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Une photo, une histoire

Le Docker de Ti Fock n’a pas pris une ride !

2 septembre 2017
Nathalie Valentine Legros
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Une photo, une chanson, un clip, une histoire. Tourné il y a 25 ans en 1992 par le réalisateur Sandro Agénor, le clip « Docker » n’a pas pris une ride. Petite histoire du tournage de ce clip intemporel. « Fo lévé wayo... »

Ti Fock avec des lunettes noires, Sandro Agénor à droite, Jaroslaw Sypniewski à la caméra.
Photo : © Claude Thérésien, 1992.

À l’heure où la cité portuaire est déserte


Le musicien-chanteur Ti Fock, le réalisateur Sandro Agénor, le cameraman Jaroslaw Sypniewski, l’actrice Delixia Perrine, l’acteur Jean-Luc Trulès, le photographe Claude Thérésien et toute une équipe de tournage — techniciens, figurants, amis — se sont retrouvés dans la ville du Port par une nuit du début de l’année 1992.

À l’heure où la cité portuaire est déserte, à part quelques chiens curieux, l’imposant matériel de tournage (35 mm / cinéma) est installé à l’angle des rues de Saint-Paul et François de Mahy, dans le vieux quartier.

Objectif : filmer l’image fugitive de la silhouette de Delixia Perrine passant derrière la fenêtre éclairée d’un balcon au premier étage d’un magasin qui s’appelait « Ville de Paris ». 4 secondes dans un clip d’un peu plus de 4 minutes.

Ti Fock observant la silhouette de l’actrice Delixia Perrine à la fenêtre, au dessus du magasin "Ville de Paris". Image extraite du clip.

« Le Boucanier », le plus célèbre bar du Port


Une fois la séquence mise en boîte, l’équipe se déplace, avec tout son matériel, quelques mètres plus bas, dans la rue François de Mahy.

Le lieu choisi par Sandro Agénor est celui du plus célèbre bar du Port : « Le Boucanier ». Le patron, Marcel Ferrère, a accepté de prêter le décor typique de son établissement pour l’occasion. Il assiste au tournage avec intérêt.

Autour d’une table, quatre joueurs — dont Ti Fock — tapent les dominos dans un nuage de fumée de cigarette, tandis que la serveuse — Delixia Perrine — apporte les boissons. Mais il y a un tricheur parmi les quatre joueurs... 1 minute dans le clip.

Delixia Perrine, Ti Fock et Jean-Luc Trulès. Image extraite du clip.

Quelques pauses bouchons/Dodos/fous rires


Puis, direction rue Renaudière de Vaux. Celle qui passe devant la mairie et le cinéma Casino.

La prise de vue montre Ti Fock marchant devant la célèbre façade du cinéma Casino. À l’affiche, le film « Revenge » de Tony Scott avec Kevin Costner. 3 secondes dans le clip.

Pour réaliser ces trois séquences — représentant dans le clip 1 minute et 7 secondes — l’équipe menée par Sandro Agénor a travaillé cette nuit-là pendant près de 4 heures d’affilée ; juste quelques pauses bouchons/Dodos/fous rires pendant lesquelles on ne relâche pas l’attention pour autant et l’on discute technique pour préparer la séquence suivante.

1) Ti Fock sur les docks. 2) Tournage angle des rues de Saint-Paul et François de Mahy.
Photos : © Claude Thérésien, 1992.

Le réalisateur Sandro Agénor retrouve là une part de ses racines


Le tournage du clip s’est déroulé sur 4 jours au total. Sans compter le travail de montage réalisé ensuite par Sylvie Landra [1].

L’équipe de Sandro Agénor est arrivée dans l’île en ce début d’année 1992 pour deux tournages : le clip « Docker » et un court-métrage de fiction intitulé « Un simple oubli », avec Fiona Gélin et Arnaud Dormeuil.

Le réalisateur Sandro Agénor (aussi scénariste et producteur) retrouve là une part de ses racines dans cette île où il a alors déjà réalisé quelques documentaires : « Taq’ pas la porte » (1988), « La route cachalot » (1991), etc.

Depuis, Sandro Agénor a à son actif près d’une quarantaine de films, en tant que réalisateur ou scénariste.

Arnaud Dorneuil, Sandro Agénor, Fiona Gélin lors du tournage du court-métrage "Un simple oubli".
Photo : © Claude Thérésien, 1992.

« Zordi nou la bezoin souk ansanm pou nou alé ! »


La chanson « Docker » a été éditée sur l’album « Donn doulèr », sorti le 23 septembre 1991 [2]. Ti-Fock incarne le renouveau de la musique réunionnaise et consacre, au début des années 1980, le « maloya-fusion » récemment mis en lumière par la compilation « Oté maloya » sortie en juin 2017 [3].

Fils d’une Cafrine et d’un Chinois accordéoniste, Ti Fock monte sur scène dès l’âge de six ans avec l’orchestre de son père « Titiay Orchestra ». Comme nombre de musiciens réunionnais, il acquiert son expérience en jouant dans les orchestres de bal pendant de nombreuses années. Puis, il découvre Jimi Hendrix. Choc et fascination. Dès lors, Ti Fock explore de nouvelles sonorités, emprunte des sentiers inconnus, défriche et invente.

« Docker » est sans conteste son titre le plus emblématique. Le clip réalisé par Sandro Agénor a largement contribué à son succès.

Pou kraz ek lo kèr... écoute in kou « Docker ». « Zordi nou la bezoin souk ansanm pou nou alé ! »

Nathalie Valentine Legros


Nathalie Valentine Legros et Ti Fock.
Photo : © Claude Thérésien, 1992.


Nathalie Valentine Legros

Journaliste, Écrivain.
Twitter, Google+.

Notes

[1Sylvie Landra a été nommée 4 fois pour le César du meilleur montage. Elle a travaillé notamment avec Luc Besson (« Le cinquième élément », « Léon », « Jeanne d’Arc »...)

[2Ré-édité en 1997.

[3Édité par le label londonnien « Strut Records », l’album « Oté Maloya » réunit 19 chansons autour du « maloya-fusion », au cœur d’une séquence de renaissance-reconnaissance — « revival » — du maloya (1975-1986). Les chansons ont été sélectionnées à l’issue d’un long processus d’exploration de la discographie réunionnaise par les deux DJ de « La Basse Tropicale » (île de La Réunion) : DJ KonsöLe (Antoine Tichon) et DJ Natty Hô (Dinh Nguyen).

Pour commander « Oté maloya » :

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