Lépervanche est élu maire du Port.

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Extrait d’une carte de La Réunion, dessinée par Antoine Denis Selhausen, en 1793.

• 1705 : Bourbon rêve d’un port...
Pour la première fois, la nécessité de doter l’île Bourbon d’un port est exprimée par un certain M. Feuilly. Par la suite, les projets de port seront nombreux ainsi que les différents emplacements envisagés : les rades de Saint-Denis, Saint-Paul, Saint-Benoît, Saint-Leu ; les estuaires des rivières Saint-Gilles, D’Abord, Sainte-Marie, des Marsouins ; les côtes de Sainte-Rose, de l’Etang Salé et de Saint-Pierre ; la baie du Butor, le Cap Lahoussaye, l’étang de Saint-Paul…

• 1797 : La « Pointe des Galets » est à Saint-Paul
La Rivière des Galets est le premier quartier habité de ce qui deviendra, un siècle plus tard, la « commune du Port ». Le « quartier de la Pointe des Galets » est pour l’instant rattaché à la commune de Saint-Paul.

• 1864/1960 : un siècle de Messageries Maritimes
Les paquebots des Messageries Maritimes assurent les liaisons entre La Réunion et la France. La traversée durait entre 17 et 28 jours. Des marines (pontons s’avançant vers la mer) installées tout au long des côtes de l’île servent à l’embarquement et au débarquement des passagers et des marchandises, dans des conditions parfois rocambolesques.

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Avant la construction et la mise en service du port de la Pointe des Galets, les conditions d’embarquement et de débarquement étaient rocambolesques. Ici, au Barachois, à Saint-Denis.

• 1869 : Un capitaine rêve d’un port à la Pointe des Galets
Un capitaine de frégate imagine, pour la première fois, la possibilité de construire un port à l’île de La Réunion dans le delta de la Pointe des Galets. L’idée sera reprise et développée par son frère, Eugène Emmanuel Théophile Pallu de la Barrière (homme d’affaires, capitaine de frégate).

En 1873, Eugène Pallu de la Barrière présente son projet de construction d’un port à la Pointe des Galets, projet soutenu notamment par le sénateur Alexandre Laserve mais remis en cause par un certain M. Conil, promoteur d’un projet de construction d’un port dans l’étang de Saint-Paul et par M. Jacob de Cordemoy qui défend la thèse d’un port à Saint-Denis. Mais le conseil général confie à Eugène Pallu de la Barrière la concession du delta de la Pointe des Galets pour y construire un port. Le 25 juin 1874, le Conseil général délibère et concède les travaux de construction du port de la Pointe des Galets à Messieurs Alexandre Théodore Lavalley (ingénieur civil en chef du chantier du Canal de Suez) et Eugène Pallu de la Barrière.

Le décret autorisant le creusement d’un port à la Pointe des Galets est signé à Paris le 19 août 1876. Les travaux sont placés sous la houlette de l’ingénieur Blondel. Ce décret concède à MM. Lavalley et Pallu de la Barrière la jouissance gratuite (pour 99 ans) des terrains nécessaires pour le port et le chemin de fer. La loi relative à la « création d’un port à la Pointe des Galets ainsi qu’à l’établissement d’un chemin de fer reliant le port à Saint-Benoit et à Saint-Pierre » est approuvée en juin 1877. La construction de ces deux ouvrages sera réalisée par plus de 8.000 ouvriers, sous l’autorité des ingénieurs et techniciens du CPR et de la Société du Creusot.

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Extrait d’une exposition organisée en 2006, à l’occasion des 120 ans du port de commerce de la Pointe-des-Galets.

• 1879 / 1886 : Sur la trace des Pionniers du désert
Les ouvriers engagés sur le chantier de construction du port — des Réunionnais mais aussi des Indiens, des Malgaches, des Egyptiens, des « Somalis »... — s’installent sur place dans des paillotes et des baraquements sommaires et constituent un « embryon urbain ». Baptisés les « pionniers du désert », ils creusent les bassins, construisent les jetés avec la grue Titan — engin à vapeur de 300 tonnes — travaillant sans relâche même la nuit (travail de nuit jusqu’en 1883).

Le chenal d’entrée est long de 100 mètres sur 80 mètres de large avec une profondeur de 42 mètres. L’avant-port mesure 350 mètres sur 250 mètres de large et 8 mètres de profondeur. Le port s’étend sur 400 mètres de long et 60 de large avec toujours une profondeur de 8 mètres. Le matériel utilisé a servi auparavant à creuser la canal de Suez.

Les ouvriers sont nombreux à perdre la vie sur ce chantier gigantesque : insolations, épidémies, accidents. Artisans de la naissance d’une ville, ils seront aussi à l’avant garde de l’évolution sociale de l’île et marqueront l’éveil du syndicalisme réunionnais. L’histoire ingrate ne retiendra que les noms des techniciens et ingénieurs de ce chantier abandonnant à l’anonymat les ouvriers (forgerons, tailleurs de pierres, maçons, manoeuvres, chaudronniers, charpentiers…) qui ont creusé et bâti le port dans des conditions de travail particulièrement pénibles.

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Le port de la Pointe des Galets. 1930.

