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Insolite

Le mystérieux lac intérieur de La Réunion

9 février 2016
Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros
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Les anciens (certains du moins...) prétendent qu’il y avait autrefois un grand lac au centre de l’île, entouré de montagnes. Ce « lac intérieur » était d’ailleurs mentionné notamment sur la carte dite de Flacourt et datée de 1653. N’est-ce pas les vestiges de ce « lac intérieur » qui réapparaissent lorsqu’il pleut des cordes sur La Réunion ? Le photographe Timaoul a réalisé un cliché saisissant de ce « lac intérieur » le 7 février dernier sur la route du volcan. Plus que jamais, « notre île est pour le monde un éclatant mystère »...

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Route du volcan, 7 février 2016. Photo : Timaoul.

Le 7 février 2016, le photographe Timaoul réalise une prise de vue insolite sur la route du volcan : son cliché montre un lac avec, pour arrière-plan, une montagne et une cascade. Ce n’est pas un mirage. Il arrive assez fréquemment que le secteur de la Plaine-des-Cafres soit inondé. En voici quelques exemples...

  • Suite au passage du cyclone Feleeng en 2013, une vidéo montrant un homme faisant du jet ski sur le plateau submergé de la Plaine-des-Cafres est mise en ligne par Jean-Francois Merlo et inonde les réseaux sociaux. (Voir la vidéo à la fin de cet article).
  • Le 10 mars 2015, après des pluies persistantes, un lac profond apparaît sur le plateau de la Plaine-des-Cafres ; une femme tente alors de le traverser pour rejoindre son troupeau de bœufs réfugié sur l’autre rive. Mais lorsqu’elle se retrouve avec de l’eau jusque sous le menton, elle fait demi tour avant de perdre pied. (Voir vidéo-reportage de Réunion Première, à la fin de cet article).
  • Le 7 février 2016, le photographe Timaoul immortalise une nouvelle apparition du « lac intérieur », sur la route du volcan.

Dès le début de l’histoire de l’île de La Réunion, la présence d’un « lac intérieur » est évoquée et provoque déjà des polémiques.

« L’étang que l’on voit marqué dans les cartes est apparemment un jeu de dessinateur », selon François Martin, connu pour être le« fondateur de Pondichéry » qui visite l’île du 20 juillet au 8 août 1665. Une théorie mal étayée, puisque que, selon l’intéressé lui-même, personne n’a pu traverser l’île à cause du relief accidenté...

« Plusieurs personnes qui ont resté dans l’île ont tenté par diverses fois de la traverser du nord au sud ou de l’est à l’ouest pour tâcher à reconnaître un étang que l’on avait marqué dans les cartes sur la plus haute montagne de l’île, écrit François Martin. Ces découvreurs n’ont pu arriver jusque-là : la difficulté des chemins, les montagnes qu’il faut grimper et la vue des précipices qu’il faut franchir ont fait retourner ces gens-là sans avoir pu passer jusqu’au lieu où ils avaient dessein d’aller, et il y a peu d’apparence aussi que jamais personne y ait été. L’étang que l’on voit marqué dans les cartes est apparemment un jeu de dessinateur » [1].

Comment François Martin, qui n’a pas plus traversé l’île que ses devanciers, peut-il dès lors affirmer que le lac n’existe pas ? Péremptoire, la déclaration s’inscrit sans doute dans l’une des innombrables querelles qui opposent alors les explorateurs. Le premier à évoquer le « lac intérieur » est Antoine Thaureau dit Couillard ou encore Marovoule [2] qui séjourne dans l’île du 2 octobre 1654 au 5 juin 1658.

Il donne une description grandiose de l’île évoquant « sept belles rivières qui proviennent toutes d’un grand lac qui est tout entouré de montagnes ». A cette affirmation de l’existence d’un lac, on oppose le fait qu’il n’a jamais mis les pieds dans l’intérieur de l’île. On lui reconnaîtra quand même d’avoir au moins réalisé le tour de l’île en onze jours et s’il n’a pas vu le lac, il en suppose l’existence par déduction : « Au bout de deux jours que nous fûmes partis, nous trouvâmes un côté de l’île, qui est depuis la pointe du nord jusqu’à la pointe de l’est, de 15 lieues de long, bien habitable et fort agréable, qui est une terre belle, toute entrelacée de sept belles rivières qui proviennent toutes d’un grand lac qui est tout entouré de montagnes ».

