Categories

7 au hasard 20 avril 2016 : Route du Littoral : le point de « non-retour » serait 2018 - 5 octobre 2013 : Le sacrilège, un nouveau business ? - 10 septembre 2015 : Cacao : une filière d’avenir pour La Réunion ? - 2 mai 2014 : Grand Raid et Parc National sont-ils compatibles ? - 16 juillet 2014 : Les trois couleurs de la haine - 28 février 2016 : Autant se connecter à l’Inde et à sa silicon valley - 20 février 2014 : Ce que parler veut dire (1) - 31 mai 2016 : Méga-carrière : coup de gueule d’un riverain - 4 juillet 2012 : AAMAR réagit : « chemin de fer, la seule alternative ! » - 12 février 2015 : Sur-rémunération : « une prime coloniale, pas un moteur économique » -

Accueil > Domin lé dan nout dé min > Courrier des internautes > La statue de Mahé n’est pas une relique religieuse !

Sobatkoz ek Ti Kréol Kont Gro Profitèr

La statue de Mahé n’est pas une relique religieuse !

15 mai 2015
Ti Kréol Kont Gro Profitèr
fontsizedown
fontsizeup
Enregistrer au format PDF
Version imprimable de cet article Version imprimable

« A Bourbon, il monte des milices noires pour opérer contre les Anglais et des blanches pour écraser les marrons », peut-on lire dans « Commandants et gouverneurs de l’île de La Réunion »... Mahé de La Bourdonnais, dont la statue trône sur le Barachois, était un esclavagiste invétéré. « Pourquoi à La Réunion en savons-nous si peu sur notre histoire ? », interroge « Ti Kréol Kont Gro Profitèr » dans un communiqué, suite aux réactions provoquées par une action symbolique contre la fameuse statue.

[Avant toutes choses, je précise que cette action symbolique sans dégradation visant à démasquer un esclavagiste n’a aucun lien avec les actes de vandalisme perpétrés récemment contre des lieux de cultes religieux. Les journalistes qui osent cette comparaison n’ont-ils pas honte ?]

Qui est Mahé de La Bourdonnais ?

C’est en 1856 que fut inaugurée cette statue de bronze à la colonie française de La Réunion.

Gourverneur de l’île de France (Maurice) et de Bourbon (La Réunion) au cours du XVIIIème siècle, Mahé de La Bourdonnais a contribué au développement et à la prospérité du système colonial dans ces deux îles. Ce personnage est connu pour les bienfaits qu’il a apporté aux colons, mais, étrangement, peu de personnes savent qu’il a fait tout cela en participant à ce crime contre l’humanité appelé l’esclavage, en exploitant les esclaves de La Réunion et de Maurice.

Voici quelques sources prouvant sa participation active au commerce des esclaves, à leur utilisation pour des constructions publiques, ainsi que son rôle déterminant dans la chasse aux esclaves marrons à La Réunion :

  • « On m’accusait d’abord d’avoir excédé les habitants de l’île Bourbon, en exigeant d’eux quantité de journées de leurs esclaves [...]. Ce fut pour faire des ouvrages très pressants et ordonnés par le ministère que, par une délibération du conseil de 16 août 1736, il fut arrêté que les habitants qui avaient des noirs en fourniraient un sur vingt. Cela fut exécuté, et ces noirs furent en effet employés à la construction de la batterie de Saint-Paul et de la loge Saint-Denis ». (Dans « Mémoires historiques de B.F. Mahé de La Bourdonnais, gouverneur des îles de France et de Bourbon »)
  • Extrait d’une missive envoyée par Mahé de La Bourdonnais au commandant de Bourbon en 1736 :
    « Vous mettrez deux cents Noirs à la disposition de la Compagnie. [...] Si après distribution faite, il reste des Noirs, on les vendra au prix taxé par la Compagnie ». (Pages 51-52, dans « Mahé de La Bourdonnais, Gouverneur des Mascareignes »)
  • « La Bourdonnais organisera la lutte contre les Noirs marrons qui représentent un danger constant pour les colons [...]. La Bourdonnais va mettre sur pied de grandes battues. [...] Le gouverneur leur portera l’estocade par la création de milices constituées des colons les plus valides. Mahé de La Bourdonnais sera aidé dans ce travail par François Mussard qui n’aura de cesse jusqu’à sa mort, de traquer les marrons ». (Dureau Reydellet, pages 49-50, dans « Mahé de La Bourdonnais, Gouverneur des Mascareignes »)