• 14 & 15 janvier 1878 : Le port de la Pointe des Galets a ses détracteurs
Lors du passage d’un fort cyclone, La Réunion déplore 46 morts. A cette occasion, les détracteurs du projet de construction d’un port à la Pointe des Galets mettent en doute la résistance des futures installations portuaires en ces lieux face à un tel cataclysme. Comme pour leur donner raison, en 1880, plusieurs raz-de-marée retardent la construction des jetées dans le port.

• 1er mars / 20 juillet 1880 : Le plan du capitaine
Le capitaine Filoz — du 4ème régiment d’infanterie de marine — élabore le premier plan du port, plan qui constituera la base du “centre historique” de la ville. Il réalise aussi une maquette du futur port de la Pointe des Galets.

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La locomotive. Collection privée S. Bourhis.

• 10 août 1881 : Lotoray larivé !
Premier voyage du train (18 km/h) entre Saint-Denis et Le Port ! On emprunte le tunnel creusé sur 11 kilomètres, troisième tunnel du monde par sa longueur. Le chemin de fer de La Réunion — premier construit en zone coloniale intertropicale — est inauguré le 11 février 1882. A l’origine, la manifestation était prévue pour le 14 juillet 1881.

A l’occasion de cette inauguration, le cortège d’officiels visite le chantier du port de la Pointe des Galets en fin d’après midi : la jetée sud est terminée. Dans le bassin déjà creusé, se trouvent le remorqueur et les dragues. Au passage, on admire la grue « Titan », engin de 300 tonnes unique au monde, utilisé pour la construction des jetées. Le 20 février 1882, le chemin de fer fonctionne en exploitation publique. Ce jour-là, pour la première fois, environ 300 Réunionnais utilisent ce moyen de transport.

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Extrait d’une exposition organisée en 2006, à l’occasion des 120 ans du port de commerce de la Pointe-des-Galets.

• Dimanche 14 février 1886 : Deux inaugurations pour un port
Le port de commerce de la Pointe des Galets est inauguré (provisoirement) devant 10.000 personnes, le dimanche 14 février 1886.

La veille, pour la première fois, un bateau est entré dans le port : le « Ville de Tarragone », steamer de 76 mètres et de 1027 tonneaux de la « Compagnie Havraise Péninsulaire ».

Une autre inauguration se déroule le 1er septembre 1886 à l’occasion de la mise en service du port et de ses installations.

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A gauche et au milieu, le premier phare de la Pointe des Galets : monumental. A droite, le deuxième phare.

• 1887 : Deux phares pour un port
En 1887, le premier phare de la Pointe des Galets, monument imposant, est édifié à 50 mètres du rivage. Il était haut de 23 mètres. Ses murs en pierres de taille étaient épais : 1,60 mètre à la base, 0,90 mètre au sommet. Le foyer lumineux (lampe à pétrole) protégé par une lanterne vitrée coiffée d’une coupole, était situé à 27,60 mètres au dessus du niveau de la mer. Il avait une portée de 28 km.

La tour était constituée de quatre étages munis chacun de deux ouvertures. Au sommet de cette tour, se trouvaient une girouette, un anémomètre et un paratonnerre. Edifié à une cinquantaine de mètres du rivage, ce magnifique monument sera détruit à la dynamite, pour cause d’érosion du rivage, et avec l’aide du terrible cyclone de 1948.

Le deuxième phare, moins majestueux, est construit deux cent mètres à l’arrière de l’emplacement du premier phare. Livré en 1956, il est en béton et ne s’élève que de 15 mètres pour une portée de 20 kilomètres. Il est équipé d’une lampe électrique de 3.000 watts. Il est éteint définitivement le 31 décembre 1966, pour les mêmes raisons que son ancêtre : l’érosion et le recul de la côte. Il ne reste aujourd’hui aucune trace de cet éphémère phare. Heureusement, celui de Sainte-Suzanne, érigé en 1845, est lui, toujours debout !

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Le port de la Pointe des Galets. 1910. Vue panoramique. Source ANOM.

• Août 1890 : De Saint-Paul à La Possession
Le quartier de la Pointe des Galets est rattaché à la Possession qui est érigée en commune le 14 août 1890 (application par arrêté du 29 septembre 1890).

• Juillet et novembre 1893 : Deux pétitions pour une naissance
Les habitants de la Pointe des Galets se mobilisent et signent des pétitions (432 signataires pour une population qui n’atteint pas les 2000 personnes) pour réclamer le classement de leur quartier en commune. Leur revendication mettra deux ans à aboutir.

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Vendeurs d’ananas devant le marché au Port, face au "Petit Dragon".

• 22 avril 1895 : il y a 120 ans, naissait la ville du Port
Le quartier de la Pointe des Galets est détaché de la commune de La Possession et érigé en commune à part entière. Cette nouvelle commune se nomme « Le Port ». Elle n’est éclairée la nuit que par deux réverbères (lampes à pétrole montées sur des poteaux de bois) et elle compte 2080 habitants.

La commune du Port est d’abord administrée par une délégation spéciale présidée par M. Bellevue Courteaud. Puis, le 28 juillet 1895, on procède à l’élection du conseil municipal : la liste « indépendante » conduite par Derieul de Roland est élue face à celle du « Crédit Foncier Colonial ».

Le 9 août 1895, Derieul de Roland devient donc le premier maire du Port tandis que Charles Bordenave est le premier adjoint. Le conseil municipal est composé de 16 membres dont deux futurs maires : Georges Michel et Joseph Say.

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