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Education nationale

Laïcité : cachez croix, kichali, bindi et rentrez dans le rang

1er mars 2018
7 Lames la Mer
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Au nom de la laïcité, des traditions populaires réunionnaises sont pointées du doigt et menacées d’interdiction au sein des écoles/collèges/lycées, etc. Cachez croix, kichali et bindi : le recteur veille au grain... Le mouvement « Tamij Sangam » dénonce cette « atteinte à l’harmonie et au vivre-ensemble des Réunionnais tant vantés par les mêmes autorités ». Et puisque l’on parle de l’Éducation nationale, à quand de vrais cours sur l’histoire de La Réunion dans les établissements scolaires de l’île ?


« Bindi » ou le troisième œil


Il orne le front, entre les sourcils, et symbolise le troisième œil. « Bindi » est tiré du terme sanskrit « bindu » qui signifie « goutte ».

« Le secteur entre les sourcils est le siège de la sagesse latente, connu comme l’emplacement du 6ème chakra, explique le site malbar.fr. (...) Cest l’endroit qui commande les divers niveaux de concentration atteints par la méditation. (...) Ce point désigne le chakra du 3ème oeil ; il sert à attirer l’attention sur la force divine et l’illumination spirituelle de l’individu. (...) Il dénote le statut marital de la femme dans la plupart des communautés indiennes du nord, mais en Inde du sud c’est une prérogative de toutes les filles de porter un bindi, tel un maquillage ».

L’industrie de la mode — dans le style « hippie chic » — s’est d’ailleurs emparée depuis longtemps de cet accessoire aux origines millénaires.


Principe de laïcité... et traditions populaires


Une lettre du recteur [février 2018] est arrivée dans les établissements scolaires réunionnais rappelant aux équipes de l’Éducation nationale que le « principe de la laïcité est au cœur des valeurs de la république que l’ensemble des personnels a mission de transmettre aux élèves ».

Un proviseur ajoute dans une note de service interne : « En tant que chef d’établissement représentant de l’Etat, je dois veiller à ce que les élèves et les personnels ne portent pas de signes ostentatoires d’appartenance religieuse ou communautaire (...) dans le lycée ».


Atteinte au vivre-ensemble des Réunionnais


Le Dr Selvam Chanemougame, président de « Tamij Sangam » n’a pas tardé à réagir et à exprimer sa légitime émotion.

« Suite aux appels des parents d’élèves d’origine tamoule choqués par cette directive adressée aux établissements scolaires interdisant le bindi au nom d’une laïcité à la française, le mouvement départemental Tamij Sangam dénonce cette atteinte à l’harmonie et au vivre-ensemble des Réunionnais tant vantés par les mêmes autorités ».

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Pour en savoir plus : Le site de Tamij Sangam

Viv an kréol... Vivre en créole !
Illustrations d’Elsa Lauret extraites de "La Réunion de A à Z", Les Editions du Boucan, et de Théréza Small, extraites de "Pipit Marmay Le Port, de Patrice Treuthardt, Editions de la Ville du Port, 2006.

Vivre en créole ! Sa mèm : viv an kréol


Depuis les rives de l’enfance, on entendait Madoré, le chanteur de rue, déblatérer avec malice sur les « Zenfant bâtard » ; une « batarsité » que « maloyera » plus tard Danyel Waro. On achetait des billes à la « boutique chinois, pou joué kanèt », on mangeait des bouts de cannes à sucre décortiqués avec les dents, on guettait le jako-malbar, on jouait Kadok dans la cour de l’école et on espérait le « bonbon-ramadan » aux parfums envoûtants.

Vivre en créole ! Sa mèm : viv an kréol.

Cela se passe aujourd’hui dans une ruelle bordant une cité épinglée comme sensible par les statistiques officielles. Ici, cela fait longtemps que l’action sociale se résume pour bonne part à une négociation politique : « in ti kontra siouplé-mersi » [1].

Ce quartier — comme tant d’autres à La Réunion — a une âme, un cœur qui bat : les tambours-malbar résonnent quelques rues plus loin ; un groupe de maloya répète dans l’arrière-cour d’un voisin téléspectateur assidu de la chaîne Arte ; au bas d’un immeuble, la sono d’une voiture déverse Kassav et Cassiya pour un anniversaire ; les marmailles font péter les pétards tout au long de l’année et ravagent dans le chemin ; quelques soulards donnent de la voix promettant à tous un meilleur jour « demain » ; les chiens leur répondent en écho. Un vieux Malgache, usé par les ironies de la vie, s’est autoproclamé « amuseur de rue » : sa voix résonne d’un bout à l’autre du quartier et se mêle au pia-pia des oiseaux. Une antique motocyclette débridée perce la nuit de son rugissement infernal. Un vrai bouillon de culture.

Vivre en créole ! Sa mèm : viv an kréol.

Alors oui, l’interdiction des croix, kichali et bindi dans le milieu scolaire est une « atteinte à l’harmonie et au vivre-ensemble des Réunionnais tant vantés par les mêmes autorités », comme le souligne si justement Selvam Chanemougame ! D’autant que pour entendre parler de La Réunion à l’école, il faut en général se rendre dans les fêtes de fin d’année où franchement « ça sent la banane » et autres épices du même tonneau, exercice de style pour lequel les enseignants se décarcassent, qui plaît aux enfants certes, aux parents aussi parfois, mais qui finalement, sous prétexte de chansons et danses créoles, dédouanerait presque l’Éducation nationale d’un véritable programme qui ne ferait pas l’impasse sur La Réunion !

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Notes

[1Un petit contrat s’il vous plaît. Merci.

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