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Younous Jonas, associatif

« La rue s’organise au-delà des solutions classiques »

7 juin 2015
Geoffroy Géraud Legros
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« Je suis fier de voir des jeunes qui sont encore capables de se mobiliser ». Pour Younous Jonas, qui « accepte avec fierté le rôle de relayeur de parole, mais pas celui de représentant ou de leader », les choses iraient sans doute mieux si nous étions plus nombreux à être sensibles aux situations vécues par notre jeunesse et à les relayer.

Geoffroy Géraud Legros : Pourquoi les jeunes qui ont manifesté à Saint-Louis vous ont-ils désigné comme leur représentant auprès des autorités ?

Younous Jonas : Je fréquente certains d’entre eux depuis plusieurs mois déjà. Ils ont des besoins et connaissent une détresse dont personne ne se soucie. Ils ont voulu que je relaie leur parole et immanquablement cela semble se traduire par un rôle de représentant ou de meneur. Ce que je ne suis naturellement pas. J’accepte avec fierté le rôle de relayeur de parole, mais pas celui de représentant ou de leader. D’ailleurs, il est bien dommage que si peu de personnes acceptent de porter la voix des plus faibles à un autre niveau. Les choses iraient sans doute mieux si nous étions plus nombreux à être sensibles aux situations vécues par notre jeunesse et à les relayer.

Geoffroy Géraud Legros : Quelles sont leurs revendications ?

Younous Jonas : Ils sont conscients que les caisses sont vides, mais ne peuvent se satisfaire du statu quo. Malgré les difficultés financières que traverse depuis plusieurs années la ville de Saint-Louis, ils veulent que ceux qui en ont la charge réfléchissent au-delà des solutions classiques pour améliorer leur quotidien. Car ils ont l’impression que beaucoup ont renoncé à trouver des solutions. Au premier rang de leurs revendications, il y a l’emploi. En aucun cas ils ne demandent des emplois à la mairie, mais ils demandent à ce que leur institution de proximité soit un relais pour leurs revendications à d’autres niveaux. Et les autres revendications tournent autour du droit à disposer d’un environnement propice à leur épanouissement culturel, social et sportif. Vous voyez, partout ailleurs ces revendications sembleraient banales, comme pour ainsi dire allant de soi… Et je suis fier de voir des jeunes qui sont encore capables de se mobiliser pour ce qui va de soi malgré un environnement qui leur est souvent hostile.

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Younous Jonas à l’écoute (au milieu).

Geoffroy Géraud Legros : Que répondez-vous à ceux qui parlent de « manipulation politique » ?

Younous Jonas : Parler de manipulation politique est pure diversion. Cela ne règlera en rien les difficultés supposées structurelles des quartiers. Notre démarche est complètement apolitique. Il est courant que lorsque des gens se mettent ensemble pour réclamer leur droit, cela soit perçu comme une démarche politique. Comme si toute démarche de groupe devait être politicienne… C’est parce que les cerveaux de ceux qui parlent de manipulation politique ne connaissent que cela qu’ils y casent toute démarche étrangère à celle-ci. Les Réunionnais doivent s’habituer à voir poindre des démarches citoyennes et à en devenir des acteurs de premiers plans. Seul gage pour eux de justement ne plus être sujets à toute manipulation politique.

Geoffroy Géraud Legros : La jeunesse saint-louisienne est frappée de plein fouet par le chômage. Les politiques font-ils aujourd’hui partie de la solution ou font-ils partie du problème ?

Younous Jonas : La jeunesse saint-louisienne est à l’image de la jeunesse réunionnaise qui connaît un taux effroyable de 59% de chômage. Je crois que la solution viendra d’abord de chaque jeune, car je suis un fervent défenseur de la « proactivité » ; c’est-à-dire que chacun doit endosser la responsabilité de faire les efforts adéquats pour transformer sa situation de vie. Cependant il est clair que lorsqu’il évolue dans un environnement facilitateur, le jeune a plus de chances de s’épanouir socialement et économiquement que lorsqu’il évolue dans un environnement de pénurie sociale et économique. Les politiques ont donc une énorme responsabilité dans la production de conditions facilitatrices. Mais nous reconnaissons que la responsabilité majeure revient à la jeunesse elle-même qui doit s’organiser. D’où le lancement de notre collectif « La Rue S’Organise ». La rue doit, entre autre, s’organiser pour connaître les nombreux dispositifs d’insertion qui existent déjà, et si ceux-ci sont inadaptés, proposer les correctifs nécessaires pour les rendre le plus efficace possible. Si les politiques n’accompagnent pas cette jeunesse dans cette démarche, alors loin d’être les bons vecteurs de solution contre le chômage, ils contribueraient à en perpétuer les hauts taux.

Propos recueillis par Geoffroy Géraud Legros

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"Tree picture" by Piet Mondrian

Geoffroy Géraud Legros

Rédacteur en chef, Éditorialiste.

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