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Tribune Libre de Bruno Bourgeon

« Le Moloch qui brûle tout n’est pas rentable »

25 juillet 2014
Bruno Bourgeon
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Bruno Bourgeon répond à Yvette Duchemann sur sa vision de la gestion des déchets à La Réunion...

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Sacrifices au dieu Moloch... (Les Voyages d’Alix - Carthage / Auteurs : Vincent Henin - Jacques Martin)

Dans une tribune parue le 23 juillet 2014, Mme Duchemann, élue écologiste (?) à la CINOR, se fend d’un texte défendant sa position sur son vote pro-incinération d’ordures ménagères (IOM) dans le cadre d’une gestion multi-filières de celles-ci.

Passons sur le fait que le texte n’est probablement pas signé de sa petite main, mais d’administratifs zélés du CG ou de la CINOR. L’essentiel est qu’elle l’ait signé, et donc s’en accapare le contenu.

Mon propos n’est pas tant de critiquer point par point sa diatribe que de proposer une vision véritablement écologique de la gestion des déchets, c’est-à-dire durable, en s’inspirant de ce qui est déjà réalisé (et donc réalisable, le créole n’étant pas plus couillon qu’un autre).

D’abord le centre multi-filières de traitement associant tri mécano-biologique, valorisation énergétique et unité de méthanisation et compostage. A Marseille-Provence-Métropole (1.100.000 habitants, 450.000 t de déchets traités par an dans un centre multi-filières géré par une société espagnole, Everé), 360.000 t sont incinérées (80%) et 90.000 t recyclées ou méthanisées (on est loin des chiffres européens, cf. infra). Suite à l’incendie ayant détruit l’unité de méthanisation en octobre 2013, un nouveau centre a été construit, faisant traverser le département aux camions-poubelles : bonjour la valorisation énergétique ! Or Everé réclame plusieurs dizaines de millions à la métropole marseillaise au titre de manque à gagner, le Moloch qui brûle tout n’étant pas rentable.

C’est bien là le problème majeur des incinérateurs : non seulement ils obligent à faire se déplacer des norias de camions dévoreurs d’énergie fossile polluante, mais en plus, ce ne sont que des machines à détruire : Gaston Bigey, directeur de Nexa, l’agence du Conseil régional dédiée à l’innovation, déclarait récemment que c’était « une hérésie de vouloir faire un incinérateur à l’île de La Réunion ». Plutôt que de brûler, ce qui demande d’ailleurs peu d’emplois, mieux vaut recycler dans notre « terminal à déchets » que représente notre île, ce qui est bien plus générateur d’emplois. Ce tri sélectif et ce recyclage ne cohabitent pas avec l’incinération, car une unité de valorisation énergétique doit brûler un maximum de déchets pour être rentable. Sans compter sur les résidus toxiques, REFIOMS [1], mâchefers, et naturellement fumées renfermant quantité de dioxines, n’en déplaise aux progrès technologiques : « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », disait Lavoisier. Ici en dioxines et CO2, SO2, et autres joyeusetés.

L’Europe, via la commission, dont Mme Duchemann désirait s’inspirer puisque candidate à la députation européenne, a récemment mis à l’honneur la valorisation des déchets matières, le recyclage, tout en oubliant d’ailleurs la réduction des déchets à la source, et a établi un classement en matière de recyclage : 69,8% des déchets sont recyclés en Autriche, 61,8% en Belgique et en Allemagne, 34,9% seulement en France. De plus, en Flandre belge, où 70% des déchets sont recyclés ou compostés, où la densité est de 450 habitants au km2, pour 6 millions d’habitants et 25 collectivités locales, la région, afin d’inciter au recyclage et au compostage, a fixé des taxes sur les décharges et les IOM, de telle manière qu’il est plus cher de mettre en décharge que de brûler, mais qu’il est surtout plus cher de brûler que de trier pour la valorisation matière.

Et pour inciter les habitants à pratiquer le tri, il existe une redevance d’enlèvement des déchets au poids et/ou au volume : plus la quantité de déchets résiduels est faible, plus la facture baisse. Qui plus est, chaque type de déchets est payant et diffère en fonction du coût du traitement : le kg de déchets organiques est moins cher que le kg recyclable, lui-même moins cher que le kg résiduel destiné à l’incinération ou à la décharge. Et en cas d’erreur de tri, le sac n’est pas ramassé ! Pour aider la population, le réseau des déchetteries est dense, la réutilisation très développée, le compostage domestique mis à l’honneur, les unités de méthanisation proches du domicile.

Ainsi, s’il n’existe pas de traitement révolutionnaire qui pourrait permettre aux décideurs de ne plus être confrontés à la problématique des déchets, c’est en s’investissant pleinement, en investissant dans des formes de traitement autres que polluantes que la CINOR et le CG pourront amorcer une transition vers la réduction et la gestion écologique des déchets municipaux. La communication et l’information sur le traitement des déchets, la promotion des gestes de prévention et de tri à la source sont indispensables. Encore faut-il la mener intelligemment, en s’opposant aux lobbies d’industries du déchet ou de production d’emballages.

Pour en revenir à Mme Duchemann, la pseudo-écologiste, si vous avez la moindre estime de vous-même, tout en reniant le dogme écologiste dont vous vous réclamiez naguère, vous devriez signer à un autre parti pour libérer la parole de vos anciens amis !

Dr Bruno Bourgeon
Président d’AID

Notes

[1résidus d’épuration des fumées d’incinération des ordures ménagères

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