Tournons la page de l’esclavage et construisons l’avenir de La Réunion sur des bases saines.

Pourquoi à La Réunion en savons-nous si peu sur notre histoire ?

Non, nos ancêtres n’étaient pas (que) Gaulois. Déportés d’Afrique, de Madagascar, et d’Inde (Cf « La Réunion : Le traitement de l’étranger en situation pluriculturelle : la catégorisation statistique à l’épreuve des classifications populaires »), les esclaves ont longtemps été majoritaires par rapport aux colons à La Réunion.
1848 est la DEUXIÈME abolition de l’esclavage, car les colons ont refusé d’appliquer la première, en 1794.
L’esclavage aboli, c’est l’engagisme qui l’a remplacé, toujours pour les bénéfices du système colonial. Un système d’exploitation proche de l’esclavage, que l’historien Sudel Fuma a qualifié de « servilisme ».

Ce 10 mai 2015, à Nantes, lors de la « journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition », Angela Davis a souligné une des conséquences de l’esclavage : « La violence policière raciste, non seulement aux Etats-Unis mais aussi ici en France, trouve ses racines dans l’esclavage ».

Notre sociologue, Laurent Médéa, aussi a déjà fait le rapprochement entre la situation actuelle d’une partie de la population de La Réunion, avec notre passé — notamment à travers l’étude du système carcéral réunionnais.

PNG - 1.2 Mo
Angela Davis

Nous ne pouvons pas nous passer de notre histoire pour comprendre le présent, et nous en avons besoin pour aller vers l’avenir.

La situation sociale actuelle à La Réunion, et notamment la place réservée aux afro-descendants Kaf peuvent être comprises comme les conséquences d’un système inégalitaire et raciste mis en place dès le début de notre histoire réunionnaise. Le « métissage » n’y a rien changé : les Réunionnais à peau noire sont toujours porteurs d’une image négative à La Réunion, et cela se retrouve jusque dans la structure sociale aujourd’hui.

Un premier pas pour réparer les torts qui ont été faits, notamment sur le plan de notre identité, serait que les autorités réunionnaises retirent de son piédestal cet esclavagiste, Mahé de La Bourdonnais. Pourquoi ne pas y mettre à la place une personne symbolisant la résistance contre le racisme et l’injustice ? Un des héros réunionnais comme par exemple Furcy, Élie, Anchaing, Héva ?

PNG - 482.6 ko
Héva

La statue de Mahé n’est pas une relique religieuse. Il est normal de ne plus vouloir d’une statue lorsqu’on rejette le racisme qu’elle véhicule. C’est arrivé encore récemment en Guadeloupe le 29 mars 2015 et en Afrique du Sud le 9 avril 2015.

Pour finir, merci au collectif RSKP [1] qui est le premier a avoir dénoncé cette statue en 2011.

Depuis 2001, la France reconnaît l’esclavage comme un crime contre l’humanité !
Ce crime est imprescriptible.

Les autorités réunionnaises doivent retirer la statue du criminel Mahé de La Bourdonnais.

Ti Kréol Kont Gro Profitèr

PNG - 1 Mo
"Exodo", by Arnold Belkin (Mexique), 1951.

Notes

[1Réyoné Soubat’ Kont Profitèr

A lire aussi :

Partager

Réagissez à cet article

comments powered by Disqus

Abonnez-vous à la Newsletter

Image Newsletter