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Etats-Unis

Le business de l’immigration

27 octobre 2013
Geoffroy Géraud Legros
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Le conflit s’intensifie entre un Tea-Party hostile à toute mesure de régularisation des immigrés clandestins et de nombreux businessmen américains, favorables à la réforme proposée par Barack Obama.


« Pourquoi je ne dors toujours pas la nuit ? Parce que je suis inquiet des manigances auxquelles pourraient se livrer Boenher et le lobby des affaires, pour parvenir à un accord minimal sur la légalisation de l’immigration clandestine ». Ainsi parlait Roy Beck, dirigeant de NumbersUSA, au « National Journal » le 22 octobre dernier. À l’instar d’autres groupes d’activistes anti-immigration liés à la mouvance Tea-Party, NumbersUSA a effectué un intense travail politique en direction des représentants républicains à la Chambre des Représentants. « Mailing », appels téléphoniques saturant les permanences, tracts, mobilisations : les militants du Tea-Party ont employé toutes les ressources du lobbying, et au-delà, dans le but de combattre la réforme du statut des migrants lancée par Barack Obama.

« Illegal is a crime »

Celle-ci envisage une procédure de régularisation des immigrés présents illégalement sur le territoire américain, dont le nombre est estimé à 11 millions. Une légalisation qui aura pour contrepartie un redoublement de la surveillance de la frontière mexicaine : multiplication des obstacles physiques, mobilisation de 20.000 agents supplémentaires, usage massif de drones... Déjà adoptée par le Sénat à majorité démocrate, le 27 juin dernier, avec l’appui du tiers des élus républicains, la réforme doit désormais être approuvée par le biais d’un autre texte présenté à la Chambre des représentants, dominée par les Républicains. La question mobilise les radicaux du Tea-Party, qui revendiquent la légitimité du terrain, hostiles à toute forme de régularisation du « crime » d’immigration illégale : « Illegal is a Crime ».

Vers des primaires conservatrices anti-Tea Party ?

Ces postures irritent profondément les milieux économiques qui, dès avant la clôture temporaire (« shutdown ») de l’Administration fédérale, disaient déjà compter sur John Boenher, Eric Cantor et Paul Ryan, respectivement Président, Leader de la majorité républicaine et Président de la commission du Budget au sein de la Chambre des représentants, pour « faire avancer le dossier de l’immigration » rapportait le « Wall Street Journal » le 16 octobre dernier. Le conflit pourrait bien avoir des conséquences sur l’échiquier politique américain : ainsi, des lobbies tels que la Business Roundtable, présidée par John Engler, ancien Gouverneur républicain du Michigan, et la United State Chamber of Commerce — la plus puissante association de businessmen au monde — se disent prêts à soutenir des candidatures « modérées » ou « centristes » pour contrer le Tea Party lors des Primaires républicaines qui précèderont le scrutin de 2014, rapporte le célèbre quotidien économique.

« Ils ne prennent pas le travail des Américains »

Bon nombre d’élus conservateurs soutiennent la réforme, espérant séduire l’électorat d’origine mexicaine ou sud-américaine, d’où sourdent des critiques à l’égard de l’Administration Obama, régulièrement accusée d’indifférence envers les latinos. Ainsi, la puissante organisation républicaine « Latino Partnership For Conservative Principles » milite pour un vote sur l’immigration dès la fin de l’année. « Nous pouvons adopter une série de mesures conformes aux principes conservateurs, généreuses et adaptées aux besoins du marché », a déclaré vendredi dernier Alfonso Aguilar, directeur de la structure sur le plateau de la chaîne NewsMaxTV. « Avec une économie au ralenti et un chômage inférieur à 7%, les immigrés ne prennent pas le travail des Américains », a-t-il affirmé en direction du Tea party. « Toutes les études confirment que la main d’oeuvre migrante occupe les emplois que les Américains ne veulent pas occuper, où ceux pour lesquels il n’y a tout simplement pas de candidats américains en âge de travailler ».

« La base aura le dernier mot »

Le radicalisme du Tea-Party en la matière, à l’instar des postures de ses élus et de ses militants, provoque l’ire d’un nombre croissant d’acteurs économiques américains. Une « immense frustration et une immense angoisse » règnent parmi ces derniers, avertit Dirk Van Dongen, dirigeant d’un grand groupe commercial. « Je n’abandonnerai pas le Parti républicain, mais j’y encouragerai la modération », renchérit Mark Thiener de Catamaran Corp., un géant de l’industrie pharmaceutique. Le Tea-Party dispose néanmoins de soutiens au sein du capitalisme américain. « C’est la base qui aura le dernier mot et choisira ses candidats », estime pour sa part Russ Walker, directeur politique de « FreedomWorks », une ONG libertarienne militante du courant Tea-Party. « Le Tea Party sera plus fort que jamais en 2014 », prophétise de son côté Maurice Taylor, dirigeant de la firme Titan, ferme soutien du mouvement, connu en France pour avoir polémiqué avec Arnaud Montebourg en février dernier, après l’échec de la reprise par Goodyear France. Mise entre parenthèse durant le shutdown, la réforme de l’immigration revient au premier plan de l’agenda politique, sous l’impulsion du Président des Etats-unis et de divers lobbies. L’opposition du Tea-Party aboutira-t-elle à un schisme au sein du camp républicain ?

Geoffroy Géraud Legros

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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