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Guillotine

Le dernier foutan de Sitarane

2 octobre 2016
Geoffroy Géraud Legros
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Quelques jours avant son exécution, le « fameux criminel » se moquait de l’amateurisme de ses apprenti-bourreaux.

© JCL/7 Lames la Mer

« Allez vous faire pendre ailleurs »


« À Madagascar, on fusille. À Maurice, on pend. À La Réunion, on guillotine (…). Si la peine de mort existe dans toutes les colonies de l’océan Indien, (…) il y en a pour tous les goûts », relève en 1928 l’éditorialiste Frigolet, dans un journal fort réactionnaire de Madagascar.

« À celui qui n’aime ni le poteau, ni le couperet, on peut dire : “allez vous faire pendre ailleurs” ». Omniprésente, la peine capitale est rarement appliquée, du moins selon les standards de l’époque.

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À la recherche d’économies d’échelles, et soucieuses — déjà ! — de limiter le champ d’application des surrémunérations, les administrations de Saint-Denis et de Tananarive n’ont pas recruté de bourreaux à plein temps. C’est que, note Frigolet, « ils auraient fatalement réclamé l’indemnité de cherté de vie ».

La guillotine qui servit à exécuter Sitarane. On aperçoit le trou rond (lunette) dans lequel le condamné devait glisser sa tête.

« À La Réunion, ils exécutent un tronc de bananier »


On a donc recours à des volontaires. « À Madagascar, ils tirent sur des silhouettes en carton. À La Réunion, ils exécutent un tronc de bananier. A Maurice, ils pendent des sacs de sable ».

« C’est charmant » commente le chroniqueur, un tantinet écoeuré, qui dit avoir lui-même assisté à « l’exercice du tronc de bananier » dans la cour de la prison de Saint-Denis.

« Il s’agissait de guillotiner Sitarane, un bandit de belle espèce. (…) Cassant des cailloux dans la prison, philosophe, résigné », le complice de Fontaine et de Saint-Ange « assistait tous les jours aux répétitions », rapporte Frigolet.

Sitarane et Fontaine conduits vers la guillotine, le 20 juin 1911.

« Mi dis à vous, ça c’est le mauvais bout »


Il voit un jour les aides « se disputer autour du tronc de bananier » : « mi dis à vous ça c’est le bon côté…Mi dis à vous, ça c’est le mauvais bout »…

Et Sitarane de leur lancer, « tout en continuant à casser les cailloux » : « Mes camarades, quand zot va coupe à moin, prends garde sot y bourre mon pied dans la linette [1]. »…

Ce fut là, sans doute, le dernier « foutan » de Sitarane.

GGL


Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

Notes

[1Linette : lunette. Trou dans la charpente de la guillotine par lequel passait la tête du condamné (Source : Larousse).

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