Dans son « Guide du voyageur pour le canton de Saint-Pierre » [3], Jules Hermann [4] évoque le 27ème kilomètre de la Plaine-des-Cafres : « nous sommes à l’immense plateau de l’intérieur ». Pour accompagner le texte, une photo montrant une vue générale de la Plaine-des-Cafres est ainsi légendée au sujet du point 4 : « Terrain plat où s’accumulent les eaux pluviales ». Dans ce guide, se trouve une reproduction de la carte de l’île avec cette légende : « La dépression de la Plaine-des-Cafres dans la haute région des pitons se remplit d’eau à l’hivernage : Ce fut le lac intérieur des premiers colons que de Flacourt porta sur cette carte, carte qui n’est que la reproduction d’une plus ancienne dressée par les Portugais ».

Voilà donc le fameux « lac intérieur » qui, depuis la nuit des temps, joue à cache-cache avec notre mémoire.

« Votre île est pour le monde un éclatant mystère
Qu’il nous faut tous les jours dévoiler à la terre
 ». [5]

Nathalie Valentine Legros et Geoffroy Géraud Legros


TEMPETE TROUPEAU PL DES CAFRES

Nathalie Valentine Legros & Geoffroy Géraud Legros

Chroniques réunionnaises à quatre mains, avec Geoffroy Géraud Legros et Nathalie Valentine Legros.

Notes

[1Source : « Sous le signe de la tortue », voyages anciens à l’île Bourbon (1611-1725), relations recueillies et publiées par Albert Lougnon. Première édition : Tananarive 1939.

[2Marovoule signifie « chevelu » en malgache.

[3« Guide du voyageur pour le canton de Saint-Pierre », par Jules Hermann, Éditions « Grand Océan », 1993.

[4Enfant d’une famille installée dans l’île depuis quatre générations, Jules Hermann était un « touche à tout » génial. Un amoureux de La Réunion et particulièrement du Sud. Sa carrière pourrait se « résumer » ainsi : avocat au barreau de Saint-Pierre, notaire de 1872 à 1911, journaliste, maire de Saint-Pierre (1901-1902), président du Conseil Général, candidat malheureux à la députation contre François de Mahy (1902), président de l’Académie de La Réunion à partir de 1913, historien, savant, « coureur de montagne » comme le décrivent Marius et Ary Leblond dans leur roman « Le miracle de la race », fondateur du premier syndicat des planteurs de café et des planteurs de géranium, correspondant de la Société astronomique de France, membre de l’Académie des Sciences de Paris, écrivain, scientifique, linguiste, chercheur, visionnaire, précurseur. Archiviste ! Poète. Artiste passionné. Et caetera !
« Son œuvre, abondante et diversifiée, n’est pas totalement tombée dans l’oubli — encore que les éditions originales de ces écrits soient devenues rarissimes actuellement ! —, confie Alain Marcel Vauthier à 7 Lames la Mer. Elle a fait l’objet d’une réédition partielle aux éditions du Tramail, en 1990, par Jean-François Reverzy, aidé d’un comité éditorial composé d’universitaires notamment Jean-Claude Carpanin Marimoutou, Hajaso Volono-Picard, Norbert Dodille, de praticiens des archives et des bibliothèques (…). J’ai appris par ailleurs que des groupes de passionnés organisaient des excursions dans la montagne pour retrouver les signes et les rochers dont parle Jules Hermann dans son œuvre maîtresse « Les Révélations du Grand Océan ». Et n’oublions pas le travail de Nicolas Gérodou : une thèse magistrale sur cet ouvrage ».

[5Extrait de « Le mirage aux Pitons Bleus », « Le soir », Jules Hermann, Piton Tortues, le 20 septembre 1892.

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