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Tribune Libre de Jean-Bruno Escyle (Apolonia)

« Le maloya est d’abord un séga »

4 mai 2016
Jean-Bruno Escyle
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Séga des noirs, séga macote, séga cafres, séga la honte, séga salon, séga braté, maloya... ségamaloya ! Jean-Bruno Escyle, du groupe « Apolonia », s’interroge sur l’existence ou pas d’une frontière entre séga et maloya. Tribune libre.

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Jean-Bruno Escyle. Apolonia.

Voilà mon « promié kozé », après 25 ans d’« Apolonia »... Pour moi, le « séga réunionnais » est plus présent que jamais.

« Séga des noirs », « séga macote », « séga cafres », « séga la honte », « séga salon », « séga braté », « maloya », « ségamaloya »... Une multitude de termes désignent notre musique à travers l’histoire. Ce que tous ces mots ont en commun, c’est premièrement l’origine. Deuxièmement, ils appartiennent tous à la famille du « séga réunionnais ».

Désolé pour ceux qui croyaient que le séga n’était pas réunionnais... Et oui, le séga est à nous aussi et, cerise sur le gâteau, le nôtre est très riche. (...)

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Lithographie : Antoine Roussin.

Le « tchega » — ou danse des noirs — est venu du Mozambique et plus largement de l’Afrique de l’Est.

Oui ! Le maloya est d’abord un séga ! Quand on tape sur le rouleur, quand on fait sonner le kayamb, on fait du « SÉGA ».

Désolé pour ceux qui pensaient que le maloya était autre chose. Mais je comprends aussi que l’on veuille se démarquer de ceux qui passent leur temps à dénaturer le séga, sous prétexte d’ouverture, d’évolution ou de rentabilité, moi le premier. (...)

C’est une base commune qui tirera notre son vers le haut. Mais chacun à sa façon ; loin de moi l’envie de proposer une pensée unique.

À force de jouer mon séga depuis plus de 25 ans, d’écouter mes « dalons maloyeurs » et d’interpréter moi-même des compositions à base de maloya (...), je me suis interrogé sur l’existence ou pas d’une frontière entre le séga et le maloya.

J’en suis arrivé à penser que cette frontière est quasiment inexistante ; c’est une invention qui n’a pas de « justification historique ». Néanmoins, et pour emprunter au vocabulaire agricole, je conçois qu’il y ait deux conceptions de la musique réunionnaise — « hors sol » et « plein champ » — qui s’affrontent depuis longtemps pour de multiples raisons et dont l’une serait plus légitime que l’autre car plus enracinée culturellement. Mais cela ne change rien au fait que le nom originel de notre musique est le « séga » et que le terme « maloya » apparaît en 1921 pour désigner le « séga des noirs ».

À présent, mon souci n’est plus de convaincre qui que ce soit à ce sujet ; les écrits sont là. « Laklarté » mène des actions dans ce sens sous forme de publications, d’échanges, de productions ; le temps et la sagesse auront raison de ceux qui sont toujours bloqués sur la question.

C’est ensemble que nous ferons connaître le son de La Réunion derrière lequel se trouve une histoire qui a engendré une société du « vivre ensemble » imparfaite mais qui peut inspirer.

J’ai fini par découvrir dans quelle direction concentrer nos efforts pour sortir du marasme, et j’essaie de partager cela avec d’autres. Bien entendu, je me heurte aux réfractaires, aux récalcitrants piégés par leurs postures de vedettes refusant de se remettre en question. Mais également à ceux qui ont été rattrapés par l’histoire et qui vivent le « maloya hériter du séga » comme un cauchemar.

Si seulement 10% des intéressées suivent mon idée d’unité « SÉGAMALOYA », (...) on pourrait positionner notre musique comme un son sérieux. Pas comme les 3⁄4 du temps dans une vision uniquement exotique mais en musique capable de rivaliser avec ce qu’il y a de meilleur.

Les talents ne manquent pas. Les infrastructures non plus. Ni les moyens pour la mise en œuvre. L’avenir universel du son réunionnais est entre les mains de tous ceux qui veulent le construire.

Jean-Bruno Escyle
APOLONIA
Mai 2016

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