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Ukraine

Le chef de « Pravyi Sektor » a-t-il été tué ?

5 août 2014
Geoffroy Géraud Legros
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Issu de la mouvance néo-nazie à l’avant-garde du mouvement dit « de Maïdan », Dmytro Yarosh aurait trouvé la mort sur le front du Donbass, annoncent certaines sources.

Personnage trouble, « gueule » au crâne rasé et à la barbe de trois jours apparue dans le sillage des évènements de la place Maïdan qui virent le Gouvernement de Viktor Yanoukovitch renversé par des émeutiers pro-européens, Dmytro Yarosh s’était imposé en quelques semaines comme l’autre visage de la très active extrême-droite ukrainienne, aux côtés du néo-nazi Oleg Tyagnibok, dirigeant du parti « Svoboda » (Parti national-socialiste d’Ukraine).

Né de l’agrégation de groupes de supporters de football « ultras » et de divers groupuscules nazis, « Pravyi Sektor » (littéralement « Secteur Droit ») est apparu sur le devant de la scène lors des évènements de la Place Maïdan, au cours desquels ses membres ont occupé l’espace médiatique tant par une stratégie de communication bien étudiée que par leur participation aux opérations contre les policiers « Berkut ».

Principal architecte de cette unification de micro-partis d’extrême-droite, Dmytro Yarosh, dirigeant de la « Tryzub Stepan Bandera » depuis 2005 — organisation nationaliste portant le nom de la principale figure du collaborationnisme ukrainien — est vite devenu un personnage populaire dans la partie occidentale de l’Ukraine.

Un succès aux allures de phénomène de mode au sein de la jeunesse de Galicie, durement frappée par le chômage et la pauvreté qui, à l’instar d’un phénomène constaté dans d’autres points chauds de l’aire post-socialiste — et notamment en Croatie — adopte massivement les emblèmes d’un « nazisme culturel » revisité par les codes du football et du rock.

Inconnus du grand public avant l’éviction de Viktor Yanoukovitch, les responsables du groupuscule « Pravyi Sektor » ont, du jour au lendemain, acquis une influence inattendue dans le nouveau Gouvernement dirigé par Arseny Yatsenyuk et dans l’Administration ukrainienne post-Maïdan, occupant des postes-clefs dans la direction des forces armées et des forces de l’ordre.

"Yaroch Président" : le dirigeant de Pravyi Sektor a mené une campagne présidentielle de pure forme.

Dmytro Yarosh aurait quant à lui refusé un poste à la tête du Conseil national de Sécurité.

Porté par l’élan des mouvements de rue et par la réplique du « Printemps russe » à l’œuvre dans la partie orientale du pays à majorité russophone, le dirigeant de « Pravyi Sektor » fut l’un des premiers à annoncer sa participation à l’élection présidentielle, tout en poursuivant la structuration du parti.

Une « candidature de combat contre les Russes et les Juifs », finalement demeurée de pure forme, suite aux tractations intervenues entre le mouvement d’extrême-droite et le principal candidat, l’oligarque Petro Poroshenko, élu le 7 juin dernier. Partisan de la guerre à l’Est, ce dernier entendait s’assurer le soutien des paramilitaires, appelés à encadrer une armée incapable en l’état de faire face à un conflit de grande ampleur.

Sur le plan politique, pareil modus vivendi prolongeait les manœuvres équilibristes par lesquelles le Gouvernement Yatsenyuk orchestrait les rapports de force entre les paramilitaires de « Pravyi Sektor », en première ligne contre les contestataires de l’Est, et les néo-nazis de « Svoboda » bien mieux structurés et disposant d’une véritable force de frappe sur le plan électoral.

Autocollant de campagne à l’effigie de Dmytro Yarosh

Outre quatre ministères, ces derniers maîtrisent le poste de Procureur général dont le titulaire, Igor Makhnystki, s’affaire à incriminer ses rivaux de « Pravyi Sektor », responsables de l’incendie criminel de la Maison des Syndicats d’Odessa, le 2 mai dernier.

Un massacre où plusieurs dizaines de personnes ont péri brûlées vives ou battues à mort, à l’issue duquel les militants de « Pravyi Sektor » avaient traqué les blessés dans les services hospitaliers — les « hôpitaux juifs » — selon les termes d’un militant postés sur la page VKontakt du groupe.

Parallèlement, Interpol a délivré le 25 juillet dernier un mandat d’arrêt international contre Dmytro Yarosh, à la suite de poursuites engagées à Moscou visant les multiples « incitations à des activités terroristes ».

« C’est un scénario classique », commente un connaisseur du monde russe fréquemment consulté par « 7 lames la Mer ». Yarosh et ses semblables ont été utiles pour faire le coup de feu, désormais, les politiques ukrainiens et les pouvoirs qui les soutiennent à l’Ouest n’en ont plus besoin, et s’en débarrassent ».

Marginale dans le jeu politique, le dirigeant néo-nazi dirige tous ses efforts vers le théâtre du conflit contre les russophones, où les « volontaires » de « Pravyi Sektor », souvent passés par le mercenariat, pallient le manque de préparation et de motivation des troupes du régime de Kiev, qui combattent les insurgés russophones de l’Est.

Au mois de mars dernier, « Pravyi Sektor » avait obtenu du Gouvernement la mise à l’écart de cadres de l’armée régulière opposés à la livraison d’armes aux paramilitaires, rapportait l’agence ITAR-TASS. Des procédures ont de surcroît permis l’intégration des volontaires au sein des forces du gouvernement de Kiev.

Marginalisé dans l’arène politique et "lâché" par les soutiens de Maïdan, Dmytro Yarosh a rejoint le théâtre des opérations militaires. Photo : VK

C’est au sein du bataillon de volontaires « Dniepr » que le leader aurait été blessé à la jambe hier, lors d’une contre-attaque des forces républicaines de Donetsk, affirment plusieurs sources russes, dont certaines ont conclu cet après-midi à un décès du chef de « Pravyi Sektor ».

Une information, toujours au stade de rumeur, commentée sous forme de nécrologie paradoxale par l’influent philosophe russe Alexandre Douguine. Farouche opposant à la politique de non-intervention menée par le Kremlin vis-à-vis du conflit ukrainien, ce dernier a stigmatisé les non-interventionnistes, pires à ses yeux que le défunt, « un nazi, un russophobe et un atlantiste, mort au combat au service de sa Haine ».

L’information n’a pour l’heure été confirmée ni par les forces ukrainiennes, ni par « Pravyi Sektor », ni même par les insurgés de l’Est. Si ces derniers assuraient en début d’après-midi, via l’agence de presse « NovoRossiya », avoir « entièrement détruit le commandement du bataillon “Dniepr” », le sort exact de Dmytro Yarosh demeure, pour l’heure, inconnu.

GGL

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste, Co-fondateur - 7 Lames la Mer.

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