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Edito

Le Grand Raid, c’est bien

16 juin 2013
Geoffroy Géraud Legros
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Le Grand Raid approche : jouez hautbois, résonnez musettes, battez tambours et houlèr. Sortez les plumes trempées dans l’encre complaisante des « défis », « vivre ensemble », et autres « valeurs ».


C’est avec un bel ensemble que la société civile réunionnaise — ou ce qui en tient lieu — se prépare à entonner les louanges de cet événement sportif, devenu une vaste entreprise économique, médiatique et caritative. Le Grand raid, c’est comme les cocotes minutes SEB : c’est bien. C’est bien parce que c’est jeune, parce que c’est écolo, parce que c’est la fraternité, l’entente, la concorde, le dépassement de soi. C’est bien parce qu’on le fait, on le fait parce que c’est bien : voilà la ligne. En dévier ouvertement, c’est s’exposer à être estampillé enquiquineur ; pas-content de service ; maloki, parce qu’il va de soi qu’une réserve formulée par un Réunionnais est forcément motivée par la jalousie ; réac, adversaire du progrès, du sport, de la modernité et adepte cariaté du c’était-mieux-avant-dans-le tan-lontan.

À trois mois du départ, médias et faiseurs d’opinion accordent déjà les superlatifs et poncifs qui serviront de prélude, d’accompagnements, de final et d’after à la fameuse « Diagonale des Fous », dont on s’apprête à nous rebattre les oreilles matin, midi, et soir. C’est donc un sacré couac qu’a provoqué Olivier Rivière, maire de Saint-Philippe, lorsqu’il a refusé net que sa commune accueille le départ de la course. Il veut, lui, l’arrivée, dont il juge les retombées plus conséquentes pour sa commune qui est, rappelons-le, l’une des plus rurales du pays. Niet, lui répond Robert Chicaud, big boss du Grand raid, sans doute tant habitué d’être exaucé et obéi, qu’il n’a pas songé à un itinéraire « bis ». La justice tranchera le litige : avocat dans le civil, M. Chicaud souhaite obtenir des juges administratifs ce que lui refuse l’élu du Sud sauvage. La décision de ce dernier est, en réalité, difficilement attaquable, et la saisine du Tribunal administratif est plus symbolique qu’autre chose.

Peu importe : la morale de cette histoire est saisissante. Olivier Rivière, maire, a pris une décision qu’il pense juste au regard de l’intérêt de sa commune, et devra en rendre compte devant les tribunaux. Pas question pour les organisateurs de revenir sur leur feuille de route, de discuter, d’échanger, de rechercher le compromis : ce sont eux les patrons, et le maire de Saint-Philippe est un « enfant gâté », dixit Robert Chicaud. Nous en sommes donc là : l’associatif intime et ordonne au politique. L’impératif de fête, de com’, de fric et de bon sentiments que concentre le Grand Raid domine l’intérêt général. Le Grand Raid, c’est Bien, et ce n’est pas un petit élu de terroir qui entravera la course du Bien. Ne soyons pas injustes : le Grand raid, né sous le nom plus poétique de « Marche des cimes » à la fin des années 80, est une belle course. Le problème, c’est ce qu’il y a autour et derrière.

De tout le pataquès autour de la diagonale transpire l’idéologie que l’on impose au pays depuis deux décennies : spectacle, sport, et morale de dame patronnesse — parce que bien sûr, le Grand raid, c’est aussi la charité, le volontariat, etc. Et le Dieu caché de tout ce cirque, c’est, bien entendu, le business. Le business, qui écarte des questions pourtant ni illégitimes ni malveillantes (quid des critiques adressées l’an dernier à la dangerosité de l’épreuve ?), alimente l’approbation générale et — notons-le au passage — aplanit les angles. Ainsi, le Parc national, si prompt à fliquer les morceaux de bois ramassés, les bivouacs, les ballades et la cueillette de goyaviers ne trouve rien à redire lorsque des milliers de coureurs piétinent sentiers et végétation… Le Grand Raid, nous dit-on, serait la « vitrine » de La Réunion. Comme si notre pays était un magasin de souvenirs, ou un terrain de jeu pour touristes du dedans et du dehors. Comme si seuls le sport et le délassement — car ce n’est que cela — méritaient l’exaltation et comme si rien de plus important ne devait focaliser l’attention des médias. « Vitrine » : le mot n’est finalement pas si mal choisi que cela…

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste, Co-fondateur - 7 Lames la Mer.

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